Michel Paillé

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42% de nos Anglos voudraient quitter le Québec ! Prémonition ou rengaine?

Publication: 22/02/2013 15:54

Un sondage réalisé par EKOS Research a révélé que «42 % des personnes interrogées ont déclaré avoir envisagé de quitter la province à la suite de la victoire du PQ» aux élections générales québécoises de septembre 2012. Peut-on vraiment croire à de telles intentions migratoires chez plus de 2 anglophones sur 5? Quand l'actualité politique nous ramène à la langue ou à la souveraineté, d'aucuns cherchent à faire un lien entre «le sort», réel ou appréhendé, des Anglo-Québécois, et notre déficit migratoire avec le reste du Canada.

Les dernières données diffusées montrent une perte nette de seulement 8 000 Québécois de langue maternelle anglaise au cours de la période quinquennale 2001-2006. Comme ces pertes sont 13 fois inférieures à celles de la période 1976-1981 (106 300), voudrait-on laisser entendre que le projet de loi 14, qui cherche à renforcer la loi 101, nous ramènerait à la situation qui prévalait à l'époque de son adoption (1977) ?

Tenter de lier les mouvements migratoires à la conjoncture politique peut venir d'une bonne intuition. Encore faudrait-il se donner les moyens de bien faire voir la relation entre les causes et leurs effets. Or, bien que rien d'évident ne soit proposé, jouons le jeu en considérant les données de 8 recensements consécutifs présentées au Tableau 1.

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Relation de causes à effets

D'emblée, constatons que les Anglo-Québécois n'ont pas attendu les lois linguistiques des années 1970 ni l'élection d'un premier gouvernement souverainiste en 1976, pour quitter en grands nombres le Québec. Les données du Tableau 1 montrent en effet des pertes nettes de plus de 52 000 anglophones à chacune des périodes quinquennales 1966-1971 et 1971-1976.

Plus particulièrement, notons qu'à l'époque où le gouvernement Bourassa faisait du français la langue officielle du Québec (loi 22 de 1974), intervenant ainsi dans le monde du travail et sur la langue d'enseignement, moins d'anglophones ont quitté le Québec (94 100) qu'au cours de la période précédente (99 100 en 1966-1971). La loi 22 était pourtant une première dans l'histoire du Québec !

Il faut attendre l'élection péquiste de 1976 avec son projet de référendum et sa Charte de la langue française (loi 101 de 1977), pour voir 131 500 Québécois de langue maternelle anglaise partir du Québec à destination des autres provinces ou des territoires canadiens. Compte tenu des migrations effectuées en sens inverse, les pertes nettes de la minorité anglophone pour la période 1976-1981 ont été, tel que noté plus haut, de plus de 106 000 personnes.

Les années 1990 ont été marquées par le retour du PQ au pouvoir (1994) sous la direction d'un Jacques Parizeau bien décidé à tenir un référendum rapidement. Promesse tenue dès 1995, avec pour résultat une quasi-victoire du OUI. Or, le nombre de Québécois de langue maternelle anglaise qui ont migré ailleurs au Canada, a tourné autour d'une moyenne de 52 200 par lustre. Avec la période quinquennale précédente (1986-1991), la décennie 1990 forme une période stable de 15 ans (départs moyens de 52 600). Les pertes migratoires nettes des anglophones furent alors deux fois moins importantes (25 300) que celles des années 1966-1976.

En somme, si la relation recherchée peut apparaître évidente au temps du gouvernement Lévesque, elle n'est pas au rendez-vous à l'époque de Parizeau. Pour l'ensemble des 40 années considérées au Tableau 1, la relation entre la conjoncture politique et les migrations anglophones apparaît plutôt erratique. De toute façon, limiter la conjoncture politique à la langue et au projet de souveraineté est pour le moins très sommaire. D'autres dimensions de la vie politique devraient entrer en compte. Sans compter le contexte économique et le climat social, pour ne s'en tenir qu'à ces aspects importants.

Enquêter sur les intentions de migrer

Le sociologue Gary Caldwell s'était déjà penché sur une telle relation dans les années 1970-1980. Après avoir constaté la réduction rapide du déficit migratoire des anglophones à la fin des années 1970, il notait qu'il s'en trouvait toujours un certain nombre prêt à annoncer leur intention de quitter le Québec par «familles entières» (p. 85).

Sachant qu'interroger des personnes sur leurs intentions de migrer surestime largement les comportements réels, le sondage d'EKOS Research n'a rien de prémonitoire. Il nous ramène plutôt une rengaine. Nous avons déjà vu ce vieux film noir et blanc qui n'a pas pris de couleurs au cours des décennies.

Nul doute que de très nombreux anglophones sont très attachés depuis longtemps au Québec. Par contre, d'autres sont d'abord Canadiens ; pour eux, migrer d'une province à une autre, impliquant le Québec, c'est circuler au sein de leur pays, le Canada. Je dis bien «circuler», car les données du Tableau 1 impliquent des retours au point d'origine : des Ontariens ou des Albertains, que l'on confond avec des Anglo-Québécois, nous quittent pour retourner chez eux ou aller dans une autre province ; à l'inverse, des anglophones originaires du Québec reviennent ici, en provenance du reste du Canada.

Et la période 2006-2001 ?

Le 26 juin prochain, des données sur la période quinquennale 2006-2011 seront diffusées par Statistique Canada. Toutefois, elles ne seront pas comparables à celles du Tableau 1. En effet, le gouvernement Harper ayant mis fin à l'obligation légale de répondre à un long questionnaire traditionnel, Statistique Canada l'a remplacé par une «Enquête nationale auprès des ménages (ENM)».

Puisque nul n'est tenu de répondre à une enquête, les résultats seront nécessairement biaisés. Les personnes en mouvement étant moins susceptibles de répondre que les sédentaires, je suis de ceux qui croient que les résultats portant sur les mouvements migratoires pourraient être sous-estimés. Tous croisements de ces données avec d'autres caractéristiques comme le sexe, l'âge, la citoyenneté, etc., pourraient nous leurrer davantage.

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