Le vieillissement de la population découlant de quatre décennies de sous-fécondité nous a conduit à quelques lieux communs. Retenons les deux assertions suivantes :
- «l'immigration est essentielle pour diminuer les effets négatifs du vieillissement»;
- «comme le Québec vieillit, il a besoin d'une immigration élevée pour faire face aux pénuries de main-d'œuvre».
Dans Le remède imaginaire. Pourquoi l'immigration ne sauvera pas le Québec (Boréal, 2011) d'où sont tirées ces assertions, Benoît Dubreuil et Guillaume Marois ont montré «que l'impact de l'immigration sur l'économie et la démographie ne peut être que très faible». Malgré quelques redondances, ce livre a le grand mérite d'être très clair. J'en évoque ici trois aspects.
Le vieillissement de la population
Usant d'une méthode éprouvée en démographie, les auteurs arrivent à la même conclusion que «tous les exercices démographiques sur le sujet», notamment que «l'immigration n'a qu'un effet marginal sur la structure par âge de la population». Ils en déduisent qu'il vaudrait mieux augmenter «la participation à l'emploi des travailleurs âgés» et «miser sur une hausse de la fécondité». Bref, «l'immigration n'a rien d'une solution 'par défaut'».
Mais le vieillissement de la population nous obsède tant, qu'on en serait venu à inverser le «sophisme de la masse de travail fixe». Il fut une époque, rappelons-nous, où l'immigrant qui occupait un emploi était perçu comme un «voleur de job» qu'un natif aurait pu combler. Ce sophisme a servi les tenants d'une immigration restreinte.
De nos jours, pour justifier une forte immigration, on prétend qu'il faudra davantage de travailleurs pour combler 700 000 emplois, dont «460 000 postes [...] laissés vacants par le départ à la retraite des baby-boomers». On suppose tout simplement qu'un départ à la retraite conduit nécessairement à une nouvelle embauche. Là est le sophisme.
Dubreuil et Marois déboulonnent ce qu'ils nomment «un non-sens économique complet». Les tenants de ce non-sens présument que l'âge de la retraite est le même pour tous, que des retraités ne font pas de retour sur le marché du travail, que chômeurs et assistés sociaux restent à l'écart du marché de l'emploi, etc.
Mieux sélectionner?
Contrairement à d'autres pays, le Canada et le Québec sélectionnent une bonne part des candidats étrangers qui voudraient migrer. Par un système de pointage appliqué à certains critères (âge, éducation, langue, etc.), on espère écarter ceux qui auraient plus de difficultés à s'intégrer, notamment sur le marché du travail. Or, en 2006-2008, seulement 9% des travailleurs avaient le profil correspondant aux exigences. Devant ce constat, Dubreuil et Marois concluent - à l'instar du Vérificateur général avant eux -, à la nécessité de revoir ce système de sélection.
Mais tenter de mieux sélectionner les candidats serait d'autant plus difficile que le nombre d'immigrants recherchés est élevé. Déjà débordés de travail par l'importante augmentation des dernières années, les agents de recrutement acceptent «tous les candidats se rapprochant plus ou moins du seuil d'acceptation». Pourtant, ce seuil est déjà très bas!
Bref, le système de sélection des immigrants ne donnerait pas les résultats escomptés.
Les immigrants investisseurs
Comme le «Programme des immigrants investisseurs» exige une somme de 800 000 $ par personne, il impressionne d'emblée. Il suffit de 125 immigrants investisseurs pour générer une contribution globale de 100 millions $. Sans compter que l'immigrant investisseur doit renoncer, pendant cinq ans, aux intérêts que sa mise devrait générer. Or, l'ouvrage de Dubreuil et Marois, très éclairant à cet égard, laisse le lecteur ébaubi.
Le stratagème financier, conçu par les institutions financières à l'intention de cette classe d'immigrants, étonne amplement. En témoigne, l'éloquent site Internet de HSBC qui s'adresse directement et très ouvertement aux éventuels immigrants investisseurs de la planète. D'abord, «[v]ous déposez une somme qui [...] représentera tous les frais et le coût total d'intérêt pour [...] 5 ans». Ensuite, la version anglaise ajoute très clairement, que HSBC «will arrange for the funds to be advanced by way of a loan to complete the C$800,000 investment requirement». Enfin, il n'y a «aucun versement mensuel à effectuer pour rembourser le prêt. À l'échéance, vous ne recevez aucun intérêt et le capital ne vous est pas rendu».
Dans 90% des cas, ce stratagème procure à l'institution financière un gain «considérable, surtout si on le compare à celui des institutions publiques québécoises». Dubreuil et Marois concluent alors que le gouvernement «ne fait que laisser les institutions financières vendre la résidence permanente» à des étrangers. En outre, ces personnes ne sont pas tenues «de s'établir au Québec, ni même d'y rester»!
* * *
D'aucuns voient comme vérité d'Évangile notre politique d'immigration. Pour certains, Le remède imaginaire serait sans doute truffé de versets sataniques. Plutôt que de lancer une fatwa, ils feraient mieux de faire main basse sur notre politique d'immigration afin de la revoir en profondeur.
Ces deux auteurs détiennent donc, d'après vous, la Vérité.
C'est consternant.
Qu'en est-il de votre position sans faire appel à d'autres intervenants?
Sujet inépuisable toujours d’actualité, j’aurai l’occasion d’y revenir. D’autant plus que je n’ai même pas touché mon domaine de prédilection : la dimension linguistique.
En fouillant sur Internet (vigile.net, Wikipédia, Impératif français, etc.), vous pourriez trouver plusieurs de mes publications portant sur l’immigration, comme sur d’autres facteurs de la dynamique démographique.
Michel Paillé
En cette Journée Mondiale de la Francophonie, et sachant que le Forum mondial de la langue française se tiendra dans la ville de Québec du 2 au 6 juillet 2012., je me réjouis à l'avance de lire vos prochaines publications portant donc sur "la dimension linguistique".
D'autant que la Une du HP Québec propose un article intéressant ce mardi sur les Chinois qui se mettent au français pour multiplier leur chance de venir au Québec! Drôle de coïncidence!
Maintenant pour en revenir à votre premier article, ce qui m'avait profondément gêné, c'était de ne pas y voir figurer votre analyse en tant que démographe qui, éventuellement aurait pu s'appuyer, ici et là, sur l'ouvrage que vous proposiez et sur d'autres. De là, l'analyse était partiale et orientée. L'immigration est un sujet sensible, et il faut bien penser à faire la distinction entre l'immigration clandestine, les sans-papiers, et l'immigration dont toute société a besoin, notamment pour effectuer malheureusement les tâches les plus ingrates que les autochtones ne veulent pas effectuer. Je suis Française, vivant en France et ce sujet est d'autant plus d'actualité en ce moment que nous sommes à la veille d'élections présidentielles, moment propice pour vouloir utiliser cet argument, renforcer les peurs et gagner des voix. Lâchement.
Au plaisir de vous lire,
Très Cordialement.
La France, qui compte 65 millions de citoyens reçoit 180,000 immigrants par année, a de la difficulté à les intégrer et songe sérieusement à en diminuer le nombre... Au Québec on devrait en recevoir 22,500 pour respecter les même proportions !
Les États-Unis, soit disant un grand pays d'immigration, qui compte 314 millions de citoyens émettent 675,000 visas aux immigrants par année. Au Québec, on devrait donc en recevoir 17,200 pour respecter les même proportions !
Avec ses 54,000 immigrants reçu en 2010, ( 2.4x plus que la France, 3.1x plus que les Etats-Unis) le Québec constitue une exception :
on peut raisonnablement s'interroger sur le pourquoi d'un taux si élevé et sur les conséquences à moyen long terme !
On oublie que juste au Québec il y a ½ millions de personnes qui ne foutent rien et collectent de la société tous les mois.
Je ne parle pas des handicapés graves.....
Je parle de ces centaines de miliers de personnes officiellement sans travail, qui laissent un enfant dans un CPE sur le dos de la société, et partent travailler au noir illégalement....
Je parle de tous ce monde sur le BS incapable de s'intégrer dans un poste simple parceque les syndicats le refusent.....
Chaque personne, dans la mesure du possible devrait faire sa part ici même de manière responsable.
L'immigration donne la fausse impression de régler des problèmes alors qu'au contraire, cela accélère la spirale des dépenses gouvernemetale et la création de jobs et de programmes superflus.
Incroyable aussi que les canditats ne soient pas mis au courant des attentes, du type de reconnaissance instaure par les differents ordres professionnels?
Pourrait on envisager de delivrer des visas de travail aux emmigrants comme en Allemagne, cela eviterait beaucoup de pleurs, de grincements de dents, et canaliserait + d'argent en comblant des besoins plus rentables...
A moins que, notre but soit de vouloir jouer a Mere Theresa, mais cela est toute une autre histoire.
Maintenant comment se fait il que dans notre pays si civilise, en paix , riche, immense, beau, gate par l'univers, (couvert de services sociaux surtout dans la Province de Quebec) le taux de fecondite soit si bas?
Merci Monsieur Paille de me faire penser et reflechir a cela, j'espere que d'autres participants pourront enrichir le debat
Pierre m de ruelle
Ile des soeurs
Quebec
Canada
Puis en passant, des gens plus ouverts d'esprits pour nous accueillir ici... voulez-vous dire les autochtones?? Oui, il y a eu certains d'entre eux qui ont aidé les Européens mais certains d'entre eux leur ont fait la guerre. Vous pouvez considérer qu'ils étaient justifiés, ou non, mais ça ne s'appelle pas "accueillir avec ouverture d'esprit."
Et surtout, l'article de M. Paillé concerne uniquement la pertinence de la politique d'immigration actuelle pour contrer le veillissement de la population et la baisse de fécondité. Pourquoi est-ce que suggérer de revoir à la baisse la quantité d'immigrants que nous autorisons à s'établir au Québec, en respectant de façon plus serrée notre grille de sélection, afin de mieux les accueillir, justement, et donc pour cela cesser de considérer l'immigration comme une panacée, est-il systématiquement vu, par certaines personnes, comme du populisme et/ou du racisme??