Martin Lavallée

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Quand Ottawa contribue à angliciser le Québec

Publication: 15/07/2012 08:13

‹‹ La langue, les lois et le caractère du continent nord-américain sont anglais. Toute autre race que la race anglaise y apparaît dans un état d'infériorité. C'est pour les tirer de cette infériorité que je veux donner aux Canadiens (français) notre caractère anglais››.

Le Rapport Durham, 1840.

‹‹All of this leads me to wonder whether by some sort of planning Canada and the United States, working toward the same end, cannot do some planning - perhaps unwritten planning which need not even be a public policy - by which we can hasten the objective of assimilating the New England French Canadians and Canada's French Canadians into the whole of our respective bodies politic››.

Lettre de Franklin Delano Roosevelt (Président des Etats-Unis) à William Lyon Mackenzie King (Premier ministre du Canada), le 18 mai 1942.


Ça faisait quelque temps qu'on sentait que quelque chose se passait, que Montréal et ses quartiers se transformaient rapidement et que ceci n'émanait pas d'un processus naturel. On voit des quartiers historiquement très francophones comme Villeray, le Plateau et Rosemont prendre un visage anglophone en peu de temps, avec une population décomplexée n'hésitant pas à aborder les gens et communiquer en anglais dans la rue et les commerces. D'ailleurs, le récent sondage réalisé en mars dernier par le magazine L'actualité témoigne d'une méconnaissance et d'une indifférence à l'endroit de la langue française chez une partie importante de la communauté anglophone du Québec.

De même, on assiste à la prolifération de festivals et d'événements culturels bilingues ou uniquement anglophones dans la métropole et ailleurs au Québec. Même la Fête nationale est prise d'assaut par ceux qui veulent nous vendre leur bilinguisation à tout prix. On voit les nouvelles tours à condos, qui se construisent sans arrêt sur l'île, se remplir de voitures plaquées du Canada et des Etats-Unis, voitures appartenant à des Anglo-canadiens et des Américains venus étudier ou travailler à Montréal, venant ainsi augmenter les effectifs de la minorité historique anglophone. D'ailleurs, c'est probablement pour faire travailler ces nouveaux venus que des entreprises comme Bombardier demandent à l'OQLF d'être exemptées d'appliquer la Charte de la langue française dans leurs milieux de travail.

Pour cette population anglophone fraîchement arrivée à Montréal et attirée ici par des entreprises immobilières et autres publicités leur vantant les charmes de Montréal, bilingual town, il semble aller de soi de vivre à Montréal sans avoir à parler français. Il faut dire que le message envoyé par le gouvernement québécois de Jean Charest, censé représenter la seule collectivité francophone en Amérique du Nord, semble également leur donner raison. Depuis son règne en 2003, ce gouvernement ne cesse d'encourager l'anglicisation du Québec et de sa population, tout en faisant preuve de complaisance et d'aveuglement par son inaction en faveur de la défense et la promotion du français.

Ottawa finance la progression de l'anglais au Québec

On savait qu'après le référendum de 1995, une certaine élite canadian s'était donnée pour mantra : ‹‹plus jamais››. Plus jamais le Canada ne doit passer si près de se disloquer. Cette élite a pris les grands moyens. Le scandale des commandites et le parachutage de Jean Charest d'Ottawa à Québec ne sont que la pointe de l'iceberg. Nous commençons à entrevoir certaines autres stratégies visant à faire échec au mouvement d'affirmation nationale des Québécois, quitte à s'en prendre à la culture et la langue de tout un peuple. On s'aperçoit progressivement que l'anglicisation montréalaise ne résulte peut-être pas du hasard.

On apprend quelques nouvelles par-ci par-là, comme la dernière, qui montre que le gouvernement fédéral finance l'anglicisation de Montréal. Par des subventions totalisant 4,4 millions de dollars, le fédéral finance des projets culturels - dont les trois quarts servent à la communauté anglophone, par l'entremise de certains organismes comme le Quebec Community Groups Network. Évidemment, l'objectif est de mettre en valeur des projets culturels bilingues ou de langue anglaise et favoriser la bilinguisation des services et de l'image de Montréal.

Ainsi, non seulement notre langue minoritaire doit faire face à la mondialisation néolibérale qui tend à uniformiser les cultures et langues nationales et à angliciser tout l'Occident, mais elle doit également faire face à des ingérences et des manœuvres fédérales visant à faire progresser encore et toujours la langue anglaise au Québec.

L'anglais est la langue parlée sur tout le continent nord-américain. Il est loin d'être menacé. Par contre, on ne peut en dire autant du français qui, même au Québec, est une langue fragile. Bilinguiser la métropole et mettre les deux langues à égalité à Montréal et au Québec contribuera inéluctablement à affaiblir toujours un peu plus la langue française, jusqu'à sa folklorisation. Mais ceci, le gouvernement canadien ne s'en préoccupe guère, surtout s'il faut assurer l'unité canadienne. D'ailleurs, on n'a qu'à scruter les nominations de plusieurs unilingues anglophones de la part du gouvernement fédéral pour s'apercevoir que le français compte pour quantité négligeable à Ottawa.

Une communauté anglophone plus que choyée

Puis, on ne peut pas dire que la communauté anglophone québécoise soit mal en point, surtout si on la compare aux minorités francophones du Canada. Le plus gros hôpital du Québec, qui est en construction présentement en grande partie grâce aux impôts des Québécois, sera un hôpital anglophone, soit l'hôpital McGill. Le plus populeux CÉGEP du Québec est également anglophone avec environ 10 000 étudiants, le Dawson's college. La communauté anglophone possède aussi trois universités, des journaux et plusieurs chaînes de télévision et de radios, qui ne jouent d'ailleurs jamais de musique en français. Tout ça pour une population d'environ 8.5%! D'autant plus que cette minorité n'en est pas une, puisqu'elle forme la très large majorité de la population anglophone avec le reste de l'Amérique du Nord.

Le plus ironique dans tout ça, c'est qu'il n'y a pas que le fédéral qui surfinance la communauté anglophone du Québec, mais la population francophone aussi, à travers le gouvernement du Québec. De l'argent public, qui pourrait normalement aller aux régions du Québec ou financer plus adéquatement les institutions francophones, sert à surfinancer les institutions de la communauté anglophone selon un pourcentage plus élevé que la population anglaise au Québec.

Bref, notre sécurité trompeuse des dernières décennies, l'affaiblissement progressif de la loi 101, le travail d'une certaine élite visant à faire progresser l'anglais et l'inaction du gouvernement censé nous représenter ont permis à l'anglais de gagner du terrain sans cesse au Québec, donnant ainsi l'impression aux immigrants et à certains anglophones canadiens et américains venus s'établir ici que le français est une langue de second ordre à Montréal et qu'on peut vivre ici en parlant uniquement anglais.


Savoir s'affirmer et imposer notre langue

Insistons sur ce fait : notre affirmation linguistique ne devra jamais sombrer dans la violence ou le mépris. Mais nous devons être lucides et conséquents et cesser de se voiler la face si nous désirons que le français continue de s'épanouir chez nous au Québec. Ceci implique d'agir pour renverser la tendance actuelle. Nous devons accepter que notre affirmation linguistique risque de déplaire à certains, que ça risque de choquer quelques personnes à qui ça fait peur, dérange, ou pour d'autres pour qui apprendre notre langue constitue un trop gros effort. Mais c'est le prix à payer pour assurer notre pérennité culturelle et linguistique. Le gouvernement de René Lévesque ne s'est pas fait que des amis lorsqu'il a adopté la Charte de la langue française en 1977. Mais l'œuvre s'imposait. Hélas, après plusieurs coups de hache de la part de la Cour suprême du Canada dans notre Charte de la langue française et après près de dix ans de règne libéral de Jean Charest, cette œuvre s'impose encore.

Il faudra également démonter les arguments culpabilisants de ceux qui ne veulent pas que le peuple québécois s'affirment ou de ceux qui veulent nous vendre leur mondialisation néolibérale en l'enveloppant sous le couvert de la modernité. Ce n'est pas être intolérants, xénophobes ou fermés que d'affirmer notre langue et de savoir l'imposer chez nous, que ce soit dans l'affichage, les communications publiques, au travail ou dans nos collèges. Ce n'est que de vouloir vivre comme la plupart des autres peuples de la planète, en soi et pour soi. Ça ne nous empêche pas non plus de s'ouvrir sur le monde et sur la riche diversité des cultures et des langues. Car quoi qu'en disent ceux qui voudraient qu'on se taise et qu'on laisse faire, l'ouverture sur le monde n'implique aucunement d'accepter de s'effacer ou alors le mépris de soi et de son identité. Puis, finalement, si la modernité néolibérale implique que tous les peuples délaissent leur langue maternelle pour se mettre à parler anglais afin de faciliter l'économie, alors la modernité ne constitue pas un progrès, mais plutôt une régression, un appauvrissement.

Notre affirmation linguistique ne fera qu'envoyer un message clair à tous que la langue française est la seule et unique langue officielle au Québec, puis que ceux qui viennent s'établir ou faire des affaires ici sont les bienvenus, mais qu'ils doivent apprendre cette langue et s'intégrer à la population francophone québécoise.

Pour terminer, il faudra méditer longuement à ceci : s'il est si dur de faire respecter et d'imposer notre langue chez nous et si le gouvernement fédéral réussit aussi aisément à s'ingérer dans nos affaires, à imposer sa propagande canadianisante et à financer l'anglicisation du Québec, c'est parce que nous sommes toujours dépendants de cet État fédéral. Peut-être est-il plus que temps de se libérer de sa tutelle et de son ingérence crasse pour enfin se faire un pays bien à nous?

 
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