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L'OIF pour redonner des couleurs à l'innovation francophone

02/04/2014 11:57 EDT | Actualisé 02/06/2014 05:12 EDT

Le français n'est pas seulement la langue de Molière et consorts, c'est aussi celle d'un certain nombre d'inventeurs. Si les créations de ces esprits féconds sont intimement liées à la langue qui les a modélisées, elles ont pourtant tendance, une fois révélées au monde, à prendre la poudre d'escampette pour aller se faire revendiquer ailleurs. Pour le rayonnement de la France mais aussi, à plus large escient, du français et de la francophonie, il y a urgence à les rapatrier dans le giron de notre langue.

C'est ce que se propose de faire l'OIF, en lançant le Réseau francophone de l'innovation (Finnov). Une initiative qui a de la suite dans les idées.

La France, terre d'inventions mais pas d'appropriation

L'inventeur de la carte à puce, Roland Moreno, aurait-il pu être anglophone, russophone ou sinophone ? Rien n'est moins sûr. Son invention est le fruit d'une structure mentale dont sa langue, le français, constitue les fondements. Autrement dit, on créé comme on pense, et l'on ne pense jamais qu'avec les particularismes propres à sa langue.

Et en matière de création, la France est plutôt bien lotie. Il suffit de se rendre sur la page dédiée aux inventeurs français concoctée par Wikipedia pour s'en convaincre. Plus de 280 entrées s'y trouvent. De Roger Dambron, inventeur du portrait-robot à Eugène Lauste, pas innocent dans la mise au point du cinéma sonore, en passant par René Lorin, à qui l'on doit l'idée de propulser un aéronef au moyen d'un moteur à réaction, autrement dit l'avion.

On l'aura compris, le français comme paysage sémantique a permis au cours des siècles d'échafauder et de véhiculer des centaines d'inventions, et pas des moindres. Pourtant, la France a une fâcheuse tendance à ignorer ses inventeurs géniaux. Une manie de plus en plus marquée avec l'émergence de l'ère digitale, dans laquelle se distinguent de nombreux Français, sans que personne ne le sache.

Saviez-vous, par exemple, que les inventeurs du premier micro ordinateur, de l'écran LCD, du lecteur MP3 ou encore du Divx avaient tous pour point commun d'être Français ? Non ? Vous n'êtes pas les seuls. Même chose pour le père fondateur d'Internet, Louis Pouzin, qui invente le datagramme en... 1971, mettant le doigt sur le principe même d'Internet : le protocole d'échange d'informations par paquets de données. Lorsqu'il se rend à la Direction générale des télécommunications, on lui oppose qu'on ne sait pas facturer les communications. Fin de l'histoire. Un Américain, Vint Cerf, s'emparera de l'idée et deviendra le père officiel d'Internet, non sans oublier au passage - fairplay - de saluer les travaux de Pouzin.

La francophonie, vivier illimité d'innovations

La situation est assez intolérable. Elle le sera d'autant plus avec le temps, si l'on veut bien considérer que la langue française sert de tremplin à l'innovation, et qu'elle sera de plus en plus parlée à l'avenir, donc à l'origine de plus en plus d'inventions « chapardées » par d'autres. Une étude dirigée par la banque Natixis affirme en effet que le français sera la langue la plus parlée à l'horizon 2050, avec 750 millions de locuteurs, devant l'anglais et le mandarin. Elle en comptait 220 millions en 2010. Cette affirmation a depuis été nuancée mais il demeure que les francophones seront de plus en plus nombreux.

La francophonie a déjà commencé à accoucher d'inventeurs de renom. Récemment, on pense par exemple à Vérone Mankou, le « Steve Jobs » congolais, jeune entrepreneur de 27 ans, père de la première tablette et du premier smartphone africains, de qualité et vendus à des prix défiant toute concurrence. Le jeune homme a réussi à se faire connaître sans passer par le Concours Lépine, et ne doit qu'à sa seule témérité la propriété intellectuelle de ses inventions. Il fait cependant figure d'exception.

Pour favoriser l'émergence de nouveaux talents, mais aussi leur reconnaissance comme parties prenantes de la francophonie et de son rayonnement, l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) s'est retroussée les manches, et a lancé un Réseau francophone de l'innovation. Opérant dans les secteurs de l'agroalimentaire, du numérique, de l'économie du savoir, de l'économie verte, des industries culturelles et de l'économie de la culture, il lance régulièrement des appels à projets, pour mieux électriser les forces (intellectuelles) vives de langue française, quel que soit leur pays d'origine.

À l'initiative d'Abdou Diouf, secrétaire général de la Francophonie, un Forum mondial de la langue française a vu le jour. Pour sa deuxième édition, qui aura lieu du 20 au 23 juillet 2015 à Liège, il s'intéressera à la « Francophonie créative », faisant la lumière sur la façon dont « la langue française, au service de la créativité, est un facteur de réussite individuelle et de développement durable des sociétés, s'inscrivant ainsi dans la stratégie économique de la Francophonie ». Tout un programme.

Si de tout temps le français a servi de terreau à l'innovation, il manquait jusqu'à présent d'armes pour défendre le fruit de son labeur sur la scène mondiale. Ce n'est désormais plus le cas.

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