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Comprendre et agir, ou obéir à «papa-boss»?

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Ce matin, 1er septembre, je participais avec mes enfants à une chaîne humaine, participant au mouvement «Je protège mon école publique», comme tant d'autres parents, enfants et enseignants à travers le Québec.

Je découvre, quelques heures après, que le ministre de l'Éducation désapprouve fortement ce mouvement.

Rien ne m'étonne plus de la part des représentants de ce gouvernement, si dogmatiquement enferrés dans leur austère idéologie.

Pourtant, quelle tristesse de voir l'homme politique chargé de veiller à la qualité du système public d'éducation au Québec rester sourd devant la mobilisation de tant de gens. Quelle tristesse de voir un ancien professeur universitaire de sciences politiques postuler que des enfants ne peuvent rien comprendre à la politique.

Sachez, Monsieur Blais, que mes filles, ce matin, comprenaient la portée de leur action. Elles avaient toutes deux appris qu'on menaçait de fermer une classe de leur école, mettre à pied une remarquable enseignante que l'une d'elles a eu le privilège d'avoir l'an passé, bourrer les classes restantes à leur pleine capacité, tout ceci pour économiser 50 000 $. Écolières à Saint-Gérard, dans Villeray, elles vivent quotidiennement les effets des économies de bout de chandelle qui ont mené à la dégradation, puis à la démolition de leur ancienne école. Elles savent toutes deux que votre ministère a dit non au projet de reconstruction déposé par la CSDM, retardant de plus d'une année le retour éventuel à leur «vraie» école (qu'elles ont quittée depuis janvier 2012, je le rappelle).

Elles savent que, dans la décision de votre ministère, une seule chose a compté: l'argent.

Remplacer un bâtiment patrimonial par un projet architectural novateur? Tirer profit de la catastrophe écologique de l'ancien bâtiment, pour en construire capable de faire face aux défis environnementaux? Offrir aux enfants et aux enseignants le meilleur environnement d'apprentissage possible? Cela ne vous préoccupe pas, monsieur le ministre, et elles le savent, même si les subtilités des certifications LEED leur échappent.

Et quand bien même elles n'auraient pas été malgré elles plongées dans cette expérience spécifique, vécue par les enfants, parents et enseignants de l'École Saint-Gérard, pourquoi auraient-elles dû marcher tranquillement vers leur école, aveugles aux luttes actuelles, pour défendre le système d'éducation contre les mesures de votre gouvernement? Manifester, bien pacifiquement, devant les ruines de leur ancienne école, ce matin, c'était aussi l'occasion de leur apprendre que vos décisions ont mené à la mise à pied d'un grand nombre d'éducateurs spécialisés (orthopédagogues, psychologues scolaires, orthophonistes, etc.), obligeant les parents les mieux nantis à se tourner vers le privé pour aider leur enfant, pendant que les familles plus pauvres verront leurs enfants se confronter à l'échec scolaire, principale cause d'échec professionnel.

C'était aussi l'occasion de leur apprendre que, pour faire plaisir aux banquiers (surtout ceux devenus ministres), vous ne souhaitez pas améliorer la condition de travail des enseignants, mais au contraire proposez de la détériorer.

Pour vous, aborder ces enjeux, avec des enfants, c'est «utiliser» les enfants, c'est les «mêler à la politique». Je crois au contraire que la mission de l'école, comme celle des parents, consiste à aider les enfants à comprendre le monde dans lequel ils vivent, ceci dans le but d'agir sur lui.

Agir sur le monde, dans l'espoir de le transformer, c'est parfois un geste politique. Votre gouvernement et ceux qui profitent de votre rabotage austéritaire universel souhaitent au contraire que personne n'ait cette insolente pensée.

Dans votre grande manœuvre pour transformer l'État québécois en machine au service du privé (quelqu'un a entendu parler d'une SAQ privatisée?), vous voulez dépolitiser jusqu'au dernier citoyen (transformé en pur consommateur). Vous voulez nous faire croire qu'il n'y a pas d'alternative. Pour ma part, je ne préfère pas miser sur la passivité et la soumission à «papa-boss», mais sur l'intelligence et la discussion, qu'il s'agisse des enfants du primaire ou de mes concitoyens.

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