Martine St-Victor

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Grand temps pour l'industrie des relations publiques de refaire son image

Publication: 20/05/2012 00:01

Il y a 10 ans, je fondais un atelier de Relations Publiques. Et en 10 ans, j'ai été témoin de la transformation de l'industrie des RP et oui, le R et le P sont en majuscules parce que je considère quelles sont des lettres de noblesse. Pendant des années, la personne moyenne interrogée dans la rue ne pouvait expliquer ce que les professionnels en RP faisaient comme boulot. Et si c'est peut-être encore un peu vrai aujourd'hui, les gens ont au moins une image lorsqu'ils pensent RP: Samantha Jones de Sex And The City. Voilà le problème.

Oui je sais, Samantha Jones est fictive. Mais l'émission Sex And The City a été un tel phénomène et a eue une telle influence sur l'imaginaire des gens que certains croient connaitre New York sans jamais y avoir mis le pied, reconnaissent des Manolo Blahnik sans en avoir une paire et pensent Samantha Jones, lorsqu'on parle RP. Sam Jones bossait fort et clairement avait réussi sa carrière (après tout, ce n'est pas tout le monde qui peut se payer un appart dans le Meatpacking District de New York) mais c'est sa promiscuité, son allergie aux relations à long terme et ses fiestas qui ont fait d'elle un personnage mémorable. Je ne juge ni promiscuité, ni allergies, ni fiestas, sauf que l'industrie se passerait bien de ces stéréotypes. Mais je ne peux pas mettre tout le problème d'image de l'industrie sur le dos des médias de masse comme la télévision. Il arrive, à l'occasion, que le problème soit perpétué par l'industrie même. Dans un récent billet intitulé "Comment réseauter en utilisant des trucs de RP", l'auteur écrit: "les meilleures professionnelles en RP savent quand et comment laisser paraitre leur bretelle de soutien-gorge". Non, crétin. Les meilleures professionnelles en RP savent quand et comment le nom de leurs clients devrait être dans les médias.

Et puis il y a aussi les "filles de RP", une expression dont je me passerais. Vous savez, celles qui portent le titre après la rédaction d'un seul communiqué de presse et celles dont on entend parler dans tous les contextes sauf celui de leur boulot. En 2001, Lizzie Grubman, personnalité mondaine de Manhattan et auto-proclamée "PR Girl", a fauché au volant de son 4-4 Mercedes, des passants devant une discothèque des Hamptons. En deux coups de volant, Grubman a terni l'image de l'industrie (et celle de Mercedes).Et, quand une Québécoise a récemment été arrêtée pour harcèlement envers l'acteur Alec Baldwin, une des seules constantes dans les reportages sur l'histoire est que madame était, ou avait été, en relations publiques. L'industrie et moi vous remercions, Geneviève Sabourin.

Ces "filles de RP" sont malheureusement devenues les visages publics d'une industrie qui est beaucoup plus complexe et réfléchie que toute superficialité qu'elles pourraient y apporter. Parce que devinez quoi les filles? Les RP, c'est l'Art de la communication. Les RP ne se résument pas à soirées mondaines et gueslists.

Pour emprunter une expression de l'excellente série américaine "Scandal", en RP, "nous sommes des gladiateurs". L'industrie est composée de stratèges, de gestionnaires de crises, d'alchimistes de marques, de maestros du message et de penseurs qui ont souvent comme mandat de vendre ce qui peut paraitre invendable, d'expliquer ce qui semble inexplicable et de raconter des histoires devant un public qui de plus en plus, souffre d'un déficit d'attention aigu. Ces professionnels connaissent les pas de cette importante danse avec les journalistes et celle avec le public. Ces pros en RP travaillent dans des bureaux où les lumières sont toujours allumées et sur des Blackberry qui se moquent des limites temporelles du 9 à 5. Parce que cette image du Blackberry, bien que caricaturale, n'est pas un stéréotype.

Mais je me réjouis parce que je sais que les Relations Publiques retrouveront leurs lettres de noblesse. La nouvelle génération de professionnels en RP n'est pas seulement composée d'individus qui comprennent à peine ou mal le métier. Il y aussi ces jeunes loups qui ont fait et continuent de faire leurs classes et qui saisissent bien les défis et complexités de l'industrie. Ces jeunes loups existent. Je le sais puisque j'ai eu la chance de travailler avec eux. Et quand ils seront prêts, ils éclipseront les Lizzie et Geneviève de l'industrie et même la personne moyenne interrogée dans la rue le remarquera.

 
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