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Révélations de Zambito: Les singes de l'ignorance

12/10/2012 03:59 EDT | Actualisé 12/12/2012 05:12 EST
Wikipedia

«Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire», ainsi va la maxime picturale des trois singes de la sagesse, symbole asiatique. Si la maxime représente la sagesse en Asie, il s'agit plutôt d'ignorance au Québec lorsqu'on l'applique à l'actuelle crise politique ravivée par les récentes révélations de la Commission Charbonneau.

Je soupçonne Gérald Tremblay, Gilles Vaillancourt et Nathalie Normandeau d'avoir participé au même voyage organisé, quelque part en Asie. Non pas parce qu'ils en sont revenus avec une sagesse grandie, mais bien parce que leurs récentes déclarations aussi naïves que choquantes ne peuvent trouver de sens que s'ils ont croisé cette sculpture de l'artiste Hidari Jingoro dans un sanctuaire japonais. En Asie, la croyance veut qu'à celui qui suit cette maxime, il ne lui arrivera que du bien. À chacun ses croyances...

singes sagesse

C'était à prévoir, le témoignage de Lino Zambito à la Commission Charbonneau allait apporter son lot de révélations chocs s'ajoutant aux perquisitions et arrestations de l'Unité permanente anticorruption (UPAC). Les trois singes ne sont formellement accusés de rien, mais le parfum nauséabond de corruption et de copinage est devenu insoutenable.

Trois ans après le début des allégations de corruption et de collusion, ce qui choque encore, ce sont les réactions des protagonistes des plus récents développements de cette mauvaise pièce de théâtre. Décortiquons d'abord l'œuvre acte par acte avant de la condamner.

Acte 1.

Lieu: Laval.

Personnage: Gilles Vaillancourt, maire de Laval depuis 1989.

Situation: Deux perquisitions par l'Unité permanente anticorruption.

Il y a bien peu de choses à dire sur ce premier acte, très court et punché. Il reste que ces deux perquisitions dans deux résidences privées du maire de la troisième ville la plus peuplée du Québec, éloignent une fois de plus (et de trop) l'élu de l'électeur. L'équipe de l'émission Enquête de Radio-Canada révélait récemment que Vaillancourt serait intervenu personnellement dans l'octroi d'un contrat à Lino Zambito en échange d'un pot-de-vin de 25 000$. Y aura-t-il un rappel à sa performance? Élu sans répit depuis 1989, disons simplement que la relève sera rafraichissante. Espérons que le public embarquera.

Acte 2.

Lieu: Montréal.

Personnage: Gérald Tremblay, maire de Montréal depuis 2002.

Situation: Allégations à l'effet qu'un cartel mafieux verserait 3% de la valeur des contrats de construction de la ville au parti du maire.

Devant la gravité de la situation, la seule réplique qui est venue à la bouche du maire se résume au fait qu'il a la conscience en paix et qu'il ne commenterait pas les allégations. Au théâtre, on qualifierait ça de pantomime. Parfois, on s'incline devant la sobriété d'une performance, mais d'autres fois, on reste sur notre faim. La population montréalaise est en droit d'avoir un maire au verbe plus aiguisé lors d'une crise de confiance d'une telle ampleur. Les deux partis d'opposition ainsi que la Fraternité des policiers de la ville de Montréal ont retiré leur confiance envers le maire. Il ne manque plus que Laurie vote contre lui dimanche prochain à Occupation Double.

Acte 3.

Lieu: Assemblée nationale du Québec.

Personnage: Nathalie Normandeau, vice-première ministre du Québec de 2007 à 2011.

Situation: Roses, billets pour les concerts de Céline et de Madonna, cocktails organisés par Lino Zambito et entrées d'argent douteuses dans les coffres du Parti libéral du Québec. Le tout sur soupçons de retours d'ascenseurs.

Normandeau a reçu un bouquet de 40 roses pour ses 40 ans de l'ex-entrepreneur Lino Zambito qui, pour sa part, avait obtenu le contrat de construction de l'usine de traitement des eaux de Boisbriand, une affaire qui lui vaut 28 chefs d'accusations au criminel. Normandeau a accepté des billets offerts par Zambito pour les concerts de Madonna et du rossignol de Charlemagne, Céline. You go girl! Here we go! Oh yes, here we go, et elle n'y est pas allée seule la vice-première ministre. De fait, en août 2008, Normandeau était au Centre Bell pour le retour triomphal de Céliiine, dans une loge, accompagnée de M. Zambito lui-même et de l'ex-ministre de la Sécurité publique (rien de moins) Jacques Dupuis.

Il paraîtrait qu'à l'entracte, ces fans de Céline auraient reçu la visite de Michelle Courchesne accompagnée du maire de Laval, Gilles Vaillancourt... Normal, ça permet de se ressaisir avant la finale de Titanic. Je doute fortement que notre colombe nationale ait envoyé son célèbre salut militaire, un bec volant ou encore un inimitable kick acrobatique en direction de la loge des dignitaires. Je peux me tromper...

Avec les roses, le Titanic et les cocktails de financement qui auraient rapportés plusieurs dizaines de milliers de dollars aux coffres du PLQ, l'ex-vice-première ministre n'a pas trouvé mieux que d'envoyer un bref communiqué (voire post-it) assurant qu'elle est irréprochable et qu'elle ne laissera personne attaquer son intégrité. You go girl! Le hic c'est que, malgré ses menaces, plus personne ne la croit, tout comme très peu de gens achètent les répliques des maires Tremblay et Vaillancourt, aussi réchauffées et prévisibles que des pizzas pochettes.

L'idée ici n'est pas de tisser des liens entre des évènements qui, il est vrai, sont tous très différents, et de faire un amalgame entre divers acteurs politiques pour brosser un portrait sombre du travail de politicien. Bien au contraire: il s'agit de dénoncer cette mauvaise pièce de théâtre qui éclabousse tant d'élus qui font un travail remarquable au service des citoyens. Leur travail quotidien se fait traïner dans la boue par ceux qui n'ont pas le courage d'y aller d'un mea culpa le temps venu et qui préfèrent nous servir des pizzas pochettes.

«Ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire», le jour où cette maxime incarnera la sagesse au Québec, certains rois en leurs cités seront en vacances dans l'opposition et les roses de Nathalie seront fanées. Ah oui, et Céline pourra reprendre sa gestuelle habituelle.

Construction: la (longue) marche vers une enquête