Maripier Isabelle

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Frais de scolarité: Quel enjeu au coeur du débat?

Publication: 11/04/2012 08:32

Le débat sur la question de la hausse des droits de scolarité au Québec a pris une tangente qui me fascine. J'ai vaguement l'impression que les tenants du gel tentent d'en faire un combat dogmatique duquel les deux véritables enjeux -- la qualité du réseau universitaire québécois et son accessibilité -- sont évincés.

Une formation de qualité pour les étudiants québécois

D'une part, la question de l'avenir du réseau universitaire, et de la qualité de la formation est complètement occultée par les porte-parole étudiants appelés à s'exprimer sur la question. Pourtant, il s'agit bien là du noeud du problème, non? S'assurer que nos établissements universitaires sont en mesure d'offrir des services à la hauteur du potentiel des Québécois.

Il est d'autant plus dommage, qu'il soit devenu si difficile d'aborder la question de la qualité de la formation universitaire sans se faire taxer de prôner la marchandisation de l'éducation. Pourtant, la société en général assume plus des trois quarts du coût des études d'un universitaire, choix collectif que personne, d'ailleurs, ne remet fondamentalement en question. Mais est-il possible de dire qu'il est inacceptable que les Québécois ne disposent pas pour apprendre et se former d'aussi bons outils que les autres étudiants en Amérique du nord ou en Occident? Je regrette, au Québec, l'éducation n'est pas un bien ou un service ordinaire. On ne « s'achète pas un diplôme », lorsqu'on fréquente l'université. Par contre, on peut, à la hauteur de nos capacités, contribuer à faire en sorte que les meilleurs enseignants et chercheurs choisissent notre réseau d'éducation supérieur, à ce que nous puissions apprendre dans des classes qui ne sont pas surpeuplées et à l'aide d'outils technologiques adaptés à nos ambitions de recherche. Et manifestement, le gel des droits de scolarité et la gratuité scolaire sont des entraves majeures à l'atteinte de ces objectifs.

L'accessibilité?

D'autre part, alors qu'on disait du côté des associations étudiantes, il y a quelques mois, réclamer un gel des droits de scolarité pour assurer que chacun, peu importe ses moyens, ait accès à l'université, on rejette aujourd'hui toute autre solution permettant d'atteindre le même objectif. D'une bataille au nom de l'accessibilité, notamment pour les plus démunis, on s'est engagé dans un combat

Le gouvernement a, jeudi dernier, annoncé que tous les Québécois provenant d'une famille gagnant moins de 100 000 $ (ce seuil était avant de 60 000 $) auraient accès à l'aide financière aux études. En instaurant un remboursement proportionnel au revenu (RPR), il a également garanti à tous les étudiants qu'ils pourraient rembourser leurs prêts étudiants à leur rythme, en fonction de leurs revenus de travail après l'obtention de leur diplôme. Dorénavant, avec le RPR, l'étudiant a l'assurance de retirer les bénéfices de l'investissement que représente son passage à l'université, alors que l'État assume le risque que ce même investissement en éducation universitaire ne génère pas les gains attendus. Tout cela, sans compter la bonification des bourses offertes aux étudiants les plus vulnérables annoncées dans le budget 2011-2012 du gouvernement.

On pourrait difficilement imaginer comment attaquer l'accessibilité au réseau universitaire québécois, sachant que ces mesures éliminent toute barrière financière ou psychologique aux études supérieures.

Donc...?

J'ai du mal à comprendre quels enjeux dictent le changement de discours sous-tendant les revendications des associations étudiantes. Certainement pas la qualité de la formation universitaire des Québécois, ni son accessibilité.