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L'insoutenable légèreté du mouvement souverainiste québécois

20/10/2016 09:56 EDT | Actualisé 21/10/2016 08:09 EDT

C'est extraordinaire. Aussi rare et exceptionnel que le serait un alignement de toutes les planètes, l'actualité des derniers jours nous sert au même moment, en parallèle, d'une part la plus éclatante démonstration de l'opportunité de faire du Québec un état souverain, et d'autre part, la plus triste illustration de la vacuité intellectuelle, de l'inefficience, de l'insignifiance, de l'incompétence et de l'errance complète et parfaite du mouvement souverainiste québécois.

Ainsi, pendant que sur la scène canadienne les ministres de la Santé des provinces mènent contre le gouvernement fédéral une action concertée pour contrecarrer une action unilatérale de réduction des «transferts en santé» en vertu de la despotique, de l'anachronique et paternaliste «loi canadienne sur la santé», le Parti québécois, Québec solidaire et Option nationale s'adonnent à des tractations, équivalentes à un grossier maraudage syndical, dans le but de déloger les libéraux du comté de Verdun.

Que le nouveau chef de l'Opposition choisisse, ensuite, d'interroger le premier ministre sur le développement des régions et son bilan économique, c'est tout à fait extraordinaire!

Les leaders souverainistes laissent ainsi la scène et la tribune entièrement libres au Dr Gaétan Barrette, lui permettant de déclarer que le financement par le fédéral des soins de santé «n'est pas une question politique, mais une question d'assurer des services à la population», sans la moindre opposition, le moindre commentaire, sans la plus petite contradiction... Que ces manœuvres, que ces enjeux, au cœur même de la compétence provinciale en matière de santé, qui constitue le poste budgétaire le plus important, n'aient pas l'air d'intéresser les partisans de la souveraineté du Québec, est une honte, un scandale, et démontre la nécessité d'un changement radical, tant dans la stratégie que dans ses porteurs, pour une accession à la souveraineté du Québec dans un avenir prévisible.

Dès son adoption, en 1984, le Québec, de concert avec les autres provinces, se sont opposé à la loi canadienne sur la santé, comme étant une intrusion dans la sphère de compétences des provinces, plus précisément en vertu de l'article 92 de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique : «Dans chaque province la législature pourra exclusivement faire des lois relatives aux matières tombant dans les catégories de sujets ci-dessous énumérés, savoir : «7. L'établissement, l'entretien et l'administration des hôpitaux, asiles, institutions et hospices de charité dans la province, autres que les hôpitaux de marine». Nous étions en 1867, alors que les secours aux malades et aux miséreux reposaient entièrement sur le dos des institutions religieuses, ce qui n'est plus le cas depuis au moins cinquante ans au Québec.

Nous pouvons considérer comme une donnée objective de l'anthropologie, que toutes les sociétés occidentales, depuis 1867 (au beau plein milieu de la Révolution industrielle), ont évolué, se sont développées par l'exercice de compétences législatives de la même nature que celles attribuées aux législatures des provinces par la constitution canadienne en 1867. Cette évolution a donc été essentiellement orientée vers les besoins sociaux et personnels de citoyens, comme il en a été partout dans le monde occidental. Les compétences fédérales, elles, sont d'ordre structurel: ports, écluses, armée, banques, faillite, aéroports et télécommunications (ajoutées évidemment), traités, frontières, etc.

L'État fédéral ne pouvait conserver une apparence d'utilité, de présence dans la vie quotidienne des citoyens, qu'en empiétant régulièrement et continuellement, dans les compétences provinciales...

Dès le début des années 70, avec l'assurance maladie, l'aide sociale, la sécurité au travail, le financement public des études, la «découverte» de l'aide aux personnes âgées et aux handicapés, il était clairement prévisible que les dépenses des provinces connaîtraient une croissance exponentielle incontrôlable, alors que les défenses fédérales, pour peu que l'État canadien respecte ses compétences, ne connaîtraient qu'une augmentation arithmétique prévisible.

L'État fédéral ne pouvait donc conserver une apparence d'utilité, de présence dans la vie quotidienne des citoyens, qu'en empiétant régulièrement et continuellement, de toutes les manières, dans les compétences provinciales. Qui, de l'éducation ; qui, du développement régional et municipal ; et maintenant des soins palliatifs, de la santé mentale et des soins à domicile. Les choses vont donc en s'empirant, de la manière la plus grossière. Il s'agit là d'une pure logique comportementale n'ayant aucun rapport avec le plus chaud des discours patriotiques. Le mutisme des leaders souverainistes devant ce dépouillage, devant ce rançonnage, forme l'élan moteur de ce billet.

Et pourtant, au cours des décennies qui recouvrent les neuf ans de pouvoir du Parti québécois, de 1994 à 2003, et de 2012 à 2014, aucune protestation, aucune campagne visant à dénoncer cette oppression flagrante du pouvoir fédéral sur le Québec (et les autres provinces qui s'en accommodent) n'a été engagée.

Il faut pourtant se demander sur quoi, en l'an 2016 après Jésus-Christ, peut-on fonder un quelconque droit de regard du palier de gouvernement fédéral sur les dépenses provinciales dans le domaine de la santé et des services aux citoyens? Alors que le fédéral n'a aucune implication dans la formation des médecins, des infirmières et du personnel des hôpitaux? Les fonctionnaires fédéraux sont-ils plus compétents que les experts, les chercheurs et les gestionnaires des provinces? Sur quel principe de droit, politique ou moral repose cette volonté fédérale d'astreindre les provinces à une sorte d'uniformité dans la manière de dispenser des soins de santé aux citoyens? Paternalisme écrivais-je plus haut? Non ; du pur colonialisme!

Soumis à ce despotisme, à cette prise de contrôle par le pouvoir de l'argent, j'ignore pourquoi nous ne nous révoltons pas, d'un seul élan, sans même le secours des chantres de la souveraineté! Cette mainmise oppressante du pouvoir fédéral, distante des citoyens, des provinces et de leurs élus, cette grossière exploitation de la peur de «se faire couper les vivres», cette intrusion malsaine dans les choix que peut parfaitement faire une administration provinciale éclairée, instruite des besoins de chaque région qu'elle administre, outillée par les innovations et la technologie de pointe, devrait pourtant être le principal argument à la souveraineté totale du Québec (sans parler de l'éducation, de l'environnement, de la culture, des politiques sociales, qui sont la cible constante du pouvoir fédéral).

Le Parti québécois, Québec solidaire et Option nationale, ainsi que tous les mouvements voués à la promotion de la souveraineté du Québec sont donc totalement en dehors du débat, complètement déphasés avec les vrais enjeux, les vrais motifs, par ailleurs évidents, du bien-fondé de l'option souverainiste, se confinant en des arguments sectaires, populistes, culturels, qui n'ont plus aucune place dans la réalité moderne et les débats actuels.

Que faire? Que les leaders souverainistes s'injectent une bonne dose d'humilité, afin de voir et d'accepter le monstrueux gaspillage d'énergie des quarante dernières années, et de pouvoir enfin libérer le langage et de parler aux Québécois de ce qui les concerne, de ce qui les touche, de ce qui peut les amener non pas à «se séparer», mais tout simplement à décider de s'occuper de leurs propres affaires... Mais il serait bien illusoire de le souhaiter.

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