Mattis Savard

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Le documentaire Secondaire V est à l'école publique ce que le film porno est à la sexualité

Publication: 14/01/2014 00:22

Ce texte est cosigné par Alexandre Petitclerc, étudiant en Sciences humaines au Cégep de Saint-Laurent.

Tout au long de l'année scolaire 2011-2012, le cinéaste Guillaume Sylvestre est venu tourner des parcelles de vie étudiante à l'école publique Paul-Gérin-Lajoie d'Outremont (PGLO), pour aboutir à ce qu'il veut visiblement faire passer pour une représentation de l'école publique québécoise dans son documentaire Secondaire 5.

La chroniqueuse du Journal de Montréal Sophie Durocher et les quelques milliers de gens qui la lisent sont révoltés par ce film, ou plutôt par la véritable image de l'école publique que le documentaire dévoile, enfin, au grand jour.

«Il faut le dire haut et fort: ce qu'on voit dans ce documentaire, si c'est représentatif de ce qui se passe dans les autres écoles publiques du Québec, est une catastrophe.»

Nous tenons à vous rassurer, Mme Durocher, nous tenons à vous rassurer, citoyennes et citoyens éclairé(e)s qui ont connus la vraie discipline sur les bancs d'école à une époque ô combien plus rationnelle et responsable: non seulement ce n'est pas représentatif des autres écoles publiques, mais ce n'est même pas représentatif de PGLO.

Vous avez raison de vous soucier de notre système d'éducation et de vous révolter devant de telles scènes. Mais en étayant sur ces images choisies d'avance, donc biaisées, en n'ayant visiblement jamais mis les pieds dans une école publique dernièrement, vous incarnez ce qu'est le véritable fléau de notre société: la désinformation.

Pour pouvoir comprendre l'ampleur de la démagogie et de l'absence d'intellect dont vous faites preuve dans votre plume, il a dû y avoir prise de conscience à un moment précis. Pour nous, c'est 2012. Mais ce n'est pas l'année que vous connaissez. Vous ne l'avez vu qu'à travers les pages de journaux et les tribunes télévisuelles. Nous l'avons vécu de près, à l'intérieur de PGLO. Nous avons assisté à ce que vous n'avez pas vu: les débats constants dans les classes, les négociations justes et égalitaires avec la direction. Car oui, nous sommes égaux, nous sommes humains. Et c'est un concept qui semble vous échapper. Le respect. En graduant de PGLO, nous pouvons maintenant voir l'ensemble de notre peuple, de l'humanité, comme une unité qu'il est primordial de respecter. C'est pourquoi nous ne vous traiterons ni de bourgeoise, ni de snob. Même si Outremont n'est pas Montréal-Nord.

Parlons-nous de la pression qu'on met sur le dos des professeurs pour qu'ils respectent des quotas? Parlons-nous des parents qui invectivent publiquement l'enseignant de leur enfant qui a échoué? Parlons-nous du fait que ces élèves «problématiques» du public nous sont refilés, pour la grande majorité, par le privé, qui ne pourrait évidemment se permettre d'altérer sa belle image?

Non. On met l'emphase sur quelques élèves, à l'occasion maladroits, et sur un cours de sexualité qu'un professeur qui a, entre autres, une formation dans le domaine, croit bon nous donner. Un cours de sexualité, voire deux pour les chanceux, dans tout notre secondaire. Ce n'est pas un luxe. Et malgré le si peu de temps que le professeur y accorde, le cours a marqué tous ceux qui ont eu la chance de l'avoir. Traiter de questions fondamentales par l'humour, voilà ce que ce professeur qui enseigne aussi l'histoire, l'éthique, la culture religieuse et le monde contemporain, en plus d'organiser depuis plus de 10 ans des voyages aux quatre coins de la planète et qui auront changé la vie de tous ceux y ayant pris part, réussit à faire. Dans ces fameux cours de sexualité, on apprend, entre autres, que la pornographie donne une fausse image de ce qu'est le sexe. Ce documentaire est un peu à l'école publique ce que le film porno est à la sexualité.

LIRE AUSSI: Secondaire V de Guillaume Sylvestre: une jeunesse à fleur de peau

De plus, Paul-Gérin-Lajoie-d'Outremont est une école à vocation artistique qui est reconnue notamment pour sa concentration en art dramatique (et vous en avez connaissance, mais vous décidez de fermer les yeux). On y apprend autant l'histoire du théâtre que le jeu scénique, la gestuelle, l'apprentissage de textes, l'expression de ses émotions, le contrôle du stress, le développement de l'esprit critique, l'empathie, le travail d'équipe comme le travail individuel, la discipline et nous en passons.

Mais aucune trace, pourtant, de théâtre dans le documentaire sur une école à vocation théâtrale...

La direction de l'école, en acceptant la réalisation de ce film entre les murs de son établissement, ne s'attendait certainement pas à un documentaire si malhonnête, qui salirait la réputation, déjà suffisamment souillée, de l'école publique.

Dans ton film, Guillaume, tu as fait de nous des objets servant à faire passer une idéologie qui n'est pas la nôtre et que nous nous efforçons de combattre, même.

Le 22 mars 2012, lors de la manifestation historique, tu nous as accompagnés, tu étais avec nous et tu as vécu notre fougue et notre passion pour la cause, notre écœurement face au système et à l'image corrompue qu'a la société de sa propre jeunesse.

Dans Secondaire 5, tu n'as rien montré de tout ça. Tu ne fais que perpétuer la croyance populaire, et tu fais ce que les médias ont fait tout au long de la grève: nous descendre et nous salir alors qu'on essaie juste de prendre notre place. Mais toi et les tiens nous donnez raison.

Nous sommes profondément heureux de voir que nous ne vous plaisons pas, que le système public ne vous plait pas, c'est alors qu'il réussit. Il nie le conformisme, le puritanisme, il refuse une autorité abjecte et s'oppose à faire avancer le Québec et l'Humanité vers votre noirceur. Non, ce n'est pas une catastrophe, c'est une conséquence de votre désengagement. Du vôtre et de ceux qui ont refusé de s'investir dans le système public, dans le bien commun. Ceux qui ont choisi d'ignorer la collectivité en encensant le privé, ses dérives autoritaires et sa glorification de la performance.

Mais ne vous inquiétez pas, nous continuerons de nous battre avec l'exaltation qui nous caractérise, celle qu'on ne vous montre pas à la télé, celle d'une jeunesse que vous n'arriverez pas à étouffer.

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