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Au Japon : exigences professionnelles meurtrières pour une journaliste

Le pays compte plusieurs cas de suicides et de décès à la suite d'un nombre inhumain d'heures supplémentaires de travail.

16/10/2017 07:00 EDT | Actualisé 16/10/2017 10:13 EDT
TommL via Getty Images
Après avoir quitté les bancs d'école, les nouvelles recrues en entreprise se sentent rapidement incompétentes à cause des exigences démesurées de la part de la direction.

Le Japon, pays convoité par les gens d'affaires, les snobs et quelques intellectuels, se retrouve à nouveau dans une drôle de situation. Le terrain paraît toujours plus vert chez le voisin que chez soi. Toutefois, en regardant à la loupe, on s'aperçoit que ce qui fait envie à l'extérieur du pays n'est souvent qu'un cauchemar pour les résidents.

La culture japonaise, enviée à travers le monde pour son perfectionnisme, pour l'étendue de ses connaissances générales et une discipline rigide, a aussi des lacunes douteuses et dangereuses. Le pays compte plusieurs cas de suicides et de décès à la suite d'un nombre inhumain d'heures supplémentaires de travail.

Une jeune journaliste politique, âgée de 31 ans, est décédée d'un arrêt cardiaque après avoir cumulé 159 heures supplémentaires dans un même mois pour la station de télé NHK, en 2013. La direction générale s'est excusée auprès des parents. Au cours du mois précédant son décès, la jeune employée n'avait bénéficié que de deux journées de repos. Le karoshi, ou mort par excès de travail, n'est pas un sujet nouveau dans ce pays reconnu pour ses journées interminables d'heures de travail. Ironie du sort, la chaîne NHK avait couvert et dénoncé des expériences similaires comme des cas de suicide, en 2015, dans différentes entreprises japonaises telle Dentsu, une importante agence de publicité. Entre autres, une lettre, laissée par un employé exténué qui exprimait son profond désespoir après avoir cumulé 100 heures supplémentaires en un mois, avait été retrouvée après le suicide de ce dernier, soulevant l'indignation.

Selon les plaintes de jeunes étudiants, le manque de communication familiale, la froideur du tempérament des Japonais et les exigences inhumaines affectent, dès les années scolaires, les jeunes qui crient leur désarroi sur les réseaux sociaux, entre autres, sans être entendus.

Selon les plaintes de jeunes étudiants, le manque de communication familiale, la froideur du tempérament des Japonais et les exigences inhumaines affectent, dès les années scolaires, les jeunes qui crient leur désarroi sur les réseaux sociaux, entre autres, sans être entendus. « Quelque 500 mineurs (moins de 20 ans) se donnent la mort chaque année dans l'archipel, surtout autour du 1er septembre, lorsque reprend l'année d'école débutée en avril, mais interrompue par une pause estivale. »

Après avoir quitté les bancs d'école, les nouvelles recrues en entreprise se sentent rapidement incompétentes à cause des exigences démesurées de la part de la direction. Depuis la maison, ensuite à l'école et finalement sur le marché du travail, trop de Japonais vivent une pression, venue de partout, qui les étouffe. Ils ne voient aucun moyen de s'en soustraire sinon en se donnant la mort à bout d'épuisement. Comment un pays loin d'être sous-développé peut-il nourrir, d'une génération à une autre, cette rigueur... mortelle ?

Source de consolation, bon nombre d'entreprises plafonnent à 100 heures par mois les heures supplémentaires de travail. Les heures légales sont de 40 heures par semaine et de 45 heures supplémentaires par mois. « Pour la première fois, l'État japonais projette de limiter le nombre d'heures supplémentaires des travailleurs qui triment sans compter, mais le plafond, "outrageusement" fixé à 100 heures, ne résoudra rien au problème, selon ses détracteurs. » Si cette réforme n'est pas suivie par les entreprises, ces dernières peuvent être passibles de sanctions. Mais durant les périodes intenses d'activités, les salariés peuvent accepter de travailler jusqu'à 100 heures additionnelles par mois.

« Dans le cas où cette exception se prolongerait plus de deux à six mois, le cap descendrait alors à 80 heures (en moyenne), selon cet accord, résultat de négociations ardues entre l'exécutif, la fédération patronale Keidanren et la Confédération japonaise des syndicats de travailleurs (Rengo). »

Éduqués, entraînés et formés pour performer... jusqu'à la mort. Comment continuer d'envier ce pays si dur et exigeant envers les siens ? Tout semble si parfait de l'extérieur. La société japonaise promouvoie des exigences inhumaines et sans pitié, mais au nom de quoi exactement ? Des apparences, du rendement et du professionnalisme ? Il semble qu'il manque d'effectifs. Existe-t-il un autre moyen moins draconien que d'anéantir les troupes ?

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