Michel Paillé

RECEVEZ LES NOUVELLES DE Michel Paillé
 

Concilier patrimoine religieux et laïcité en «recentrant» le crucifix au Parlement

Publication: 08/10/2013 23:39

Dans le débat portant sur le projet de «Charte des valeurs québécoises», de nombreux intervenants voient une contradiction gênante. Alors que l'on veut étendre à tous les employés de l'État une règle de neutralité religieuse, le projet ne remet pas en question la présence d'un crucifix dans le Salon bleu où siègent les 125 députés de l'Assemblée nationale. Cette exception se justifierait au nom de l'héritage patrimonial.

Héritage patrimonial ou alliance Église-État ?

D'aucuns plaident que ce crucifix ne saurait être considéré dans notre héritage patrimonial parce qu'il ne se trouvait pas au Salon bleu (vert à l'époque) lors de l'inauguration de l'hôtel du Parlement en 1886. Un demi-siècle s'est écoulé avant que le premier ministre Maurice Duplessis l'installe, dans ce qui s'appelait à l'époque l'«Assemblée législative». Selon l'historien Yvan Lamonde, le geste de Duplessis marquait «l'alliance entre l'Église et l'État».

VOIR AUSSI: Tous les blogues du HuffPost sur la Charte des valeurs

Comme ces deux institutions ont emprunté des voies de plus en plus séparées depuis la Révolution tranquille, la présence du crucifix au-dessus du siège du président apparaît de plus en plus incongrue dans une société laïque. Allant dans le sens de cette laïcisation progressive de la société québécoise, le rapport Bouchard-Taylor recommandait justement son retrait du Salon bleu. Contre toute attente, le gouvernement Charest s'est empressé de présenter, le même jour (22 mai 2008), une motion en faveur de son maintien. Tous les élus présents ont acquiescé à l'énoncé suivant :

«Que l'Assemblée nationale [...] témoigne de son attachement à notre patrimoine religieux et historique représenté notamment par le crucifix de notre salon bleu et nos armoiries ornant nos institutions».

À peine un peu plus de cinq ans plus tard, revenir sur cette décision semble embarrassant pour les élus, tous partis confondus. Chacun hésiterait à reprendre à son compte la recommandation du rapport Bouchard-Taylor «de l'exposer dans une salle consacrée à l'histoire du Parlement». On le souhaiterait sans doute en privé, mais il me semble que nul ne voudrait être le premier à relancer l'idée publiquement.

Concilier patrimoine religieux et laïcité

Pour résoudre l'antinomie patrimoine/laïcité, pourquoi ne pas simplement recentrer le crucifix dans l'hôtel du Parlement ? Tout en haut de la tour au centre du Parlement, flotte le fleurdelisé avec sa croix blanche que nul ne remet en question. Dans les six niches de la façade de la tour, on reconnaît la statue de quatre personnages de notre histoire religieuse : Marie de l'Incarnation, Marguerite Bourgeoys, Jean de Brébeuf et Nicolas Viel. Ces quatre personnages précèdent en hauteur deux militaires : le marquis de Montcalm et le major-général Wolfe.

Les deux principaux salons de notre Assemblée nationale sont séparés, au centre de l'édifice, par un hall où le crucifix pourrait très bien être installé, au mur ou dans une niche appropriée. Il y serait vu par quiconque se rend, à partir de l'escalier central, au Salon bleu, au Salon rouge ou à la Salle des drapeaux, lieu de négociation entre le président et les députés.

Un étage plus haut, un deuxième hall sépare l'accès aux tribunes des deux salons ainsi qu'à la tour centrale. Par là passent les invités des parlementaires et les citoyens désireux d'entendre les débats qui ont lieu un étage plus bas. Ce hall pourrait très bien accueillir lui aussi, en harmonie avec l'architecture, le crucifix patrimonial.

Ainsi, dans l'un ou l'autre de ces deux halls, le crucifix témoignerait de notre héritage religieux. À égale distance des deux grands salons, il ferait écho à la verticale, au fleurdelisé. Il me semble que tous nos députés pourraient facilement s'entendre sur une motion commune conduisant au recentrage du crucifix.

Indépendamment de l'adoption on non d'une éventuelle «Charte des valeurs», et sans égard à son contenu éventuel, les députés donneraient enfin un sens patrimonial au crucifix, sans le reléguer à un quelconque musée. Nous aurions alors, à l'horizontale, un Salon bleu aussi laïc que le Salon rouge, et à la verticale, un hôtel du Parlement qui afficherait nos traditions religieuses, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Loading Slideshow...
  • Qui fait quoi à l’Assemblée Nationale?

    Lorsqu’il est question de politique, les Québécois distinguent aisément les tâches qui reviennent à la première ministre, aux députés, aux ministres et aux porte-paroles en matière de ceci ou de cela. Par contre, fort peu nombreux sont ceux qui connaissent l’utilité du whip, le concept de leader parlementaire ou le nom de l’actuelle protectrice du citoyen. Voici donc une présentation de quatre fonctions parlementaires des députés, de cinq personnes désignées par l’Assemblée et du plus haut dignitaire sur le plan protocolaire au Québec.

  • Président de l'Assemblée nationale

    Actuellement: Jacques Chagnon, député de Westmount-Saint-Louis, mais celui-ci pourrait changer avec la venue du nouveau gouvernement. C’est à lui que les députés s’adressent lors de leurs interventions à l’Assemblée. Ses tâches principales consistent à arbitrer les séances, s’assurer du bon déroulement des travaux, protéger les droits des députés, préparer les prévisions budgétaires et représenter l’Assemblée dans ses rapports avec d’autres gouvernements. N’ayant pas droit de vote, sauf en cas d’égalité des voix, il cesse d’appartenir à son groupe parlementaire, dès qu’il entre en fonction.

  • Présidents de caucus

    Nicole Ménard, députée de Laporte (gouvernement) et Sylvain Pagé, député de Labelle, (opposition officielle). Le caucus de chaque parti est constitué de l’ensemble des députés qui siègent à l’Assemblée sous la bannière de ce parti. Choisis par le chef de leur groupe parlementaire, les présidents de caucus établissent l’ordre du jour et dirigent les réunions de leurs caucus respectifs. Ils doivent entre autres s’assurer que tous les sujets prévus sont examinés et que le temps qui leur est alloué soit respecté.

  • Whip

    Stéphane Billette, député de Huntingdon, (gouvernement) et Marjolain Dufour, député de René-Lévesque (oppostion officielle). Signifiant «fouet» en anglais, le mot «whip» représente la fonction disciplinaire du parti. Aidé d’adjoints, le whip s’assure que les députés manifestent une solidarité parlementaire, veille à ce qu’ils soient suffisamment nombreux à l’Assemblée et en commission (surtout les jours de votes), note le nom de ceux qui interviennent pendant les débats et remplit diverses fonctions touchant aux aspects matériels de la vie de ses collègues.

  • Leader parlementaire

    Jean-Marc Fournier, député de Saint-Laurent, (gouvernement) et Agnès Maltais, députée de Taschereau, (opposition) Possédant une connaissance approfondie des règles et coutumes parlementaires, il est le principal stratège et conseiller en la matière. En plus d’assurer un lien entre le Conseil des ministres et l’Assemblée, il a l’exclusivité de certains actes de procédures tels que la motion d’ajournement de l’Assemblée (qui met fin aux travaux d’une séance) ou la motion de renvoi en commission d’un projet de loi pour son étude détaillée.

  • Directeur général des élections - Jacques Drouin

    Jacques Drouin quittera ses fonctions le 11 juillet 2014. Responsable des élections provinciales (générales et partielles), municipales, scolaires et des référendums, il supervise la délimitation des circonscriptions électorales, la liste électorale permanente, le dépôt des bulletins de vote, leur dépouillement et la proclamation des résultats. Il veille également au contrôle du financement des partis politiques et des dépenses électorales, en plus d’avoir le devoir d’informer les électeurs de leurs droits électoraux.

  • Commissaire au lobbyisme – François Casgrain

    Assurant la surveillance des activités de lobbyisme exercées auprès des titulaires de charges publiques, tels que les ministres, les députés et leur personnel, le Commissaire au lobbyisme effectue les inspections relatives à toute contravention aux dispositions de la Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme ou du Code de déontologie des lobbyistes qu’il a élaboré.

  • Commissaire à l’éthique et à la déontologie – Jacques Saint-Laurent

    Il guide les députés au sujet de leurs obligations concernant les incompatibilités de fonctions, les conflits d’intérêts, les dons et les avantages. De sa propre initiative ou à la demande d'un député, il peut faire des vérifications ou des enquêtes pour déterminer si des manquements au Code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée ont été commis par un député ou un membre du Conseil exécutif.

  • Protectrice du citoyen - Raymonde St-Germain

    Elle prévient et corrige les erreurs ou les injustices commises à l’égard de toute personne ou groupe de personnes en relation avec un ministère, un organisme du gouvernement du Québec ou une instance du réseau de la santé et des services sociaux. Dans le meilleur intérêt des citoyens, elle peut proposer des modifications aux lois, règlements, directives et politiques administratives, ou à tout projet concernant ces matières. Même si elle ne dispose d’aucun pouvoir de contrainte, plus de 95 % de ses recommandations sont acceptées.

  • Vérificateur général – Michel Samson (par intérim)

    Exerçant un contrôle parlementaire sur les fonds et autres biens publics, il communique aux principaux intéressés ses constatations, ses commentaires et ses recommandations. Son apport consiste à promouvoir une reddition de comptes à la fois rigoureuse et transparente. Il vise à améliorer les pratiques de gestion à l'échelle gouvernementale. Depuis 2008, il vérifie également les livres et comptes des entités des réseaux de la santé, des services sociaux, de l’éducation et des organismes sans but lucratif qui gravitent autour de ces réseaux. Il a aussi la responsabilité de réaliser des mesures d’évaluation de l’efficacité et de la performance des sociétés d’État.

  • Lieutenant-gouverneur – Pierre Duchesne

    Représentant de la Couronne et reconnu comme le plus haut dignitaire sur le plan protocolaire, il a la tâche de nommer le premier ministre, les membres du Conseil exécutif (ministres) sur recommandation du premier ministre, ainsi que les juges des cours du Québec. Il est également responsable de la ratification des décrets du gouvernement, de la sanction des lois, en plus de veiller à la convocation, la prorogation et la dissolution de l'Assemblée nationale.

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.



 
Suivre Le HuffPost Québec