Maxime Duchesne

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Loi 101 au cégep, un mal nécessaire!

Publication: 24/08/2012 13:28

Plusieurs voix s'élèvent aujourd'hui contre l'extension de la loi 101 au cégep. Plusieurs crient à l'injustice, à un recul des libertés individuelles, à l'anglophobie ou à la déconnexion envers la réalité qu'est la mondialisation. La critique, principalement fédéraliste, prétend qu'une telle loi serait épouvantable, frôlant parfois l'hystérie.

Trop souvent, les opposants à la protection du français affirment qu'il n'y a aucun problème, que l'anglais est plus important que le français ou simplement que la cause du français est perdue d'avance. Peu importe leurs biais idéologiques, une écrasante majorité de Québécois souhaitent malgré tout la protection de la langue française. Or, le déclin du français n'est pas un mythe, nonobstant ce que tentent de nous faire croire certains individus idéologiquement motivés : de nombreux démographes le confirment et sonnent l'alarme sur la situation linguistique à Montréal et en Outaouais. Les Montréalais comme les Outaouaiens perçoivent également ce glissement vers l'anglais. Bien que l'application de la loi 101 au cégep ne soit pas la plus gracieuse des politiques, elle fait partie intégrante d'une série de mesures qui doivent être appliquées afin d'empêcher Montréal de devenir un nouvel Ottawa (ville avec une importante minorité francophone où la langue commune est l'anglais). Pour ma part, j'appuie cette mesure qui, sans être élégante, est un mal nécessaire pour la vitalité et la survie du français à Montréal.

Tout d'abord, il faut rappeler le désastreux bilan du Parti libéral à Jean Charest en matière de défense du français : Légalisation des écoles passerelles. Coupes à l'OQLF. Coupes dans les classes de francisation. Modification des critères d'admission à l'immigration ayant pour conséquence de diminuer l'importance de la connaissance préalable du français. Immersion anglaise obligatoire pour les élèves francophones et allophones au primaire (pourtant les anglophones n'auront pas le contraire, c'est-à-dire une immersion française obligatoire). Sans parler de toutes les études cachées par le gouvernement et la manipulation de données (qui se souvient des fameuses « études » citées par Christine Saint-Pierre qui n'étaient en réalité que des sondages sans aucune valeur scientifique?). Et j'en passe.

Plusieurs s'offusquent sur le fait qu'une telle loi 101 au cégep empêcherait les jeunes de choisir leur langue d'enseignement. En fait, il n'est aucunement question d'empêcher les jeunes d'aller au cégep anglophone, seulement de faire en sorte que l'État ne paie pas pour ces inscriptions. Les mêmes personnes qui critiquent devraient, pour être conséquentes, souhaiter l'abolition des articles de la loi 101 touchant à la langue d'enseignement au primaire et au secondaire. Il est important de rappeler que pratiquement toute loi est à la base une restriction des libertés qui vise à orienter les comportements. Or, dans le cas de l'application de la loi 101 au cégep, c'est plutôt une mesure de la dernière chance afin d'empêcher Montréal de devenir majoritairement anglophone de manière irréversible, telle que prévu par d'influents démographes comme Charles Castonguay et Marc Termote. Bien entendu, à elle seule cette mesure ne fera pas de miracles, mais, à défaut de faire l'indépendance dans un avenir rapproché, elle contribuera à accroître la vitalité du français à Montréal.

Le déclin du français : mythe ou réalité?

Tout d'abord, parcourons les statistiques afin de voir s'il y a bel et bien un déclin du français. Les dernières données de recensement datent d'il y a 6 ans (les données linguistiques de 2011 ne sont toujours pas disponibles), 3 ans après l'arrivée des Libéraux au pouvoir. Dans ce recensement de 2006, il était établi que le français était la langue d'usage de 54 % des Montréalais, contre 56% en 2001, ce qui laisse entrevoir que les francophones seront minoritaires sur l'île d'ici le prochain recensement (2016). Plusieurs affirment que ce n'est qu'une question d'étalement urbain, que les francophones abandonnent l'île pour la banlieue : bien que cet étalement urbain existe et accélère le déclin du français à Montréal, le français est également en déclin dans la couronne de Montréal alors qu'il devrait au contraire être stable ou augmenter grâce à la migration des francophones. La raison est simple : avec 55 000 nouveaux arrivants annuellement (dont 10 000 francophones) qui s'établissent à 85 % à Montréal contre 88 000 naissances (dont environ 70 000 francophones) dont il faut soustraire 10 000 migrations interprovinciales annuellement, la croissance démographique du Québec provient en très grande partie d'immigrants allophones. En 2006, 36 % des allophones avaient effectué un transfert linguistique et, de ce nombre, seulement 51 % l'avaient fait vers le français (à Montréal, ce pourcentage est plus bas) alors que, pour maintenir le poids du français au Québec, il faudrait qu'environ 82 % des allophones effectuent un transfert vers le français (langue d'usage). Bref, même si l'île de Montréal est encore majoritairement francophone (langue d'usage de 54 % de la population), l'anglais attire plus que le français, ce qui ne sera en aucun cas amélioré lorsque les francophones y seront minoritaires. Bref, oui, il y a déclin du français et les politiques actuelles ne fonctionnent pas. D'où la nécessité de donner un coup de barre plutôt que de prétendre que tout va bien.

Les cégeps anglophones anglicisent-ils?

Maintenant, pour la question des cégeps. En 2006, 46,2 % des allophones choisissaient le cégep en français, contre 41,2 % en 2001. Certains y voient un signe que la situation s'améliore d'elle-même. Hélas, non : les cégeps anglophones débordent. Dans la région de Montréal, ceux-ci refusent des admissions. Même si 100 % des francophones et des allophones voulaient s'inscrire dans un cégep anglophone, il serait tout simplement impossible de tous les accueillir et ceux-ci devraient se tourner vers le cégep francophone. Même certains anglophones souhaitent aujourd'hui l'extension de la loi 101 au cégep afin de diminuer le contingentement des cégeps anglophones! Une deuxième question se pose : est-ce qu'un court séjour de 2 ou 3 ans dans un cégep anglophone peut avoir un impact durable? La réponse est oui, tout simplement parce que le cégep est la transition vers la vie d'adulte où vous tisserez de durables liens d'amitié avec des gens ayant des intérêts similaires aux vôtres, où vous trouverez peut-être l'âme sœur et où vous apprendrez votre domaine d'étude et votre futur métier...en anglais. Selon une étude de l'Institut de Recherche sur le Français en Amérique (IRFA) et un article récemment paru dans La Presse par Guillaume Marois, doctorant en démographie, les chiffres corroborent le postulat selon lequel le cégep anglophone a un impact direct sur la langue d'usage chez les allophones et, quoique dans une moindre mesure, les francophones.

Bref, il y a un déclin du français au Québec et le cégep anglophone a un véritable impact sur la langue d'usage des allophones et même des francophones (il ne faut pas oublier que l'assimilation des francophones existe au Québec, notamment en Outaouais où 15 % s'assimilent contre plus de 10 % dans l'ouest de l'île de Montréal).

Critiques contre l'extension de la loi 101 au cégep

Les critiques de la loi 101 au cégep se résument à trois aspects : inutilité de la mesure, limitation de la liberté de choix et l'utilité du cégep anglophone pour l'apprentissage de l'anglais.

Premièrement, la loi 101 au cégep aurait comme effet de corriger une anglicisation réelle, telle que mentionnée ci-haut.

Deuxièmement, pour la liberté de choix, faut-il rappeler que ce même gouvernement Charest a imposé l'anglais mur-à-mur pour la 6e année, indépendamment de la volonté des parents? Pourquoi les pourfendeurs de la loi 101 n'ont-ils jamais décrié cette mesure, d'autant plus que les anglophones n'auront pas la politique contraire, c'est-à-dire l'immersion française? Faut-il comprendre que pour les Libéraux l'anglais est plus important que le français, une langue tout au plus folklorique? Bref, deux poids, deux mesures!

Troisièmement, pour ce qui est de l'apprentissage de l'anglais, une immersion est effectivement le meilleur moyen de parfaire une langue seconde. Mais est-ce à l'État de tout faire, d'autant plus que ceci joue contre ses intérêts? Une personne motivée ne devrait-elle pas trouver les moyens de le faire? Les coûts sont-ils réellement trop élevés? Un billet d'autobus pour Ottawa coûte 25-30$ et n'importe qui peut y louer une chambre (300 $ par mois) et y travailler un été (voire même dans l'ouest de la ville de Montréal si l'argent est un problème) afin de vivre une immersion anglaise. D'autres pays, tels que les pays scandinaves, ont un taux de bilinguisme bien supérieur au nôtre sans devoir faire passer leurs élèves par un système scolaire anglophone. Sans être parfait, le système francophone permet d'acquérir de solides bases qu'il suffit ensuite de développer par soi-même. Si des étudiants (moi-même par exemple) peuvent apprendre le chinois dans nos universités et avoir des bases suffisamment élevées pour travailler en Chine, il n'y a pas d'excuses pour ce qui est de l'apprentissage de l'anglais dans le système francophone.

Loi 101 au cégep, la solution?

Bref, les arguments contre la loi 101 au cégep sont bien faibles compte tenu des bienfaits d'une telle mesure pour la vitalité du français. Est-ce qu'étendre la loi 101 au cégep est la seule solution? D'autres moyens pourraient être adoptés, comme simplement couper le financement des cégeps anglophones (mais un tel procédé serait considéré hypocrite et conséquemment décrié) ou de tout simplement abolir le cégep, francophone comme anglophone. L'indépendance du Québec serait également la meilleure des politiques pour assurer la pérennité du français. Les partis fédéralistes ne proposent aucune nouvelle idée, tout au plus d'appliquer ce qu'il reste de la loi 101, ce qui est nettement insuffisant. S'ils sont contre l'extension de la loi 101 au cégep, qu'ils proposent maintenant une réelle solution au problème! À défaut d'avoir d'autres alternatives réalistes, une nouvelle loi 101 appliquée au cégep m'apparaît comme la meilleure des solutions réalisables à court terme. Présentement, seuls le Parti Québécois et Option Nationale proposent une telle mesure pourtant si importante pour l'avenir du français. Les campagnes de peur contre la protection de notre langue nationale sont avant tout de nature idéologique (pro-PLQ ou simplement profédéralisme), les faits démontrant que le problème est bien réel. Il sera bientôt temps pour les Québécois de choisir entre le maintien du statu quo (et l'érosion du français) et agir pour la protection du français!

 
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