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Lobbyiste, une profession d'avenir!

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Il faudra bien s'y faire, les lobbyistes sont là pour rester. Ils seront même de plus en plus nombreux au Québec. Au fait, que savons-nous au juste de ce qu'ils font? Pourquoi ont-ils si mauvaise presse? Pourtant, ils contribuent positivement au fonctionnement de notre démocratie.

style="float:Selon le Baromètre des professions 2013 réalisé par la firme Léger Marketing, les lobbyistes figurent à l'avant-dernier rang des professions qui ont la confiance des Québécois. Juste devant les vendeurs de voitures usagées, mais en dessous des politiciens et des maires. À titre de comparaison, les Québécois font quatre fois plus confiance aux journalistes, huit fois plus confiance aux médecins. C'est ce qui fait dire au Commissaire au lobbyisme lui-même que le terme «lobbyiste» a encore «une forte connotation péjorative».

Pourtant, de plus en plus de gens s'inscrivent au registre public des lobbyistes. Entre 2011 et 2013, le nombre de lobbyistes actifs inscrits au registre est passé de 1885 à 3654, soit une augmentation de près de 100 %. Nous sommes bien loin des quelques centaines lobbyistes de 2003.

D'où vient cette augmentation? Au moins partiellement en raison du respect de plus en plus étendu de la Loi, qui prévoit l'inscription au registre des mandats des lobbyistes, afin que le public et les décideurs puissent savoir qui souhaite influencer les décisions gouvernementales.

Les efforts actuels du Commissaire au lobbyisme - et des lobbyistes eux-mêmes - afin de faire connaître le cadre légal applicable nous permettent de présumer que cette augmentation va se poursuivre au moins pour un temps. Par ailleurs, si les lobbyistes des organismes à but non lucratif en viennent à perdre le passe-droit dont ils bénéficient actuellement et doivent s'inscrire au registre comme les autres, on peut s'attendre à une hausse rapide du nombre d'inscriptions.

Au fond, le lobbyisme n'est rien d'autre que la transmission d'informations à des titulaires de charges publiques dans l'objectif de leur permettre de prendre des décisions plus avisées et en phase avec les souhaits de différentes portions de la population. Il y a quelques années, le journal Les Affaires avait d'ailleurs publié un excellent papier de «lobbyisme-réalité»: longue préparation de dossiers, courtes rencontres, conseils au client ou au patron. Rien de bien glamour, ni de bien dangereux d'ailleurs. Rien qui ne s'assimile aux pratiques douteuses qui font trop souvent les manchettes.

La Loi sur la transparence et l'éthique en matière de lobbyisme reconnaît, à son premier article, que «le lobbyisme constitue un moyen légitime d'accès aux institutions parlementaires, gouvernementales et municipales» et qu'il est «dans l'intérêt du public que ce dernier puisse savoir qui cherche à exercer une influence auprès de ces institutions». Ainsi, la Loi institue un registre public des lobbyistes et prévoit la nomination d'un Commissaire au lobbyisme chargé de la surveillance et du contrôle des activités de lobbyisme exercées auprès des titulaires de charges publiques. La Loi prévoit en outre un Code de déontologie que tous les lobbyistes doivent s'engager à respecter. Ce Code comprend des notions d'intégrité, de transparence et de prise en compte de l'intérêt public.

Malgré tous ces garde-fous, comment se fait-il que le lobbyisme ait toujours aussi mauvaise presse? La réponse à cette énigme se trouve dans les données d'une étude de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l'Université Laval qui démontre que l'existence de ce Code est mal connue. En effet, la moitié de la population québécoise ignore son existence. Ce constat s'applique également aux titulaires de charges publiques, qui sont une minorité à le connaître.

Comme le dit le Commissaire lui-même, le lobbyisme « existe depuis toujours ». Il constitue un mode d'accès légitime à nos institutions démocratiques, qui vient avec certaines obligations, dont celle de la transparence. De nombreuses législations l'encadrent afin de nous en assurer. En rendant possible une prise de décision plus éclairée, il participe également au bon fonctionnement de notre démocratie. Il est donc important, comme citoyens, de résister à la tentation de la prohibition et d'agir de façon responsable, en nous informant et en nous impliquant dans le débat public si nous en sentons le besoin.

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