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Accepter les différences pour combattre l'intimidation

06/06/2013 11:35 EDT | Actualisé 06/08/2013 05:12 EDT

Les propos de ce blogue ne sont pas «doux». À la limite, ça va choquer. Mon entourage saura se reconnaître, d'autres ne verront pas de quoi je parle. En ces temps où «l'ouverture d'esprit» (clin d'œil à ceux qui ont fait le Programme d'Étude Internationale comme moi...), la tolérance et le respect sont au cœur de nos préoccupations, j'aimerais vous rapporter à quel point c'est un enjeu de taille.

Je suis originaire du Saguenay, cette ville où il fait si bon prier avant les réunions du conseil municipal. Je ne sais pas si vous vous souvenez du dernier Bye-Bye, mais on y avait dépeint Saguenay comme une «drôle» de ville. Je vous raconterai ici mon expérience personnelle et, bien entendu, j'imagine qu'elle s'étend aux autres villes du Québec. Sinon, je suis encore plus gêné de cette situation, mais en même temps je serais soulagé de constater que c'est limité.

Je suis né en 1990, donc j'ai grandi parmi les Pokémon et la venue de l'informatique et d'Internet. Ceci étant, mon parcours au primaire et au secondaire, en termes de respect des autres, était des plus normaux. En effet, ceux que l'on n'aimait pas était des «tapettes», des «fifs». Quand on n'aimait pas quelque chose on disait «Ah les maths? C'est gay les maths!». Quelqu'un de plus reclus était systématiquement un de ces «fifs».

Quoi de plus commun, encore dans ma jeunesse, d'appeler son camarade de classe «le nègre», «nigga» etc. Quand j'y repense aujourd'hui, je me dis deux choses. D'abord, en fait, je ne crois pas que quiconque ait prononcé ses paroles de mauvaise foi consciente. De l'autre côté, par contre, ça dénote un problème réel. Je n'ai pas vraiment besoin de l'expliquer, car ce problème en est un de conscience et d'ouverture d'esprit mélangés avec notre besoin identitaire québécois.

Dans notre école secondaire, et au primaire, il n'y avait peut-être que deux ou trois personnes de couleur noire. Il y avait plus d'asiatiques, mais la forte majorité était constituée de personnes adoptées. On ne se gênait pas pour autant pour les appeler les «wong», les «chinois» etc. Même la professeure de musique au primaire appelait affectueusement les élèves un peu plus agités les «p'tits chinois». Encore une fois, je ne crois pas à la mauvaise foi intentionnelle dans ces propos. Par contre, l'utilisation de ces mots est plus que dérangeante. Mais entre nous, les élèves, il n'y avait rien de plus normal.

Pensons-y par contre. Ceux et celles qui étaient réellement homosexuels, que ressentaient-ils? Je m'en doute... Ça ne devait pas être très jovial à entendre à chaque fois que ces paroles étaient prononcées. Même chose pour les asiatiques adoptés, même chose pour les gens de couleurs. Autrement dit, être différent était la manière de disqualifier quelqu'un!

Encore plus frappant, dans mon cercle d'amis proches, il y avait un chrétien de confession autre que catholique. Malheur pour lui, car l'équipe sportive dans laquelle il s'impliquait, et où il ne connaissait pas vraiment ses coéquipiers puisqu'ils étaient plus âgés que lui, le surnommait le «Juif». Après tout, il n'était pas de la même confession que nous, sans être réellement Juif au final! Au surplus, personne n'était réellement pratiquant de sa religion, religion qui est différente, mais majoritaire, comparée à celle du «Juif». Ses coéquipiers ne savaient pas, au départ, qu'il était de confession autre, mais le surnom est resté quand même lorsqu'ils ont su... Le mal étant fait de toute façon!

Aujourd'hui, j'ai la conviction que les jeunes gens dont je parle sont aujourd'hui des personnes accomplies, au parcours professionnel plus qu'impressionnant. Je suis convaincu qu'ils sont, comme moi, honteux par rapport à ce comportement. Par contre, et je suis persuadé qu'ils vous diront tous la même chose, il n'y a pas de réel dommage d'accompli, puisque personne n'avait conscience de la portée réelle des propos ci-dessus mentionnés. Ils reconnaîtront tous aujourd'hui qu'ils avaient tort et que, au final, ils n'ont pas eu la chance de côtoyer d'autres communautés que celle que nous, les blanc-becs, formions à la manière d'un monopole.

Ce qui me réjouirait, aujourd'hui, c'est que cette situation ait changée. Par contre, vu les nombreuses histoires affreuses que l'on entend à propos de jeunes hommes et jeunes femmes qui se suicident en réaction à l'intimidation, je crains que la situation n'ait pas beaucoup changée... Par contre les efforts semblent être mis en place et les gens semblent s'y conscientiser davantage.

Maintenant, sachant que dans mon temps Facebook et les «texto» n'existaient pas, il y a de quoi s'inquiéter encore et sensibiliser les jeunes à l'intimidation, mais surtout, à la différence!

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