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Êtes-vous en burnout?

30/05/2015 08:44 EDT | Actualisé 30/05/2016 05:12 EDT

Chaque jour, de nouvelles personnes se déclarent atteintes par le syndrome d'épuisement professionnel. Et vous, êtes-vous en burnout?

Un contexte difficile, une pression accrue

Dans un environnement ultraconcurrentiel (les individus entre eux, les unités entre elles, les entreprises entre elles, les pays entre eux, les monnaies entre elles, etc.), le syndrome des «personnes sans repos» s'étend de plus en plus. La peur de perdre son emploi, dans un contexte de crise économique où nul ne sait de quoi il vivra dans 20 ans, la précarisation généralisée (la sécurité d'emploi est bonne pour faire son entrée au Muséum d'histoire naturelle, rayon «Vestiges») pousse à capitaliser au maximum sur son travail.

Une étude de l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (ANACT, France) présentée dans le cadre de la 11e Semaine de la qualité de vie au travail, révèle que 49% des salariés éprouvent des difficultés à passer suffisamment de temps avec leur conjoint, et 57%, trop pris par leur vie professionnelle, ont du mal à accomplir des formalités administratives.

Le travail est désormais plus qu'une simple valeur: c'est un mode de vie.

Un manque de repos

Ariana Huffington (fondatrice du Huffington Post) a déclaré que le sommeil serait la prochaine grande cause féministe! Et il est vrai que toutes et tous - hommes ET femmes - vivent sous le joug des 4 normes masculines du pouvoir. Parmi elles, le refus de l'émotion («un homme, ça ne pleure pas»), mais aussi l'esprit de compétition.

Être le meilleur, tout le temps... on peut blâmer la culture du présentéisme en entreprise; mais paradoxalement aussi, une forme de télétravail qui nous pousse à être actif partout, tout le temps!

Pour autant, si la société dans laquelle nous vivons a créé un terreau favorable au développement de l'épuisement, il serait malhonnête de ne blâmer qu'elle. Des facteurs individuels, psychologiques, managériaux, entrent aussi en compte dans le développement de l'épuisement.

Une maladie du «soi»

Dès les années 1970, dans la continuité des travaux du professeur H. B. Bradley (Université technique du Texas) l'épuisement est reconnu comme touchant avant tout les professionnels de la santé et du social. Découragement, cynisme et conduites agressives envers des personnes que l'on est sensé aider ont fait partie des premiers signaux d'alerte. Aujourd'hui encore, l'épuisement est sur-représenté chez les professionnels du soin et du contact au sens large: enseignants, soignants, travailleurs sociaux; mais aussi bénévoles d'associations, parents, policiers, employés de centres d'appels, chefs d'équipes...

Si l'épuisement a longtemps été une «maladie du soin», on peut aujourd'hui parler de «maladie du soi». L'épuisement, le burnout, naît d'une différence entre les ressources et les attentes d'un individu. C'est la maladie de l'effondrement de la psyché, mais aussi de la relation aux autres et à soi: quelqu'un qui s'épuise a perdu son «soi» et ne prend plus «soin» de lui.

Karoshi, jusqu'à la mort

Dans les années 1980, l'épuisement est entré dans le langage courant via les fameux yuppies caricaturés dans les séries télé comme drogués aux dopants, au café et parfois à la coke, rivés sur leurs trois téléphones portables.

Reconnu comme une psychopathologie du travail, l'épuisement est caractérisé en France par l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) comme le fait de «ne pas y arriver, être épuisé par un manque de ressources face à des exigences trop grandes». En médecine chinoise, on le traduirait par «un manque de Qi». D'ailleurs, dès la fin des années 1980, le gouvernement chinois a commencé les recherches et études autour du «karoshi»: la mort par épuisement au travail, le plus souvent par un AVC.

Dans J'arrête de m'épuiser ! : 21 jours pour prévenir le burnout, nous listons d'ailleurs les cas connus de personnes mortes d'un burnout ou de ses suites.

La guérison dans la cause

On dit «je m'épuise» avec un pronom possessif. Christina Maslach, psychologue récompensée pour ses découvertes autour de l'épuisement, a mis en place un test (le MBI) de mesure de l'épuisement: elle distingue l'épuisement émotionnel, la dépersonnalisation et l'accomplissement personnel. Près de 30 ans plus tard, ce test n'est plus forcément représentatif de la réalité quotidienne des personnes épuisées; mais ses recherches passionnantes servent encore de base à de nombreux managers.

Qui peut être épuisé?

• Professionnels du soin

• Cadres, employés pressurisés

• Travailleurs au rythme difficile

• Mères et pères au foyer, femmes enceintes, aidants familiaux

• Grands voyageurs, chefs d'entreprise, managers, professions libérales, ouvriers manuels

• Employés «au placard» ou sous pression, personnes au chômage qui peuvent subir des phases de boreout (l'épuisement par l'ennui, littéralement)

• Jeunes retraités submergés par leurs nouvelles activités ou déphasés

Bref, 100% de la population, active ou non, peut être sujette à un épisode d'épuisement professionnel.

Ce que le burnout n'est pas

La dépression.

La dépression nerveuse, sous toutes ses formes (du post partum, par exemple) est un trouble mental, classé en psychiatrie. Elle se caractérise entre autres par la perte d'envie, et nécessite des soins médicaux et psychiatriques rapides.

La fatigue chronique.

Contrairement à l'épuisement, gradué et marqué dans le temps, la fatigue chronique (aussi appelée encéphalomyélite myalgique) se niche dans la durée. Ses causes sont encore débattues par les professionnels de la médecine, mais la fatigue chronique survient sans raison apparente sur des sujets équilibrés, suite à une infection virale qui perdure (grippe, par exemple).

Les séquelles de problèmes de santé liés au sommeil.

Si vous avez par exemple une mononucléose, vous aurez beau suivre ce programme, il ne vous guérira malheureusement pas.

Comment reconnaître un burnout?

Les personnes ayant traversé un burnout font état de différents signaux avant-coureurs. Philippe Zawieja, auteur de Le Burn Out, indique que les experts font état de 130 symptômes différents. Dans notre pratique, nous avons tout de même noté des signes communs comme:

• Découragement, perte de motivation ou de sens, cynisme

• Des micro-pertes de mémoire

• Une perte de cheveux

• Une hypersensibilité soudaine

• Des douleurs dorsales

• Une difficulté à trouver le sommeil

Au demeurant, le burnout se caractérise par des phases identifiés. L'épuisement complet, l'effondrement, est précédé par un burn-in, que nous décrivons dans J'arrête de m'épuiser ! : 21 jours pour prévenir le burnout, période où l'individu se brûle, se consume de l'intérieur en s'épuisant et en tirant comme jamais sur la corde. Il est important de bien connaître ces phases pour les identifier et prendre en charge le burnout à temps.

Le burnout est d'ailleurs caractérisé par une perte totale du contact avec ses propres besoins, c'est pourquoi nous avons joint au livre J'arrête de m'épuiser une batterie cartonnée à colorier, pour rester en permanence en lien avec son propre niveau d'épuisement.

Bien évidemment, consulter un médecin, un psychologue, un médecin du travail, un syndicat, etc., peut aider à poser les bonnes questions. Dans le cadre d'un burnout, les questions sont importantes... mais les réponses sont en vous.

Êtes-vous en crise? Besoin d'aide? Si vous êtes au Canada, trouvez des références web et des lignes téléphoniques ouvertes 24h par jour dans votre province en cliquant sur ce lien.

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