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Du multiculturalisme à l'interculturalisme

27/02/2017 09:19 EST | Actualisé 27/02/2017 10:31 EST

Le mot « multiculturaliste » est devenu une insulte qui recouvre plusieurs défauts de pensée. Il suffit parfois d'exprimer une simple tolérance face aux signes religieux pour être considéré comme un ennemi de l'identité québécoise favorisant indirectement la prolifération du terrorisme. Pour faire avancer le débat, il faudrait bien laisser tomber ce genre de mécanique manichéenne.

À la suite des attentats du 11 septembre 2001, George W. Bush a réédité un terrible archaïsme religieux en affirmant que « ceux qui ne sont pas avec nous... sont contre nous. » Sur fond de crise identitaire, alors que nous nous croyons pourtant libérés de la pensée religieuse, nos débats semblent souvent imprégnés par cette pauvre pensée binaire.

Avons-nous encore le droit d'être absolument pour la laïcité, tout en défendant le droit de porter ce que l'on veut pour se baigner?

Pour illustrer ce genre de problème, l'humoriste français Fary rappelait que les réglementations interdisant le port du burkini font apparaître les citoyens qui s'opposent à une telle législation comme des partisans du burkini. Avons-nous encore le droit d'être absolument pour la laïcité, tout en défendant le droit de porter ce que l'on veut pour se baigner?

Comme le disait la philosophe Simone Weil : « À force de nous obliger à toujours être pour ou contre, on en vient à ne plus penser du tout. »

S'il est important de rappeler que le concept de multiculturalisme est né dans une période où Pierre Elliot Trudeau souhaitait noyer les aspirations nationalistes du Québec dans la grande mosaïque multiethnique canadienne, il est plus que regrettable qu'un certain nationalisme québécois utilise encore ce concept pour tenter de réanimer un projet national identitaire en l'articulant contre les particularités culturelles des immigrants. La défunte Charte des valeurs québécoises naviguait effectivement dans ces eaux-là.

Puisque le développement des sociétés occidentales est indissociable de l'immigration et que l'intégration des différentes cultures sera un défi majeur pour les prochaines générations, nous devrons tôt ou tard développer des habiletés humaines fondées sur les exigences de l'interculturalisme.

Alors que le multiculturalisme relevait d'un projet politique qui tentait de s'imposer aux citoyens, l'interculturalisme apparaît d'abord comme un désir personnel de compréhension mutuelle à l'intérieur d'une société pluraliste.

Loin de menacer la culture québécoise ou les valeurs fondamentales des sociétés occidentales modernes, l'interculturalisme apparaît comme une invitation à croitre en jouant, en étudiant en travaillant, en fêtant, en aimant et en mourant, puisqu'il le faut, dans un espace de liberté assuré par la neutralité de l'État.

Pour éviter les dérives, il est vrai qu'il faut parfois légiférer afin d'assurer les libertés individuelles dans le respect des différences. Même si un des commissaires a changé d'idée, pourrions-nous appliquer simplement les recommandations du rapport Bouchard-Taylor pour enfin passer à l'essentiel qui est de vivre ensemble.

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