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Djemila Benhabib a été blâmée sévèrement par le Conseil de presse du Québec pour avoir fait du plagiat dans plusieurs de ses textes. Les exemples de plagiat fourni par le Conseil de presse sont limpides et les règles de ce dernier concernant le plagiat sont claires. Pourtant, Mme Benhabib persiste et signe en soutenant qu'il s'agit plutôt d'une attaque politique du Conseil de presse à son endroit, dont l'unique but serait de la discréditer.

Je pense qu'il faut mettre ici de côté le discours politique de Madame Benhabib et de ses adversaires, et plutôt se questionner sur sa définition de la rigueur intellectuelle.

J'enseigne depuis plusieurs années le développement des habiletés méthodologiques de la recherche au cégep, et je peux vous dire que le cas de cette auteure est le symptôme d'un malaise social plus profond, celui du non-respect grandissant de la propriété intellectuelle.

Dans le cadre de mon cours, j'enseigne à mes étudiants les diverses formes de plagiat qu'il faut éviter, ainsi que le principe d'un article scientifique évalué par les pairs. Puisqu'ils sont nés dans une époque où il est facile de «copier-coller» tout ce que l'on peut trouver sur internet, il est très difficile pour eux de comprendre la gravité de plagier un auteur. Ils trouvent en général que recevoir la note de 0 parce qu'il y a du plagiat dans leur travail est une sanction trop sévère.

Quand j'entendais les arguments que Djemila Benhabib invoquait cette semaine pour se défendre, j'entendais exactement les mêmes excuses que me servent les étudiants coupables de plagiat à chaque session, depuis des années.

Premier argument : le plagiat n'est pas substantiel, c'est-à-dire que seulement certaines sections du texte ont été plagiées. Mes étudiants utilisent souvent ce procédé en pensant pouvoir ainsi masquer le plagiat en faisant des paraphrases légèrement modifiées, sans citer leurs sources. Cela reste un plagiat, et le fait qu'il soit plus subtil le rend encore plus insidieux.

Deuxième argument : le plagiat est involontaire. Ici, le plagiaire affirme qu'il n'était pas conscient d'avoir commis un plagiat. Madame Benhabib parle «d'erreurs involontaires» de sa part. Le fait que le plagiat soit involontaire ne peut en rien minimiser la faute commise. Cela montre simplement que ce type de plagiat est le résultat de l'ignorance ou de la paresse de l'auteur du texte fautif.

Troisième argument : la sévérité de la sanction pour le plagiat est le résultat d'une attaque personnelle. Ici, les étudiants fautifs tentent habituellement de culpabiliser l'évaluateur en disant que le plagiat serait le résultat d'une vendetta personnelle à leur égard. Rien n'est plus faux, puisqu'ils peuvent demander une révision de la sanction par un comité d'évaluation impartial. Dans le cas de Mme Benhabib, il s'agirait d'une sorte de complot orchestré par ses adversaires politiques.

Le refus de Djemila Benhabib de se soumettre à l'évaluation de ses pairs est d'autant plus choquant qu'elle tente de minimiser son manque de rigueur en décrivant ses nombreux plagiats comme de petites erreurs sans gravité que la plupart des journalistes pratiquent dans leur quotidien. Le problème, c'est que Mme Benhabib est beaucoup plus qu'une simple journaliste, elle se présente depuis des années comme une intellectuelle rigoureuse, qui désire justement être reconnue à ce titre. Elle veut être une voix crédible que le public écoute. Sa rigueur intellectuelle devrait être à la hauteur de ses ambitions d'être un modèle culturel, ce qui n'est pas le cas ici. Sa fâcheuse insistance à minimiser ses plagiats donnent des arguments à mes étudiants qui me disent que le plagiat, «c'est pas grave», que je devrais lâcher prise et laisser faire, donner une autre chance.

Eh bien, non ! Jamais ! Car, comme le disait si bien Léonard de Vinci, «la rigueur vient à bout de tous les obstacles».

Vous trouverez ici une vidéo de 4 minutes sur les différents types de plagiat.

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