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J'ai divorcé de la télé

15/10/2013 05:57 EDT | Actualisé 15/12/2013 05:12 EST

Preneuse de son, assistante de production, chef de groupe, graphiste, directrice, productrice. Des rôles que j'ai joués dans ce drame qu'on appelle ¨la vie¨. Oh, et je n'ai pas de télé.

Je me suis mariée à la télé

En 1999, lors de ma dernière année au collège, mes parents ont commencé à insister pour que je décide ce que je voulais faire du reste de mon existence. Adolescente, je combattais les mêmes démons que la plupart des gamins: entrer dans le moule, avoir de bonnes notes, trouver un cavalier pour la soirée de l'école. Mais je luttais aussi quotidiennement contre la boulimie, le tabagisme, l'abus d'alcool et la dépression. Mon père et ma mère ont passé des années à essayer de m'aider à sortir de la tombe que je m'étais creusée, mais ce n'est qu'au moment où l'idée de me laisser me débrouiller seule a été évoquée que j'ai finalement décidé de me débarrasser de mes casseroles et de devenir quelqu'un de bien.

À cette époque, tout ce que je savais c'est que mes deux parents étaient enseignants, et que mes deux soeurs comptaient les imiter. C'est pourquoi, guidée par mon sens de la contradiction, j'ai décidé d'aller complètement à contre-courant.

J'aimais les cours de théâtre, et j'excellais en cours de communication et d'électronique. Et, oui, j'aime regarder la télé, donc pourquoi ne pas apprendre ses tenants et aboutissants? À la rentrée de septembre, je me suis inscrite à un cours de télévision à l'université, et abracadabra, j'ai reçu mon diplôme deux ans plus tard, ainsi que plusieurs récompenses académiques majeures. Puis j'ai réussi à décrocher un job juste après mon stage dans une grande chaîne d'information à Toronto.

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Me voici sur le plateau de l'émission pour laquelle j'ai vraiment apprécié de travailler.

C'ètait aussi ma dernière.

Ma carrière dans les médias s'est accompagnée d'une bonne dose de vantardise, et j'ai gravi tous les échelons jusqu'au poste de directrice des programmes autour de l'âge de 25 ans. La pression constante des délais à respecter à la minute, les protocoles très variables de mes superviseurs et les caprices de divas des présentateurs m'ont amenée à être stressée 24 heures sur 24. Je commençais à stresser à la minute où je me réveillais, et ce jusqu'à ce que le compte à rebours du voyant "on-air" arrive à zéro. Et l'heure précédant l'émission était la pire; rien d'autre au monde n'avait d'importance. Je devais faire tout ce qui était en mon pouvoir pour produire une èmission "propre", de peur d'en entendre parler de mes producteurs et supèrieurs visionnant le programme de leur sofa, de chez eux. Ça me consumait.

Mais comme un compte à rebours, chaque fois que le générique était lancé, et que les présentateurs disaient leurs bonjour, tout changeait. Dès le début de la diffusion, je commençais à me relaxer. Je me posais. Je savourais le moment. Je riais. Je m'amusais.

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Avec du recul, je m'aperçois que j'ai passé tant de temps à catastropher que je n'ai jamais pu profiter des aspects positifs de mon travail. Je plaçais beaucoup de mes peurs dans mes tâches quotidiennes, je me souvenais de choses que j'avais mal faites par le passé, je me demandais sur quels éléments je cafouillerais par la suite. Et ce n'est que lorsque je me trouvais "dans l'instant", quand l'émission commençait et que j'étais aux commandes, que j'arrivais à décompresser.

Mais je n'étais pas épanouie, je vivais une vie qui paraissait grandiose vue de l'extérieur, mais vide à l'intérieur. Au cours de cette phase, j'avais pris l'habitude de rentrer chez moi chaque soir et de me faire un martini (ou 4). Puis je passais des heures et des heures à regarder des sitcoms idiotes, en apaisant mon sentiment d'inutilité grâce à d'autres boissons.

J'ai divorcé de la télé

C'est en 2009, quand je me suis installée avec mon ami, que j'ai fait l'expérience, pour la première fois, d'une vie sans câble. Et oui, bien qu'il travaille aussi pour la télévision, il avait depuis longtemps jeté son poste, et était d'avis que les livres, les interactions sociales et internet étaient suffisants. Et bien sûr, il avait raison! Bien qu'on ait pris des chemins séparés il y a plusieurs années, je porte toujours en moi cette philosophie, et suis beaucoup plus en harmonie avec l'industrie qui m'a fait tant de mal. Parce qu'elle ne fait plus partie de ma vie de tous les jours.

Certes, j'ai un abonnement Netflix (que j'utilise sur mon ordinateur 7"), et j'admets être victime du génie en ligne de House of Cards. Mais le fait est que désormais je suis de moins en moins patiente envers les programmes qui durent plus de 40 minutes. Certains diront que c'est le symptôme d'un excès de technologie; c'est d'ailleurs une déficience d'attention provoquée par un excès de connexions. Mais je suis d'avis que c'est simplement dû au fait que j'ai passé tant de temps à essayer de me détacher de la télévision et tout ce que ça aura pu représenter dans ma vie: réalité factice, peur irrationnelle et distraction inutile.

Être attentif, cela veut dire savoir où l'on est et quand. Il s'agit de reconnaître les petites choses,tout en ne ressassant pas le passé, ou en tirant des plans sur la comète. Et ma décision de quitter la télé, et de ne pas en avoir une, m'a grandement aidée à vraiment voir, sentir, goûter et ressentir tout ce que cette vie a à m'offrir.

Un conseil: coupez votre télé, ne serait-ce qu'un soir. Et suivez la meilleure histoire au monde; la vôtre.

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