Michel Paillé

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Mariages inter-linguistiques: les Anglo-Québécois dominent, les francophones sont prisés

Publication: 04/07/2012 09:25

Dans L'Actualité du 15 avril 2012, Jean-François Lisée rapporte une «augmentation fulgurante de la proportion d'Anglo-Québécois qui choisissent un francophone pour conjoint». Bien que mes souvenirs d'une communication donnée au congrès de l'Acfas en 1997 (reprise plus tard dans un article, p. 183-185) se soient estompés, cette affirmation m'a surpris.

Le Bulletin de mariage du Québec montrait en 1980, 1981 et 1982, que 31% des hommes de langue maternelle anglaise avaient épousé des Québécoises d'une autre communauté linguistique. Dix ans plus tard (1990, 1991 et 1992), les données du Bulletin révélaient une légère hausse de l'exogamie des anglophones du Québec avec 34,2%.

Les données du tableau suivant permettent de faire tous les calculs nécessaires à une nouvelle comparaison entre les années 1990-1992 et les trois dernières, soit 2009-2011.

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En 2009-2011, la proportion d'Anglo-Québécois qui ont épousé une femme n'ayant pas l'anglais pour langue maternelle s'élevait à 41,4%, pour une importante augmentation additionnelle de 7 points en près de 20 ans.

En 1990-1992, 29,7% des Québécois de langues maternelles tierces (allophones) ont marié une femme de langue maternelle anglaise ou française. Déjà inférieure de plus de 4 points à celle des anglophones, l'exogamie des allophones a perdu quelques points en 2 décennies, glissant à 27,3% en 2009-2011. L'écart s'est donc accru de plus de 14 points entre anglophones et allophones.

Quant aux francophones, mes calculs (ajustés pour tenir compte du fait que les majorités absolues ne peuvent atteindre une exogamie de 100%) donnent une proportion de 17,4% en 1990-1992 et de 23,9% en 2009-2011. L'exogamie des francophones en hausse, maintenant comparable à celle des allophones, ne peut cependant rivaliser avec celle des Anglo-Québécois. Ces derniers gardent donc le premier rang.

Femmes francophones prisées

Bien que l'exogamie, toutes langues confondues, soit l'exception (13,3% en 1990-1992, 15,9% en 2009-2011), le choix du partenaire, en termes linguistiques, n'est pas à déconsidérer, car il exprime la diversification des groupes linguistiques, notamment celle des francophones que l'on qualifie encore de «pure laine».

Au début des années 1990, comme au tournant des années 2010, la préférence des Anglo-Québécois est effectivement allée vers des femmes de langue maternelle française. Il s'agit d'ailleurs d'un choix très marqué de trois mariages sur quatre, soit 74,7% en 1990-1992 et de 75,2% en 2009-2011.

Cette préférence des anglophones est-elle exceptionnelle? Voyons les choix des personnes de langues maternelles tierces.

En 1990-1992, la proportion des hommes de langues maternelles tierces qui ont épousé une francophone s'établissait à 70,8%, comparativement à 74,7% pour les Anglo-Québécois. Il s'agit donc d'un écart de 4 points qui place les anglophones en tête. Or, cette différence s'est estompée en 20 ans, jusqu'à donner une légère avance aux allophones avec 76,4% contre 75,2%.

Bref, si les anglophones préfèrent épouser une femme de langue maternelle française, les allophones en font autant. Le choix des anglophones n'a donc rien d'exceptionnel.

Qu'en est-il pour les francophones?

Dans le cas des nouveaux conjoints de langue maternelle française, les préférences des hommes ont changé au cours des deux décennies considérées.

On note en effet, que leur choix est passé de 56,3% en faveur d'une épouse de langue maternelle anglaise en 1990-1992, à des unions privilégiant les femmes de langues maternelles tierces en 2009-2011 dans 54,7% des cas. En outre, j'ai remarqué que cette préférence pour les allophones n'est pas récente : elle remonte au moins à l'an 2000.

De ces mariages inter-linguistiques découlent 3 types de couples «bilingues» :

  • le type français-anglais : majoritaire en 1990-1992, il était le fait de 43,3% des couples; en recul à 41,8%, il perdait la première place en 2009-2011;
  • le type français-autre : il prend le premier rang en 2009-2011 avec 44%, pour un gain de 5,3 points depuis 1990-1992 alors qu'il formait 38,7% des couples inter-linguistiques;
  • le type anglais-autre : les mariages entre la minorité anglophone et les communautés issues d'une immigration très diversifiée au plan linguistique, vient toujours au troisième rang, loin derrière les autres types ; ralliant 18% des mariages mixtes en 1990-1992, il a reculé à 14,2% en 2009-2011.

Il importe, en terminant, de relativiser l'importance de ces types de mariages mixtes dans l'ensemble des nouvelles unions formées ces dernières années. En 2009-2011, le type de mariage français-autre, bien que dominant, ne comptait que pour 7% des nouvelles unions. L'importance relative des mariages mixtes français-anglais suivait avec 6,7%. Enfin, les mariages du type anglais-autre n'ont concerné que 2,3% des unions religieuses et civiles de 2009-2011.

L'addition des deux types comprenant un conjoint ou une conjointe de langue maternelle anglaise donne 8,1% en 1990-1992 et 9% en 2009-2011. On conviendra que cette augmentation n'a rien de «fulgurante», d'autant qu'en nombres absolus, il y a eu recul : de 6900 à 6000 nouvelles unions impliquant une personne de langue maternelle anglaise.

 
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