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Quand nos compétences parentales sont constamment mises à l'épreuve

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À toi, ma belle grande fille, mon beau grand défi de vie. Avec toi, j'ai appris à devenir parent pour la première fois. J'ai appris à suivre mon instinct, à écouter mon cœur. À t'écouter, toi.

J'ai aussi appris à revoir mes attentes face à ce petit être que tu étais. Ce petit être qui me demandait tellement d'attention. Plus d'une fois, je me suis sentie à court de ressources pour répondre à tes nombreux besoins, qui m'apparaissent parfois si exigeants et impossibles à combler. Mes compétences parentales ont été ébranlées plus d'une fois. Je me sentais désarmée devant l'enfant que tu étais.

Quand je t'allaitais à toutes les heures, jour et nuit parce que tu avais besoin de réconfort. Quand tu souhaitais que je t'allaite durant des heures, même à 2 ans. Quand tu ne dormais que trente minutes et que je t'avais bercé, balancé, promené durant deux heures. Quand tu courrais partout dans la maison à minuit le soir et que j'avais tant besoin de sommeil. Quand tu te réveillais en pleine nuit, en crise, parce que tu avais vécu de l'anxiété le jour. Quand tu n'étais plus capable de porter de vêtements durant plusieurs mois parce que ta peau est très sensible. Quand les couvertures t'étaient insupportables et que je devais gratter ton dos la nuit. Quand j'ai appliqué des techniques de pressions sur ton corps, quand j'ai brossé et massé ta peau. Je me suis sentie impuissante.

Quand tu me confiais tes émotions sous formes de tempêtes émotionnelles (crises), j'étais désemparée, ne sachant comment bien les accueillir sans te blesser. Quand tu me parles avec un débit accéléré et que les phrases se suivent les unes après les autres, j'en suis toute étourdie et, je l'avoue, j'ai de la difficulté à demeurer concentrée à chacun de tes mots. Quand tu grognes et me fais une grimace pour exprimer ton mécontentement, j'ai compris que c'était ta manière d'exprimer maladroitement ton émotion, et j'ai appris à décoder ce qui se passe en toi. Quand tu deviens mutique parce que trop d'émotions t'envahissent, j'ai appris à t'ouvrir mes bras, simplement. À mettre des mots sur ce que tu ressens. Lorsque tu t'effondres en plein milieu d'un centre commercial, j'ai appris à me détacher du jugement des autres, qui leur appartient, et à me concentrer sur toi. C'est toi qui me guide vers ton ressenti.

Je trouve cela difficile d'être un parent, tu sais. T'accueillir, toi, pour qui tu es et pour ce que tu as à offrir. Mais chaque défi rencontré est source d'apprentissage. Tu m'as fait grandir. À tes côtés, j'ai cultivé la bienveillance et l'empathie. J'ai appris à reconnaître l'autre. Tu m'as appris l'intelligence du cœur.

J'ai lu sur le développement des enfants, sur l'écoute empathique, sur les neurosciences, sur le lien d'attachement, sur tout ce qui a trait à la parentalité bienveillante, ce qui m'a amenée à voir les enfants sous un nouvel angle, un angle complètement différent de celui de la société occidentale. J'ai oublié les idées reçues et je me suis concentrée sur toi, un petit être unique à part entière.

Avec toi, j'ai appris qu'il était possible de dire «non» avec douceur. Qu'il était possible de poser des limites dans le respect mutuel. Quand tu t'opposes férocement à moi parce que tu cherches à t'affirmer, ma patience est mise à rude épreuve. J'ai appris à te faire confiance. Tu es la meilleure personne pour savoir quels sont tes besoins. Je t'ai laissé beaucoup de liberté pour découvrir tes passions, et tu deviens une petite fille curieuse de la vie, curieuse d'apprendre avec une belle joie de vivre. Tu portes déjà une grande maturité émotionnelle pour ton jeune âge.

J'ai ainsi appris à me respecter sans me sentir coupable. Parfois - souvent - tes besoins sont différents des miens, et c'est parfait ainsi. J'ai appris à reconnaître mon sentiment de culpabilité sans alimenter la culpabilisation. J'ai pris conscience de mes responsabilités, de mes limites, de mes attentes. J'ai pris conscience de ce qui m'appartenait.

J'ai appris à vivre le moment présent à tes côtés. J'ai compris que je pouvais répondre à tes besoins en profitant également de la vie. J'ai oublié toutes les idées reçues sur la - fausse -normalité d'un enfant, et je me suis concentrée sur NOTRE réalité. Mes croyances étaient chamboulées et mes repères n'existaient plus, mais toi, tu étais là, avec toute ta singularité. Merci de m'avoir permis de me découvrir également dans cette singularité.

Merci de me faire cheminer, d'ouvrir mon cœur et de me guider vers l'expression responsable de mes émotions. J'ai appris à admettre que je n'ai pas toujours les outils pour bien te guider. J'ai appris à aller chercher ces outils. Être en mode apprentissage, c'est également savoir s'excuser en toute humilité, sans avoir le poids de la culpabilité. C'est d'accepter que je sois imparfaite et que, parfois, il m'est plus ardu de répondre à ton besoin tout en me respectant.

Parfois la fatigue m'envahit, parfois je suis irritable. Parfois, je n'ai pas les mots ou les gestes pour recevoir tes émotions ou pour te guider. C'est de prendre le temps de regarder ce qui se passe en moi, d'accueillir mes émotions sans jeter le blâme sur toi. Mes sentiments m'appartiennent et tu n'en est pas la cause. C'est de me donner le droit de pleurer parce que je suis épuisée, parce que je n'arrive pas à te comprendre comme je le souhaiterais. C'est de me donner le droit d'être en colère, pas contre toi, mais parce que mes besoins ne sont pas comblés, et alors je me sens irritable et tout me semble insurmontable.

J'ai compris que tu étais un petit humain en apprentissage et non un être à modeler selon la normalité ou nos attentes personnelles.

J'ai appris que tu n'avais pas besoin d'un parent parfait, mais d'un parent authentique. Un parent imparfait qui essaie de parfaire notre relation à chaque instant, parfois de manière empathique et bienveillante, et parfois pas du tout.

J'ai appris que pour bâtir un lien d'attachement profond, il fallait s'investir pleinement dans la relation. Qu'il fallait beaucoup de présence, de temps, d'empathie et de respect afin de reconnaître l'autre pour qui il est, et ainsi l'aimer d'un amour inconditionnel.

Merci à Mitsiko Miller pour l'inspiration.

Mélanie Ouimet est la fondatrice du mouvement de La Neurodiversité - L'autisme et les autres formes d'intelligence autistes qui milite en faveur de la reconnaissance positive de l'autisme.

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