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L'ère du prêt-à-jeter

15/04/2017 08:37 EDT | Actualisé 15/04/2017 08:38 EDT

Quiconque s'est aventuré dans les avenues sinueuses de l'application Tinder se reconnaîtra probablement dans cette histoire. Et acquiescera: même quand ça pourrait être simple, c'est finalement assez compliqué.

Un beau samedi après-midi, tu swipes innocemment sur ton divan.

Le soir même, tu sais que tu sors.

Tu jases avec un gars. Tout ce que tu connais de lui, c'est sa face. Peut-être son corps, sa chanson pref, son âge et jusqu'à quel point il peut débarquer chez vous rapidement.

«Qu'est-ce que tu fais de bon ce soir?»

Il s'établit entre vous un accord tacite: vous finirez la soirée ensemble, aussi tard finira-t-elle.

Tu vas le rejoindre à son party. Évidemment, tu ne rentres pas. T'es pas rendue là dans les privilèges. Anyway, tu es pas mal sûre de jamais t'y rendre.

Vous rentrez chez lui.

Il te prend le visage entre les mains et te trouve belle en crisse. Il n'arrête pas de te le dire. Il t'embrasse intensément et trippe sur toutes les parties de ton corps, particulièrement tes fesses. Il n'arrête pas de te le dire. Vous faites l'amour. (Ou plutôt vous baisez, c'est plus prudent.) Plusieurs fois. Entre les fois, vous vous collez, vous écoutez de la musique, ça clique. Il y a de la complicité. Il n'arrête pas de te le dire.

Le lendemain, tu lui dis «J'aimerais ça qu'on se revoit». Sans grande intensité, super relaxe, et fucking honnête en fait. C'est simple et franc. Lui, tu as le sentiment qu'il capote et qu'il a plutôt entendu «Je pense que je suis en amour avec toi.»

Tout ce que tu veux, c'est revivre le plaisir que t'as eu la nuit d'avant.

Tu le sais que c'est juste pour le cul, il part vivre en Afrique pour 1 an... dans 3 mois. Tout ce que tu veux, c'est revivre le plaisir que t'as eu la nuit d'avant. Parce que dans le monde du célibat, si tu «put yourself out there» rien qu'un peu, ça arrive très rarement des rencontres que t'as le goût de revoir. Même si c'est juste pour le cul.

Vous échangez vos numéros. Mais ça, ce n'est jamais gage de suite.

Dans la semaine qui suit, tu le textes. Ça a cliqué. Il n'arrêtait pas de te le dire.

Pas de réponse.

Le temps passe. Tu as d'autres chats à fouetter et d'autres gars à fourrer. (Ok, c'est cru, mais ça faisait stylé deux verbes en F.)

Un mois plus tard, tu lui écris, parce que tu en as marre de ceux-là et que tu te souviens avec frissons de l'autre.

«By the way jeune homme, je ne voulais pas te marier. Juste avoir du fun.»

Il te répond... sur Tinder. (WTF? Alright... y t'avait supprimée.)

Y'est triste que tu sois à 214km de lui.

Vous vous retextez. C'est chill.

Un beau lundi soir, ça devient chaud. À ce niveau-là, on appelle ça des sextos.

Tu joues la game. Y'a même quelques photos coquines qui s'envoient.

«Esti que je te fais l'amour cette semaine!!!

T'es trop sexy, tu m'excites tellement!

J'ai vraiment hâte que tu me [complétez la phrase].»

Tu comprends qu'il veut te revoir. C'est légitime.

La semaine passe. T'es occupée.

Samedi soir arrive. T'es avec des amis dans un bar, tu danses.

Tu l'as texté en après-midi, et t'attends qu'il te réponde, mais tu ne checkes pas ton cell aux 2 secondes non plus. T'es relaxe et t'es même fière de toi d'être aussi détachée.

Et là, parce que parfois la vie c'est comme dans les films, tu le vois au loin. T'avais vu son derrière de tête plein de fois, mais là tu vois enfin son devant. Ça te traverse l'esprit, même si tu veux pas... esti il m'a sûrement vue et y'est pas venu me voir.

Tu vas le voir. Tout son non verbal crie qu'il ne veut pas te voir.

Tu t'approches de son oreille pour lui parler, il recule de 15 pieds.

Tu ne comprends rien. Tu lui demandes s'il a reçu ton texto, même si tu sais bien que oui; parce que non, il n'y a JAMAIS de textos perdus.

«Ouais ben j'ai enlevé mes notifications.»

Yeah, right. Tu vas me dire que la Terre est carrée aussi, et tu penses que je vais te croire.

Excuse de marde, t'aurais pu être plus créatif.

«Écoute, on va arrêter ça là.»

- Ok... (dis-tu tout en repensant à votre dernière conversation assez... convaincante).

«Je pars anyway.»

Tu fais comme si tu ne l'avais pas entendu, parce que tu veux qu'il le répète.

Parce que tu comprends que c'est peut-être JUSTE pour ça qu'il te rejette de même, comme un lâche, sans s'assumer.

«Non non, rien. On va arrêter ça là.», dit-il en reculant de 15 pieds encore.

Y'a pas eu les couilles finalement de le répéter. Tu veux lui dire une dernière chose.

- Je sais que tu pars. Je voulais juste avoir du fun avec toi.

Tu t'en vas avant d'y laisser ta dignité et qu'il écrase encore plus ton orgueil entre ses mains.

Bienvenue dans le monde du prêt-à-jeter, jeune femme.

Non, y'a rien à comprendre.

Et oui, t'as le droit d'avoir mal.

Même si c'était juste physique.

Un rejet, ça reste un rejet.

Même par le pire des cons.

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