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Alan Dershowitz a raison, mais cela ne changera rien

Si nous voulons vraiment mettre fin à l'antisémitisme, nous devons accomplir ce que nous avons le moins envie de faire : nous unir à nos frères, nos compatriotes juifs, au-dessus de nos disputes, de l'aliénation et de la haine.

06/07/2017 09:00 EDT | Actualisé 06/07/2017 09:00 EDT
yoglimogli via Getty Images
Tout au long de l'Histoire, la haine du juif a porté différents costumes, selon les époques.

Il y a deux semaines, un avocat de renom, auteur et activiste pro-Israël, Alan Dershowitz a invité le célèbre réalisateur, producteur de films et antisémite Oliver Stone à un débat qui porterait sur l'exactitude de la déclaration de ce dernier qu'Israël soit intervenu dans les élections américaines.

Même si un tel débat prend place, il n'aura aucun impact sur l'opinion des gens en ce qui concerne Israël.

Malgré des décennies de campagne pro-Israël, l'antisémitisme aux États-Unis et dans le monde entier croît exponentiellement. Même si les arguments sont raisonnables, ils n'atténueront jamais l'antisémitisme, parce que les sentiments instinctifs ne requièrent aucune justification.

Les juifs ont été accusés de tout le mal concevable et inconcevable, partant de l'empoisonnement de puits jusqu'à la récolte d'organes, d'être fauteurs de guerre jusqu'à usuriers.

Tout au long de l'Histoire, la haine du juif a porté différents costumes, selon les époques. Les juifs ont été accusés de tout le mal concevable et inconcevable, partant de l'empoisonnement de puits jusqu'à la récolte d'organes, d'être fauteurs de guerre jusqu'à usuriers.

Les juifs ont été souvent accusés de « crimes » contradictoires. Les communistes les ont accusés d'avoir créé le capitalisme et les capitalistes, d'avoir inventé le communisme. Les chrétiens les ont blâmés d'avoir tué Jésus et les dissidents de l'Église d'avoir inventé le christianisme.

Les juifs ont été étiquetés comme fauteurs de guerre et de lâches, de mous et d'entêté et d'autres innombrables contradictions.

Le fond du problème est celui-ci : la haine du juif n'a pas de logique.

Pour changer le sentiment des gens en ce qui concerne les juifs, nous devons faire appel à leurs instincts et non à leur raison. Plus précisément, nous devons répondre à cette question : pourquoi tant de gens croient que si quelque chose va mal, c'est la faute des juifs ?

Les objets d'une répugnance omniprésente

Les juifs ne forment pas une nation ordinaire. Depuis ses débuts, ses membres ont été persécutés, tourmentés, exclus, et souvent assassinés sans raison apparente. Pis encore, des guerres internes entre eux leur ont causé plus de souffrance encore, de massacres et de destruction qu'aucun ennemi extérieur.

Les rois hébreux Achaz et Ézéchias ont tous les deux pillé le Premier Temple et ont donné ses trésors à des rois étrangers. À l'époque du Deuxième Temple, les hellénistes étaient des juifs qui voulaient établir le mode de vie des Grecs et leur système de valeurs en Israël.

La haine qu'ils éprouvaient pour leurs frères était si intense, qu'ils se sont battus à mort avec eux, plutôt qu'avec les Grecs.

La haine de soi du juif a causé la destruction du Deuxième Temple et un exil qui a duré deux millénaires. Pis encore, le Temple a été détruit par Tiberius Julius Alexandre, un juif d'Alexandrie dont le père avait donné l'or et l'argent pour les portes du Temple.

La haine de soi de Tiberius Julius Alexandre était tellement profonde qu'avant de détruire Jérusalem, il avait anéanti la communauté de 50 000 personnes qui l'avait vu naître à Alexandrie.

Il semble bien que nous soyons uniques non seulement dans la haine implacable et irrationnelle qui nous accable de l'extérieur, mais aussi dans la profonde haine que les juifs éprouvent envers leurs propres frères. Alors quelle est la raison qui fait des juifs l'objet d'une telle répugnance omniprésente ?

Pas d'amnistie pour les juifs

Il est écrit dans le livre Yaarot Devach (partie 2, Drouch n° 2) que le mot Yehudi (juif) vient du mot hébreu Yihudi, uni. Selon Maïmonide (Mishneh Torah,chap. 1), quand Abraham le Patriarche a été témoin d'une éruption d'égoïsme dans l'empire babylonien, lieu de sa naissance, il a formé un groupe qui a cultivé l'unité afin de contrer l'égocentrisme grandissant.

Plutôt que d'essayer de restreindre leur ego, Abraham a suggéré aux Babyloniens de se concentrer sur la connexion. De cette façon, il espérait que ses compatriotes réussiraient à s'unir au-delà de leur ego.

Après son départ de Babylone, Abraham s'est dirigé vers la Terre d'Israël et a continué de diffuser ses idées. Petit à petit, nous dit Maïmonide dans Mishneh Torah, Abraham a rassemblé des dizaines de milliers de personnes, tous versés dans l'unité au-dessus de l'ego.

En effet, faire de l'unité le moyen et la fin est devenu l'essence du judaïsme. C'est pourquoi Hillel l'Ancien a dit à un homme qui voulait se convertir : « Ce que vous haïssez, ne le faites pas à autrui, c'est l'entièreté de la Torah » (Shabbat 31a), et c'est pourquoi Rabbi Akiva a affirmé : « Aime ton prochain comme toi-même ; c'est la grande règle de la Torah. » (Talmud de Jérusalem, Nédarim, 30b)

Nous ne sommes devenus une nation que lorsque nous avons fait le serment d'être « un seul homme dans un seul cœur », et immédiatement après, nous avons reçu la tâche d'« être une lumière pour les nations », de diffuser notre unité particulière à tous.

Tout comme Abraham avait l'intention de le faire à Babylone, lorsqu'il a voulu répandre l'unité sans discrimination, nous avons reçu la tâche de propager l'unité dans le monde tout entier.

Par conséquent, notre nationalité se résume à ces deux principes :
1) être uni comme un seul homme dans un seul cœur,
2) partager la méthode pour atteindre l'unité avec l'humanité tout entière.

Quand les antisémites nous accusent d'être des fauteurs de guerre, ou lorsqu'ils blâment Israël de perpétrer un génocide contre les Palestiniens, cela reflète leurs sentiments que nous ne sommes pas fidèles aux fondements de nos principes. Et c'est la raison de leur haine envers nous.

Dans certains cas, la sensation que l'égoïsme des juifs est le problème est si vive qu'ils peuvent même la verbaliser. Le philosophe et anthropologue Ludwig Feuerbach a écrit dans « L'essence du christianisme » : « Les juifs ont maintenu leur particularité jusqu'à ce jour. Leur principe, leur Dieu est le principe le plus pratique dans ce monde, c'est-à-dire l'égoïsme. »

Nous nous sommes acquittés du « verdict » d'« être une lumière pour les nations », mais les nations nous considèrent encore en dette. Leurs accusations, les normes morales élevées qu'ils exigent d'Israël, leur admiration pour les juifs et la peur qu'ils en ont parlent pour elles-mêmes.

Cela ne nous aidera pas d'essayer d'être comme les autres nations, elles ne nous accepteront pas comme tels. Les nations s'attendaient, s'attendent et s'attendront toujours à ce que nous soyons un phare d'unité, « une lumière pour les nations ».

Jusqu'à ce que nous nous unissions au-delà de notre haine, comme l'ont fait nos ancêtres, il y a des milliers d'années, nous continuerons d'être les seuls parias du monde.

Jusqu'à ce que nous nous unissions au-delà de notre haine, comme l'ont fait nos ancêtres, il y a des milliers d'années, nous continuerons d'être les seuls parias du monde.

Aucun argument convaincant, aucune preuve concluante ou solide évidence ne convaincront les Oliver Stone dans le monde qu'ils ont tort. Ils sont profondément convaincus que les juifs sont à blâmer pour tout le mal qui survient dans le monde.

Par conséquent, si nous voulons vraiment mettre fin à l'antisémitisme, nous devons accomplir ce que nous avons le moins envie de faire : nous unir à nos frères, nos compatriotes juifs, au-dessus de nos disputes, de l'aliénation et de la haine.

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