LES BLOGUES

Lettre à Lise Bissonnette

18/04/2015 08:35 EDT | Actualisé 18/06/2015 05:12 EDT

Je vous ai longtemps admirée. Pour vos éditoriaux flamboyants et aiguisés du Devoir. Pour votre passion manifeste pour la culture québécoise, passée et contemporaine. Pour votre défense de l'éducation. Pour votre implication dans la communauté. Pour la magnifique réalisation qu'est la Grande Bibliothèque. Je continuerai à vous admirer malgré la lettre adressée à la « non-communauté » de l'UQAM. Mais, désormais, je me rappellerai que le verbe haut, manié avec élégance, n'est chez vous comme chez tant de grands seigneurs de la culture pas toujours un instrument de libération, d'inventivité ou d'empathie, tant que de pouvoir.

Il y aurait beaucoup à redire sur cette lettre, mais Michel Seymour y répond avec fermeté dans son blogue, aussi vais-je me contenter de souligner qu'en appuyant sans aucune réserve l'ensemble des gestes posés par le recteur et la direction, gestes qui tendent à nier de facto le droit de grève étudiante, vous avez cautionné cette position.

Pourquoi le recteur et l'équipe de la direction ont-ils tenté de briser la grève, avant même qu'elle ne commence, au lieu de la laisser suivre son cours et se terminer d'elle-même, par la libre décision démocratique, prise en assemblée générale? De plus en plus, la réponse est claire : ce n'est pas dans le but de veiller à la qualité de l'éducation dispensée à l'UQAM, mais pour des motifs essentiellement économiques, c'est-à-dire pour ne pas devoir payer d'éventuelles mesures de rattrapage, lors de la reprise des cours, ceci en parfaite harmonie avec la déclaration du ministre Blais, à la fin mars, voulant que son ministère n'allait pas avancer un sou pour la reprise des cours.

Ironie de la politique : les étudiantes et étudiants font la grève pour protester, en premier lieu, contre les coupures massives dans le financement des universités, mais notre recteur cherche à briser leur grève parce que les mesures d'austérité imposent des coupures dans le budget de l'UQAM. Il s'attaque ainsi à ceux et celle qui devraient être ses alliés, préférant s'allier avec le ministre Blais et le gouvernement libéral.

Les masques sont tombés, le jeudi 16 avril, quand le conseil d'administration de l'UQAM que vous présidez a rejeté la recommandation de la Commission des études, dont le mandat est précisément de veiller à la qualité des cours. Le Conseil d'administration a ainsi sacrifié le tiers de la session d'hiver 2015, pour les étudiants de la Faculté des arts, de la Faculté de sciences humaines et de certains programmes de science politique.

Certes, les mesures proposées auraient entraîné des coûts, entre autres pour embaucher des chargés de cours (leur contrat se termine en effet le 21 avril prochain). Mais un examen minutieux aurait permis d'imaginer des solutions pour un coût minime, d'autant plus que ces dépenses concernent essentiellement les chargés de cours (pour les professeurs, cette mesure n'entraînerait pas de dépense). Ainsi, financer trois séances d'enseignement, pour les cours ayant connus trois semaines et plus de grève aurait permis de satisfaire entièrement aux propositions de la Commission des études.

Dans le cas des programmes de premier cycle en études littéraires, que j'ai l'honneur de diriger, cela aurait permis de mener à bien les 33 cours dispensés par des chargés de cours, pour un coût équivalent à 7 charges. 70 000 $ ou à peu près, pour sauver la qualité de l'enseignement dans 33 cours. Ceci me semble une mesure parfaitement acceptable. Comme notre département est celui qui compte le plus d'étudiants dans la Faculté des arts, une des deux facultés ayant connu plus de trois semaines de grève, une estimation approximative (la seule possible, puisque la Direction n'a pas voulu donner des chiffres précis à la Commission des études) permet d'avancer que cette mesure aurait sans doute entraîné des frais d'environ 500 000 $.

Nouvelle ironie : cela correspondrait à peu près au montant dépensé pour embaucher une armée de gardiens supplétifs, par un contrat de gré à gré, sans approbation par aucune des instances universitaires. En d'autres termes : notre cher recteur préfère dépenser pour des gardiens de sécurité, plutôt que pour préserver la qualité de l'éducation. Voilà le type de choix que le Conseil d'administration a appuyé, jeudi 16 avril, en rejetant la proposition de la Commission des études.

Cette décision, loin d'aider à résoudre le conflit actuel, ne fera que l'envenimer, puisqu'elle pénalise les professeurs chargés de cours et étudiants de littérature, d'art, de sciences humaines et de science politique. Sommes-nous des uqamiens de seconde zone? Par cette décision, madame la présidente, vous vous êtes pliée aux commandes du gouvernement libéral et avez montré que l'acceptation intégrale des mesures d'austérité est plus importante que la qualité des cours donnés par l'UQAM. On se demande bien, alors, qui tient vraiment à préserver la réputation de l'UQAM, les étudiantes et étudiants, ou le conseil d'administration? Pour ma part, la réponse est facile.

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Manifestation contre l'austérité à Montréal, 2 avril 2015

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