Matthew Dubé

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Le bilinguisme n'est pas une dépense, mais un investissement

Publication: 23/03/2012 00:03

"C'est cher, n'est pas?" En quatre petits mots assassins, le journal Ottawa Sun a réussi récemment un double exploit peu enviable: il a démontré son incapacité à écrire correctement une courte phrase en français, tout en colportant d'effroyables clichés sur le bilinguisme du Canada.

L'anecdote, dont la profonde ironie a fait le tour du pays, serait presque comique si elle ne traduisait pas une tendance lourde qui semble se répandre au sein de certains cercles de droite. Selon les pourfendeurs du bilinguisme, la politique des deux langues officielles ne devrait être analysée que selon une pure logique comptable. C'est ainsi que l'Institut Fraser a publié il y a quelque temps une analyse évaluant à 2,4 milliards $ le coût annuel du bilinguisme au pays, sans tenir compte du contexte historique et des avantages évidents qui y sont liés. L'infâme manchette du Ottawa Sun faisait écho à cette analyse dans finesse.

Tout ce brouhaha autour du coût lié aux deux langues officielles m'apparaît comme une tempête dans un verre d'eau orchestrée par des bigots à l'esprit tordu.

Le bilinguisme, en effet, n'est pas une question de sous, mais de vivre-ensemble et de respect mutuel, des notions qui semblent étrangères aux quelques pyromanes qui arrosent le feu linguistique pour faire avancer leur propre agenda. Ne soyons pas dupes: les avantages du bilinguisme sont trop importants, trop intrinsèquement fondamentaux pour être résumés à une série de chiffres en rouges dans les colonnes du budget fédéral. ll y a deux nations fondatrices au Canada et nos institutions et politiques doivent le refléter.

La cohabitation de l'anglais et du français sur un même territoire est d'abord une richesse culturelle inestimable. Ces deux langues s'accompagnent en effet d'idéologies et de philosophies complémentaires qui nous permettent une plus grande ouverture au monde en multipliant les opportunités d'affaires et d'échanges humains internationaux.

Il faut aussi rappeler que le Canada est un pays bilingue né de l'union de deux peuples fondateurs, l'un anglophone, l'autre francophone. Il est donc tout à fait légitime que ses citoyens demandent à être traités de façon équitable par leur gouvernement. C'est d'ailleurs un thème très cher au NPD, qui a constamment rappelé les conservateurs à l'ordre à ce sujet ces derniers mois.

Enfin, et c'est à mon avis le point le plus important, le bilinguisme du gouvernement fédéral est une bonne pratique d'un point de vue moral. Il relève du respect de l'être humain, de sa communauté et de son histoire. Nier sa nécessité revient à cultiver la haine et la méfiance.

Pour reprendre un terme qui lui est cher, je dirais que Stephen Harper se contrefiche "royalement" de l'état de la langue française au pays. Nous n'avons qu'à nous rappeler de la nomination d'un vérificateur général et de juges de la Cour suprême unilingues anglophones ou à l'abolition de 200 postes de formateurs linguistiques à l'École de la fonction publique pour nous convaincre du peu d'importance qu'accorde le premier ministre aux francophones. Quand le premier ministre lui-même fait preuve d'une arrogance aussi répugnante sur une question fondamentale comme celle-là, faut-il s'étonner que la droite enragée se permette des attaques aussi sournoises et malhonnêtes?

Peu importe ce qu'en pensent les pupitreurs maladroits du Ottawa Sun, le bilinguisme canadien n'est pas un luxe frivole, au contraire. C'est plutôt une richesse, un concept qui prend racine au coeur même de notre pays et qui a été un formidable moteur de progrès au cours de l'histoire. Le NPD, contrairement aux enragés de la droite ultraconservatrice, l'a très bien compris, et c'est pourquoi nous continuerons à défendre les droits des francophones partout au pays face à un gouvernement conservateur insensible et déconnecté de la réalité.