Michael Binnion

RECEVEZ LES NOUVELLES DE Michael Binnion
 

La Ferme des animaux d'Orwell dans le Saint-Laurent

Publication: 15/02/2013 10:51

«Tous les contrats sont légaux, mais certains le sont plus que d'autres»

Après dix ans d'exploration par l'industrie et des centaines de millions de dollars en investissements, le gouvernement change pour la troisième fois les règles du jeu et déchire ses promesses écrites. La loi présentée par le gouvernement québécois minoritaire prévoit ajouter le forage au moratoire déjà existant sur la fracturation, et ce même si personne ne voudrait forer un puits sans même pouvoir en faire la fracturation.

Pour en ajouter à l'insulte, un comité indépendant a été rejeté et a reçu l'ordre de remettre ses études. Les études en question seront assujetties à une enquête par une commission menée par des partisans choisis. Ceux-ci sont des gens qui se disent environnementalistes, tout en affirmant que pétrole brut en pleine nature est moins risqué parce qu'il est visqueux et moins volatile que le gaz naturel. Je suis certainement d'accord pour dire que les bénéfices du pétrole et du gaz sont plus grands que leurs impacts dans les régions sauvages. Mais la logique orwellienne de ces gens est bien peu valable. Parlez-en à Exxon Valdez!

Est-ce une répétition de l'histoire du Québec? En 1970, le gouvernement a formé la SOQUIP, en croyant que l'exploration pétrolière et gazière était facile. Comme le mentionnait M. Parizeau, la seule chose que la SOQUIP ait trouvée, c'est le Fonds de solidarité. Peut-être que le gouvernement devrait lire mon article révisé par les pairs pour réaliser que trouver le «sweet spot» de pétrole de schiste et de gaz de schiste n'est pas aussi facile que ce qu'ils le laissent croire aux contribuables.

Ce gouvernement, tout comme la SOQUIP, semble aimer l'exploration, sauf si l'exploration connaisse du succès. Ils accordent des permis et des incitatifs financiers pour l'exploration. Mais si vous trouvez quelque chose, ils vous donnent un moratoire, en attendant une étude du BAPE. Puis si vous coopérez, ils vous donnent un moratoire en attendant une étude environnementale stratégique. Et si vous coopérez encore, ils remplacent les gens au BAPE et vous redonnent un moratoire, en attendant une autre étude du BAPE.

Pour ce faire, ils utilisent le double langage d'Orwell.

  • Les comités indépendants sont partisans; les commissions partisanes sont indépendantes.
  • L'industrie en pleine nature est sécuritaire pour l'environnement; l'industrie sur les terres agricoles est dangereuse pour l'environnement.
  • Des puits de 1 000 barils de gaz par jour à Lotbinière sont un échec; des puits de cinq barils de pétrole par jour sont un succès.
  • Les projets n'auront pas lieu à cause du bas prix du gaz; un moratoire est nécessaire pour stopper les projets gaziers.
  • Les contrats pour l'exploration sont légaux; les contrats pour la production le sont moins.


Peut-on s'entendre sur le modèle norvégien? La Norvège encourage l'exploration, car elle veut de la production, des revenus et des impôts. Donc elle ne change pas les règles une fois que l'exploration connait du succès. Ça semble bien fonctionner.

Loading Slideshow...
  • POUR: le potentiel énergétique

    Les réserves de gaz de schiste au Québec sont importantes, et le potentiel d'exploitation est indéniable, ce qui pourrait rapporter des redevances à l'État. Dans <em>The Telegraph</em>, Christopher Booker <a href="http://www.telegraph.co.uk/comment/columnists/christopherbooker/8500496/Shale-gas-could-solve-the-worlds-energy-problems.html" target="_hplink">estime que les réserves seraient suffisantes pour assurer les besoins énergétiques pour des centaines d'années</a>.

  • CONTRE: la pollution de l'eau

    La fracturation hydraulique, qui consiste à pulvériser un mélange de produits chimiques et de sable sur la pierre pour faire éclose le gaz, pose des risques de contamination de la nappe phréatique. Une douzaine de cas ont été répertoriés aux États-Unis. Les images d'eau qui s'enflamme ont aussi fait le tour du monde. Une <a href="http://insideclimatenews.org/news/20111104/gasfrac-propane-natural-gas-drilling-hydraulic-fracturing-fracking-drinking-water-marcellus-shale-new-york" target="_hplink">nouvelle méthode de fractruation sans eau </a>est envisagée aux États-Unis, mais les écologistes sont sceptiques.

  • CONTRE: Plus d'émission que le charbon

    Le méthane qui se dégage lors de la fracturation est un des principaux gaz à effet de serre. Selon plusieurs études, ces émissions sont supérieures de 20 % à celles dégagées pendant l'exploitation du charbon.

  • POUR: Plus vert que les autres énergies fossiles

    <a href="http://www.scientificamerican.com/article.cfm?id=natural-gas-could-serve-as-bridge-fuel-to-low-carbon-future" target="_hplink">Les chercheurs du MIT ont conclu</a> que remplacer les centrales de charbon par des centrales de gaz naturel pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de moitié.

  • CONTRE: Des séismes provoqués par la fracturation

    <a href="http://oilprice.com/Energy/Natural-Gas/U.S.-Government-Confirms-Link-Between-Earthquakes-and-Hydraulic-Fracturing.html" target="_hplink">Plusieurs tremblements de terre</a> sont liés à la fracturation hydraulique. L'entreprise britannique <a href="http://www.cuadrillaresources.com/cms/wp-content/uploads/2011/11/Cuadrilla-Resources-Press-Release-02-11-11.pdf" target="_hplink">Cuadrilla Resources</a> a notamment admis que le procédé «provoque des événements sismiques mineurs»

  • POUR: Des emplois

    <a href="http://www.treehugger.com/fossil-fuels/facts-on-fracking-pros-cons-of-hydraulic-fracturing-for-natural-gas-infographic.html" target="_hplink">L'industrie du gaz aux États-Unis emploie 1,2 million de personnes</a> et le département américain de l'Énergie estime que les ressources ont augmenté de 65 % grâce au procédé de fracturation hydraulique. De plus, <a href="http://www.bu.edu/energy/files/2011/07/Fracking-article-Sept-14-2011.pdf" target="_hplink">l'industrie évalue les retombées à 385 milliards de dollars aux États-Unis</a>, selon un article de la revue <em>Nature</em>.

  • CONTRE: Les produits utilisés

    Les entreprises n'ont pas à divulguer les produits qu'ils utilisent dans la fracturation hydraulique aux États-Unis. Est-ce aussi le cas au Canada?

  • POUR: Du temps pour développer les énergies renouvelables

    L'ancien chef de cabinet de Bill Clinton et ancien patron du Center for American Progress <a href="http://www.businessweek.com/magazine/could-shale-gas-reignite-the-us-economy-11032011_page_2.html" target="_hplink">John Podesta croit que le gaz naturel peut</a> devenir un pont au 21e siècle vers des énergies renouvelables.

  • CONTRE: Il faut beaucoup d'eau

    La fracturation hydraulique peut requérir jusqu'à <a href="http://www.hydraulicfracturing.com/Water-Usage/Pages/Information.aspx" target="_hplink">20 millions de litres d'eau</a>. Dans certains cas, <a href="http://www.treehugger.com/fossil-fuels/facts-on-fracking-pros-cons-of-hydraulic-fracturing-for-natural-gas-infographic.html" target="_hplink">moins du tiers de l'eau est récupérée</a>.

 

Suivre Michael Binnion sur Twitter: www.twitter.com/mrbinnion

Suivre Le HuffPost Québec