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La ministre de l'Environnement ne connait pas ses dossiers

07/12/2013 09:09 EST | Actualisé 06/02/2014 05:12 EST

Jeudi dernier, le Comité de l'environnement de la Chambre des communes s'est enfin réuni pour la première fois en présence de la « nouvelle » ministre de l'Environnement, Leona Aglukkaq, qui a obtenu son poste lors du remaniement ministériel de juillet. « Enfin!, nous disions-nous, nous pourrons savoir quelles seront les priorités de la ministre en environnement! » Mais qu'avons-nous appris ce jour-là? La réunion a été brève - elle n'a duré qu'une heure - et plutôt que de clarifier la situation sur ses priorités, la ministre a brouillé les cartes. Je me suis dit que le moment était opportun pour vous décrire toute l'absurdité de cette réunion.

Pour ceux qui n'ont jamais assisté à une réunion, le processus du Comité est plutôt formel : chacun des trois grands partis dispose d'un temps défini pour poser des questions à la ministre. Comme on peut s'en douter, les conservateurs, qui détiennent la majorité au Comité, ont utilisé ce temps pour poser des questions faciles à la ministre, alors que les membres de l'opposition - qui peuvent poser moins de questions - essaient d'obtenir des réponses sur quelques points essentiels puisque les contraintes de temps ne leur permettent pas de couvrir l'ensemble des sujets qui les intéressent.

Il est devenu clair au fil de la réunion que les connaissances de la ministre sur son propre portefeuille sont très restreintes; pour pratiquement toutes les questions environnementales dont est saisi le gouvernement, elle a dû se référer aux notes d'allocution rédigées d'avance. Ses réponses étaient vagues et évasives, à un point tel que mes collègues du NPD et moi-même sommes sortis de la réunion avec aussi peu d'information sur ses priorités qu'avant le début de la réunion. Voici quelques points « indignes » de mention.

Ma première question portait sur le tétras des armoises. Après que des écologistes ont traîné le gouvernement fédéral en justice pour le forcer à respecter ses propres lois et à prendre des mesures immédiates pour protéger le tétras des armoises, qui est exposé à une extinction imminente, la ministre a tenu en octobre une conférence de presse pour se féliciter elle-même et pour annoncer l'intention du gouvernement d'instaurer un décret d'urgence visant à protéger l'habitat essentiel à la survie de cette espèce. Le décret d'urgence correspond exactement, bien entendu, aux mesures qu'a imposées le tribunal au gouvernement, mais rien n'a bougé depuis cette annonce. J'ai demandé à la ministre à quel moment le gouvernement imposera son décret. Après avoir fouillé dans ses notes et jeté un regard aux représentants du ministère qui l'accompagnaient, elle a répondu « Un jour ou l'autre, bientôt ». Lorsque je lui ai demandé pourquoi aucun fonds n'était alloué à ce dossier, elle n'a pas pu répondre et n'a même pas pu indiquer si le décret permettrait de protéger suffisamment d'habitat de l'exploitation industrielle du pétrole et du gaz et d'autres formes de développement industriel pour permettre à l'espèce de se rétablir. En fin de compte, le décret « d'urgence » sera instauré un beau jour, d'une manière quelconque et il se pourrait qu'il protège des habitats essentiels ou non.

La question suivante portait sur le Conseil de l'Arctique, qui est maintenant présidé par le Canada et, par extension, la ministre. On pourrait croire que, à titre d'habitante du Nord, où les répercussions des changements climatiques se font sentir à un rythme inquiétant, la ministre s'impliquerait grandement dans le dossier des changements climatiques. Mais ce n'est pas le cas. La ministre Agluqqak a indiqué que les priorités du Canada ont été présentées au conseil des 8 pays de l'Arctique et qu'elles avaient été approuvées. Les changements climatiques n'y figurent pas.

J'ai ensuite posé une question au sujet des règlements encadrant le secteur du pétrole et du gaz. Vous vous souviendrez peut-être de ces règlements : ils ont d'abord été promis par le ministre Jim Prentice avant la conférence de Copenhague de 2009 sur les changements climatiques, puis par son successeur, John Baird. Le ministre Kent a réitéré cette promesse à quelques autres reprises, indiquant la dernière fois que les règlements seraient fort probablement annoncés avant la fin de l'année. Mais la ministre Agluqqak a repoussé la date encore plus loin, se contentant de dire « il est encore trop tôt pour que je puisse donner une date » et refusant même de donner une idée de la manière dont le gouvernement entend combler l'énorme manque à gagner prévu par son ministère en ce qui concerne l'atteinte des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il était difficile de trouver quelque consolation qui soit dans son étonnante affirmation selon laquelle « nous continuerons de nous concentrer sur les domaines à l'origine des émissions de gaz à effet de serre au Canada, mais nous prendrons également des mesures dans des domaines nous permettant de protéger des régions, le plan national de conservation, et lorsqu'il sera prêt à être mis en œuvre, nous irons de l'avant. »

Et, après quelques autres questions faciles des conservateurs, la ministre a répondu de manière évasive à des questions de députés du NPD sur les promesses que le Canada a faites à Copenhague pour appuyer le Fonds vert pour le climat, sur la croissance mirobolante des passifs environnementaux du Canada et sur la protection des prairies. Elle a suggéré que le Comité adresse ses questions aux ministres des Ressources naturelles et de l'Agriculture puisqu'elle ne pouvait pas y répondre.

Alors, pour résumer, malgré le fait que nous avons passé une heure en compagnie de la seule personne apte à dissiper nos questionnements, nous ne savons pas à quel moment le décret d'urgence visant à protéger le tétras des armoises sera instauré ou s'il pourra même protéger efficacement l'habitat de cette espèce de l'exploitation du pétrole et du gaz, nous ne savons pas quand serons adoptés les évanescents règlements encadrant le secteur du pétrole et du gaz ni comment nous atteindrons nos objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre. Nous savons que les changements climatiques ne sont pas une priorité dans l'Arctique et nous ne savons pas si nous participerons au fonds sur les changements climatiques. Et, par-dessus le marché, il faudra poser nos questions à deux autres ministres pour obtenir les réponses que la ministre devrait elle-même être en mesure de nous fournir.

Rien de rassurant.

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