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Projet Mine Arnaud à Sept-Îles: une fosse aux arguments

01/12/2014 10:54 EST | Actualisé 31/01/2015 05:12 EST

«[Les opposants au projet Mine Arnaud] ont frappé un mur solidifié à la raison et aux chiffres» - Un défenseur de Mine Arnaud

Il y a des murs qui cèdent sous nos yeux, alors qu'ils avaient l'apparence de la solidité. C'est qu'ils reposaient sur des fondations instables. Il faut toujours vérifier les fondations. Cela nous préserve des mauvaises surprises. C'est ce que nous avons voulu faire ici, en vérifiant les fondations de ce prétendu mur qu'est l'argumentaire en faveur de Mine Arnaud. Il n'y a pas d'autre façon d'empêcher qu'il ne nous tombe sur la tête un jour.

Le débat autour de Mine Arnaud nous révèle ceci: on fait passer une prospérité qui était temporaire, qui résultait d'une croissance économique soumise aux fluctuations du marché, pour quelque chose qui nous est dû. L'argumentaire en faveur de la mine entend assurer coûte que coûte le maintien d'un certain niveau de vie qui découle de circonstances heureuses, mais hors de notre contrôle. Cela, au préjudice d'une réflexion de fond sur les valeurs qui nous sont chères en tant que Septiliens.

Devant l'impasse du débat, notre position est claire: il n'y a qu'un référendum qui puisse réunir les citoyens autour d'une décision commune. Or, un référendum requiert des arguments solides. Car contrairement à ce que semble croire la Chambre de commerce, on ne défend pas un projet avec des slogans calqués sur celui des Canadiens de Montréal, mais avec des arguments.

Argument 1. «Un référendum va diviser la population»

Si la population est en accord avec Mine Arnaud, un référendum ne la divisera pas; il rendra visible son accord. Si elle est en désaccord, un référendum ne la divisera pas davantage; il rendra visible un désaccord qui existe déjà. En fait, un référendum vise à réunir une population qui est déjà divisée par une prise de décision collective.

Argument 2. «Un référendum va coûter cher»

Si, comme on le dit, Mine Arnaud se soucie de l'acceptabilité sociale et si sa rentabilité économique est assurée, le coût d'un référendum ne devrait pas être une préoccupation.

Argument 3. «3000 personnes ont marché pour Mine Arnaud»

S'appuyer sur cet argument c'est dire: l'accord des citoyens est important pour nous. Or, si cet accord est important, il faut considérer les 5000 personnes qui ont signé une pétition pour un référendum.

Argument 4. «Un sondage démontre que 65% des citoyens sont en faveur de Mine Arnaud»

Un sondage est un instrument qui, sous prétexte de décrire «scientifiquement» un état de l'opinion publique, cherche à l'orienter en disant: «la majorité est avec nous». Dans celui qui est évoqué ci-dessus, il est dit que 43% des répondants souhaitent obtenir plus d'informations avant de se prononcer (CROP, novembre 2014, p. 13). Or, les résultats font comme si ces 43% d'hésitants avaient déjà une position claire. Qu'à cela ne tienne, en admettant la bonne foi des défenseurs des sondages, on en revient à l'argument 2. Si Mine Arnaud se soucie de l'acceptabilité sociale, si sa rentabilité économique est assurée et si, par ailleurs, les sondages qu'elle commande lui sont favorables, alors elle n'a aucune raison légitime de s'opposer à la tenue d'un référendum.

Argument 5. «Laissons les "experts" faire leur travail»

Le rôle d'un expert n'est pas de faire des choix de société à notre place, c'est de répondre à des questions qui relèvent de son domaine d'expertise. L'ingénieur s'occupe d'ingénierie. L'économiste estime la rentabilité économique. L'écologiste anticipe les impacts écologiques. Mais il n'y a que le citoyen pour dire si un projet est bon ou mauvais.

Argument 6. «Il y a des familles qui crèvent de faim»

Considérant les récentes annonces de Cliffs, nous comprenons la sincérité de ce cri du cœur. Cependant nous déplorons l'opportunisme qui le fait servir une position précise. Les infortunes de nos concitoyens ne doivent pas faire oublier ce qui est au centre du débat: l'unique façon de faire vivre ces familles est-elle de creuser une fosse de 3,5 km dans notre baie?

Argument 7. «Il faut diversifier l'économie»

Être contre Mine Arnaud, dit-on, c'est être contre la diversification de l'économie. Or, la question de la diversification n'a jamais été une préoccupation majeure avant l'apparition du dossier Mine Arnaud. Ce projet se présente comme une solution miracle à un problème qu'il a dû créer lui-même afin de se rendre acceptable. Être contre Mine Arnaud, ce n'est pas être contre la diversification de l'économie, c'est être contre Mine Arnaud comme unique solution à la diversification de l'économie.

Argument 8. «Il faut créer des emplois»

C'est un argument irresponsable qui justifie chaque chose et son contraire, mais ne se justifie jamais lui-même. Les épidémies, les guerres et, à la limite, les catastrophes naturelles créent aussi des emplois. Un emploi n'apporte pas que des bénéfices économiques, il peut aussi avoir des répercussions morales et écologiques. Il faut se demander s'il est bénéfique, à tous points de vue, de créer des emplois pour créer des emplois. Mais plutôt, on abandonne cette question aux pelleteux-de-nuages, puisqu'il faut bien que les nuages, eux aussi, créent des emplois. À ce stade d'irresponsabilité, on s'imagine un entrepreneur exploitant l'originalité d'une ville trouée d'une mine à ciel ouvert pour développer le créneau touristique des ravages environnementaux. Il aurait beau jeu de se justifier en disant: «il faut créer des emplois».

Argument 9. «Les auteurs de ce texte prônent l'immobilisme»

Si par «immobilisme» on entend: refuser de foncer tout droit vers ce qu'on croit être une mauvaise idée, alors oui, nous prônons cette sorte d'immobilisme.

Argument 10. «Les auteurs de ce texte sont fermés d'esprit»

À tel point que nous n'avons examiné que les arguments de nos adversaires et que nous avons défendu la position d'un référendum pour remettre la décision entre les mains des citoyens.

Un mur s'effondre

Nous venons de réfuter logiquement l'argumentaire visant à faire passer le projet Mine Arnaud sans référendum. De ce «mur solidifié à la raison et aux chiffres», il ne reste plus que quelques hypothèses et prévisions lancées, sans garantie d'aucune sorte, dans un avenir où tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. En effet, rien dans ce projet n'est assuré: ni le nombre d'emplois qui reviendront de fait aux citoyens de Sept-Îles, ni la rentabilité de la mine à moyen et à long terme. Bernard «Rambo» Gauthier, cet homme qu'on sait très attaché à la tradition d'appeler un chat un chat, Bernard Gauthier lui-même le dit: «Ce n'est pas le Klondike.» Écoutons-le; n'agissons pas comme si ce l'était. Tout le projet Mine Arnaud repose sur de simples suppositions qui, même à titre de suppositions, sont loin de faire miroiter un avenir radieux. Mais les risques en matière de santé et d'environnement, eux, sont bien réels; mais la destruction de notre baie, elle, est bien réelle. Septiliens, exigeons un référendum et refusons ce marché de dupes.

Ce texte est cosigné par Michaël Fortier, doctorant en littérature, Mathieu Daemone, doctorant en science, Jean-Philippe Nadeau Marcoux, étudiant en philosophie. Tous trois sont natifs de Sept-Îles.

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