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Le déni du Parti québécois

25/05/2013 02:18 EDT | Actualisé 24/07/2013 05:12 EDT
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L'élection du Parti Québécois à la tête de l'État fut probablement l'une des plus grandes surprises de 2012. À peine quelques mois plus tôt, on craignait même la disparition du parti! Son élection fut pratiquement un coup de chance, à quelques centaines de voix d'un gouvernement libéral. Aujourd'hui, mai 2013, bien qu'il contrôle toujours l'exécutif, le Parti québécois se retrouve dans une situation plus délicate que jamais. Les chroniqueurs et éditorialistes, tant à gauche qu'à droite, s'acharnent contre lui, certains l'accusant de tous les maux qui affligeraient le Québec, d'autres d'avoir renié ses engagements.

Il est vrai que le PQ a promis plus qu'il ne pouvait livrer. Mais il ne faut pas être surpris de voir que ses politiques ressemblent à celles du Parti libéral: c'est la continuité de l'État, communément nommée la « dépendance aux sentiers ». L'exemple de la préservation du Plan Nord - une politique digne de l'époque coloniale - vient naturellement à l'esprit de plusieurs. Malgré un changement à la tête de l'État, les engagements du gouvernement demeurent, tout comme les fonctionnaires, les réels détenteurs du pouvoir. Un parti ne peut tout simplement pas renier les engagements passés du gouvernement alors que les changements sont lents, pénibles et se heurtent toujours à une opposition. Il en serait ainsi peu importe que ce soit la Coalition avenir Québec, le Parti libéral du Québec ou Québec solidaire au pouvoir. Être minoritaire au premier mandat ne fait que rendre la situation plus complexe puisque la formation politique au pouvoir ne dispose que de très peu de temps pour réaliser ses engagements. Ceux qui croient qu'un autre parti aurait pu faire beaucoup mieux portent des lunettes roses et seraient inévitablement déçus advenant l'élection de leur parti favori.

Par contre, ceci n'explique pas tous les déboires du PQ. Le fait d'être minoritaire rend la réalisation de certaines promesses difficile, mais n'explique pas pourquoi le PQ semble avoir renoncé à plusieurs de ses principaux engagements. Plutôt que de chercher à forcer l'opposition à se mouiller ou d'accepter qu'une résistance soit inévitable, le PQ tente futilement d'éviter la controverse en diluant ses promesses, voire en reculant complètement avant même de laisser l'opposition formuler ses contre-propositions. La loi 101 promise versus le projet de loi 14, l'abolition de la taxe santé ou même le transfert du fonds des générations vers le remboursement de la dette viennent à l'esprit. Visiblement, certaines promesses étaient irréalistes (encore faut-il mentionner que les autres partis ne faisaient pas mieux à cet égard) tandis qu'on juge préférable de reculer sur d'autres engagements afin d'éviter une levée de boucliers.

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Les promesses du PQ


Naturellement, la confiance des Québécois envers le PQ est ébranlée et plusieurs de ceux qui ont voté pour ce parti voteront pour d'autres partis, comme Québec solidaire, Option nationale et la Coalition avenir Québec. Il aurait été plus sage pour le PQ d'aller de l'avant avec ses promesses, même en sachant pertinemment que l'opposition les bloquerait, ce qui lui aurait permis au minimum de démontrer qu'il y avait une réelle volonté, mais qu'un mandat majoritaire sera nécessaire pour les réaliser. Au lieu de ceci, on tente futilement de plaire à tous, allant même jusqu'à proposer l'anglicisation de la STM, pourtant complètement contraire aux engagements du parti (Lisée, are you listening?). Puisque le PQ recule avant même qu'on le pousse, qui croira qu'il en serait autrement s'il était majoritaire?

Le déni

Malheureusement, au lieu de prendre du recul pour comprendre les causes de l'insatisfaction, Pauline Marois invitait plutôt les autres partis souverainistes à se saborder pour la cause! On peut difficilement trouver un plus grand déni de la réalité que dans cette affirmation. Le problème n'est pas la multiplication des partis politiques; si Québec solidaire et Option nationale (ON) attirent autant de votes, c'est qu'ils plaisent à de nombreux électeurs. Il y a toujours eu plus de trois partis politiques: du Parti conservateur du Québec au Parti vert, il y a et aura toujours des tiers partis qui ne rejoignent qu'une petite partie de la population, visiblement insatisfaite de l'offre des principaux partis politiques. En visitant le site du Directeur général des élections du Québec, on constate rapidement qu'ON n'est pas le seul parti souverainiste non représenté à l'Assemblée nationale. Est-ce que ces autres partis indépendantistes nuisent à la cause et devraient se saborder? Évidemment que non. Ils n'attirent pas beaucoup d'attention et ne nuisent aucunement au Parti québécois.

Le nécessaire constat est le suivant: le problème du PQ est le PQ lui-même. Les sondages nous démontrent l'impopularité croissante du gouvernement. Les perspectives de réélection diminuent alors que la menace d'implosion refait surface. C'est vraisemblablement à quoi sert la campagne promotionnelle pour la souveraineté: sauver les meubles. Le parti de Jean-Martin Aussant stagne autour de 3% d'appuis, mais prend ces votes directement dans une partie de l'électorat déçue du Parti québécois. Québec Solidaire poursuit sa lente croissance, après avoir arraché au PQ deux circonscriptions en deux élections. L'appel au sabordage des autres partis souverainistes était une reconnaissance implicite du danger qui guette le PQ - mais était franchement maladroit, désespéré et futile.

Sur la question économique, le PQ doit viser le centre. C'est depuis toujours l'endroit le plus rentable politiquement puisqu'il rejoint le maximum d'électeurs et touche principalement la classe moyenne. D'une manière ou d'une autre, le Parti québécois s'est discrédité aux yeux de l'électorat de gauche, électorat qui ira à coup sûr vers Québec Solidaire (ou ON) aux prochaines élections. De plus, une alliance avec Québec Solidaire est impossible, mais le PQ ne doit pas pour autant chercher à vaincre QS en le remplaçant (nous avons tous constaté à quel point viser la gauche n'a pratiquement rien donné au PQ lors de la dernière campagne électorale). D'ailleurs, selon plusieurs sondages, la moitié des électeurs de QS ne sont même pas souverainistes! Un rapprochement entre ces deux partis est impossible et n'est pas souhaitable pour les deux partis, nonobstant ce qu'en pensent plusieurs.

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Le meilleur et le pire du gouvernement Marois


Pour ce qui est d'Option nationale, le terrain est beaucoup plus fertile. Selon un récent sondage non probabiliste de CROP-La Presse, ON serait rendue à 5% d'appuis. Le parti attire de nombreux jeunes universitaires et ne cesse d'augmenter ses effectifs. Avec autant de jeunes éduqués, on peut difficilement croire qu'une simple campagne promotionnelle suffira à leur faire changer d'avis. ON a un message clair pour la souveraineté du Québec et génère de nouvelles idées pour y accéder. Le parti est même sur le point de se doter d'une aile « scientifique » vouée à la recherche, malgré ses moyens limités! Ceci contraste avec le PQ qui, par exemple, fonde la partie économique de sa campagne publicitaire pour la souveraineté sur un simple livre* malgré ses immenses ressources financières! Redevenir un parti d'idées plutôt qu'un parti carriériste devrait être l'une des priorités du Parti Québécois.

Bref, si le PQ souhaite survivre, il devra évoluer, sans quoi la saignée se poursuivra jusqu'au jour où certains députés traverseront la chambre pour se joindre à ON ou QS, ce qui marquerait le début d'une réaction en chaîne fatale pour le parti. Le nécessaire renouveau doit débuter par une longue réflexion sur la cause des déboires du parti. Simplement parler de souveraineté de changera rien. Il faut accepter de nouvelles idées et constater que l'actuelle façon de faire échoue depuis près de 40 ans. Une réunification avec un parti comme Option nationale ne sera possible qu'après des changements substantiels dans l'orientation du PQ, ce qui doit nécessaire inclure un renouveau intellectuel, à défaut de quoi ce sera plutôt le PQ qui se sabordera au profit d'un autre parti.

Campagne pour la souveraineté*

La campagne pour la souveraineté du Parti québécois se base largement sur l'ouvrage à Stéphane Gobeil dont j'ai parlé dans un billet précédent. Le PQ ne semble pas avoir tenté de valider l'analyse du livre et s'est contenté de reprendre les conclusions de l'ouvrage. Une telle façon de faire est inquiétante puisqu'elle semble démontrer que le Parti québécois n'utilise plus ses ressources pour effectuer de la recherche sur la souveraineté. D'ailleurs, selon les données de l'ISQ, Gobeil se serait trompé de deux milliards: il estime à 19,5% la part québécoise des revenus fédéraux pour 2009-2010, en se basant principalement sur le PIB (19,9% du total canadien pour 2009). Or, après avoir contacté l'Institut de la Statistique du Québec, ceux-ci m'ont confirmé que la part québécoise des recettes fédérale pour 2009-2010 était plutôt à 18,4%. Gobeil a bien raison de constater que la part québécoise du PIB fédéral est passée de 19% à 19,9%, mais en chiffres absolus le PIB québécois n'a pas réellement augmenté : de 304,5 milliards en 2008 à 304,9 milliards en 2009 (qui contient 9 des 12 mois de l'année fiscale 2009-2010). Le premier trimestre de 2010 ne connaissait pas une croissance exceptionnelle non plus. Bref, le fédéral ne pouvait pas percevoir beaucoup plus de taxes du Québec (39,7 milliards pour 2009) puisque le PIB n'a pas réellement augmenté et il faudrait donc retrancher 2,3 milliards (de 42,6 à 40,3 milliards) aux conclusions de Gobeil pour 2009-2010 (voir la réponse de Stéphane Gobeil ci-dessous).

Réponse de Stéphane Gobeil : "Au moment d'analyser les Comptes publics, ces chiffres de l'ISQ n'étaient pas disponibles. J'ai donc effectué une corrélation PIB/Recettes, que j'ai sous-estimée de mon propre chef, de façon à demeurer conservateur. Je suis donc très étonné et, je dois le dire, très sceptique. Si le PIB du Québec pour 2010 correspondait à 20,2% du total canadien, comment expliquer que les recettes en provenance du Québec ne représenteraient que 18,4% du total ? Avant de parler d'erreur, il faudra une démonstration pas mal plus poussée. D'autant que de façon générale, les Canadiens profitent beaucoup plus que les Québécois des déductions fiscales fédérales, que ce soit pour les frais de garde, les frais de scolarité, les REER ou les REEE."

D'ailleurs, l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) confirme qu'il ne dispose pas de toutes les données nécessaires pour estimer les revenus et dépenses de l'administration fédérale. Une partie des données est exacte alors qu'une autre est basée sur des estimations. Ils confirment aussi que la méthode de répartition du service de la dette n'est pas « officielle » mais qu'elle est utilisée à défaut d'avoir un consensus sur la méthode à utiliser (on parle ici d'une possible différence d'un milliard entre les chiffres officiels de Statistique Canada et la réalité). Autrement dit, malgré quelques possibles erreurs, l'étude de Gobeil n'est pas invalidée par les données publiées par l'ISQ et vice-versa, mais le PQ devrait tout de même refaire une étude similaire à l'interne avec une équipe complète plutôt que de simplement copier-coller le travail réalisé par un seul homme.

3 questions à l'ISQ

1) Avez-vous des données plus à jour pour la part du Québec dans les recettes fédérales?

"Nous publierons au cours du mois de mars ou avril des tableaux des recettes et dépenses des administrations publiques au Québec par secteur de 2007 à 2011. Cependant, comme les données détaillées des administrations publiques n'ont pas toutes été rendues disponibles au niveau provincial par Statistique Canada depuis la révision historique de novembre 2012, certaines composantes auront été estimées par l'ISQ."

2) Est-ce que l'utilisation du PIB pour estimer les recettes totales de l'administration fédérale serait appropriée?

"Les recettes de l'administration fédérale sont réparties par province composante par composante selon des allocateurs appropriés à chaque composante (statistiques fiscales de l'ARC, Comptes publics du fédéral). Cette répartition est effectuée par Statistique Canada pour les années publiées dans les Comptes provinciaux et l'ISQ complète la dernière année."

3) Avons-nous les données exactes pour les dépenses réalisées au Québec par l'administration fédérale?

"En ce qui concerne les transferts aux ménages, les données peuvent être qualifiées d'exactes car elles proviennent en grande partie de fichiers administratifs d'organismes et de ministères fédéraux. En ce qui concerne les transferts du fédéral aux provinces, même chose, car cela provient majoritairement des Comptes publics du fédéral (Stat Can n'utilise pas les Comptes publics des provinces pour les transferts du fédéral aux provinces, car les données peuvent différer selon les différents Comptes publics). Pour les subventions aux entreprises, les données ne sont pas observées, mais allouées par province avec des allocateurs. Pour le service de la dette, Stat Can a décidé de répartir selon la population, car aucune autre méthode ne fait consensus. Finalement, les dépenses en salaires en autres dépenses en biens et services provenait jusqu'à nouvel ordre d'une enquête menée par la Division des Comptes de revenus et dépenses auprès des ministères fédéraux, mais nous ne savons pas à quelle fréquence elle était effectuée et nous n'y avons pas accès. Pour les investissements, la répartition provient principalement de l'enquête sur les dépenses en immobilisation."

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