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Le langage stéréotypé et répétitif des autistes: un mode d'apprentissage unique

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Pour la majorité des autistes, leur langage a un caractère qualifié de stéréotypé et répétitif auquel certains professionnels semblent n'accorder aucune fonction d'apprentissage logique et intelligente. Ces derniers vont même jusqu'à affirmer que ce langage atypique est inapproprié et nuisible pour le développement de l'enfant. L'ignorance de ces vocalises est donc souvent recommandée.

Pourtant, loin d'être sans but, ce langage dit stéréotypé et répétitif est la base même de l'apprentissage du langage verbal. Suivant la neurologie autistique, c'est en passant par l'écholalie qu'une majorité d'autistes apprennent à parler. C'est en répétant en boucle des mots ou des bouts de phrases entendus auparavant ou encore en répétant spontanément les paroles de son interlocuteur que l'enfant autiste apprend, à son rythme, le langage verbal.

À la base, tous les enfants apprennent le langage en répétant des mots. L'écholalie est donc un processus d'apprentissage normal. Pourtant, lorsqu'associé avec l'autisme, l'écholalie prend une connotation négative. L'imitation verbale des autistes est considérée comme non fonctionnelle et sans but communicatif. Comme les autistes apprennent le langage verbal plus tardivement que la moyenne, l'écholalie est souvent perçue comme nuisible au développement du langage réciproque.

Ces vocalises et cette écholalie, sans relation avec les indices socio-communicatifs, ne sont pas des comportements parasites, mais bien le début de l'acquisition du langage oral suivant un chemin de développemental particulier spécifique à la neurologie autistique. C'est ainsi qu'après une période d'environ 3 ans de mutisme, un enfant autiste commencera à utiliser le langage verbal communicatif. Conformément à la neurologie autistique, nous ne pouvons pas parler de retard de langage à proprement parler, mais plutôt d'un développement chronologique atypique du langage. Bien que l'évolution du langage oral demeure imprévisible pour les autistes, la majorité d'entre eux auront «rattrapé» le langage oral vers 4-6 ans. La majorité aura donc un langage verbal communicatif à l'âge adulte, mais ce ne sera pas le cas pour tous.

Ainsi, la communication des autistes est très variable. Nous retrouvons des autistes très volubiles avec un vocabulaire digne d'une encyclopédie, mais avec un discours parfois hors contexte, d'autres qui parlent très peu, mais qui écrivent beaucoup, d'autres non verbaux qui communiquent seulement par écrit ou avec des pictogrammes, d'autres qui communiquent par des gestes ou par des comportements et d'autres qui utilisent une ou plusieurs de ces communications. Tout comme l'autisme, le langage a plusieurs visages.

Les autistes n'ont pas une communication absente ou déficitaire, ils ont simplement une manière particulière de communiquer qu'il est important de respecter.

Le langage est un concept abstrait. En communication verbale, les mots sont éphémères: on ne voit pas les mots et ils disparaissent aussitôt prononcés. Les autistes sont des personnes de perception. Ils voient ce qu'ils voient : le concret. La communication écrite est souvent plus facile, car elle est concrète et plus claire. Bien des autistes comprendront que les sons sont des mots lorsqu'ils auront accès à du matériel imprimé. Pour ces raisons, l'acquisition du langage ainsi que des codes sociaux sont un processus d'apprentissage long, complexe et ardu pour les personnes autistes.

Donc, ce n'est pas tant qu'ils ne comprennent pas les interactions sociales et les codes sociaux, mais bien qu'ils doivent les apprendre, au même titre qu'une nouvelle matière à l'école. Tout ce qui a trait à la communication n'est pas inné pour les autistes. Ils doivent les apprendre pour les comprendre.

Les autistes n'ont pas une communication absente ou déficitaire, ils ont simplement une manière particulière de communiquer qu'il est important de respecter. Un autiste ne communiquera jamais de la même manière qu'un neurotypique. Ce n'est pas naturel pour lui. Laisser un autiste libre de ses mots et de ses gestes pour s'exprimer sans le réprimer lui fera gagner en confiance et son apprentissage de la communication en sera facilité. En aucun cas, un geste ou un comportement que l'on juge inapproprié devrait être ignoré sous prétexte «que ça ne veut rien dire».

Nous associons souvent, à tort, les autistes non verbaux comme étant des autistes profonds («sévères»), voire déficients intellectuels. Mais il n'en est rien. Plusieurs facteurs dans le temps et même dans chaque situation donnée peuvent influencer la communication d'un autiste. L'environnement, les méthodes d'apprentissage, les surcharges sensorielles, le nombre de personnes présentes, les situations émotionnelles, etc.

Malgré toutes ces difficultés liées à la communication, certains autistes sont de véritables petits moulins à paroles. Dans certaines situations, ces mêmes autistes, pourtant très volubiles et riches en vocabulaire, se retrouvent incapables de prononcer un seul mot, même pas leur nom. Il s'agit de mutisme sélectif. On peut alors penser que l'enfant est oppositionnel, provocateur, manipulateur et que l'adulte est snob, stupide, désintéressé. Il n'en est rien. La personne n'a aucun contrôle sur son mutisme et il peut survenir à tout moment: anxiété sociale, stimulations trop intenses, émotions trop vives, sentiment d'être incompris, etc. Dans ces situations, nous pouvons parfois aider l'enfant en répondant aux questions à sa place ou en l'aidant à mettre des mots sur ses ressentis. Ces gestes simples pourront l'aide à prendre confiance et lui donneront des outils de communication pour le futur. Nous pourrions également permettre à l'enfant ou l'adulte de s'exprimer par écrit, par pictogrammes dans ces situations difficiles.
Il ne faut jamais l'obliger à parler. Son humiliation, son sentiment d'incompétence et son anxiété ne feraient qu'augmenter.

Il est important de donner à chaque partie les outils nécessaires pour se comprendre. La communication, quelle qu'elle soit, demeure essentielle dans bien des domaines de la vie et est un grand facteur de limitation du potentiel autistique et de l'autonomie. L'écriture, les pictogrammes, les iPad, le langage des signes par exemple, sont des moyens de communication valables qui mériteraient d'être plus largement tolérés dans notre société.

La communication, c'est beaucoup plus que le verbe «parler» et beaucoup plus que des mots. Les mots, les paroles, les écrits, les gestes et les comportements sont tous des moyens de communication et méritent notre attention. Peu importe notre langage, les autistes s'expriment et ont des opinions à nous véhiculer.

Mélanie Ouimet est la fondatrice du mouvement de La Neurodiversité - L'autisme et les autres formes d'intelligence autistes qui milite en faveur de la reconnaissance positive de l'autisme.

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