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Perdant-perdant?

26/02/2013 05:38 EST | Actualisé 28/04/2013 05:12 EDT
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J'ai été un observateur attentif du Sommet sur l'enseignement supérieur qui vient de se terminer. On le comprendra facilement, de par mes fonctions et ma pratique professionnelle, je ne voulais rien manquer des discussions et des échanges.

Le dernier tour de table des représentants des organisations invitées me semblait assez révélateur du climat en place au sortir de l'événement. Personne ne semblait satisfait des résultats.

Je reconnais facilement que sur la question des droits de scolarité, aucun consensus n'était envisageable. Les associations étudiantes et les organisations syndicales qui occupaient plusieurs des sièges autour de la table travaillaient pour une utopique gratuité universitaire (passant, ou pas, par un gel des droits). Les administrations universitaires et les milieux d'affaires penchaient quant à eux pour une augmentation substantielle des droits de scolarité. Le gouvernement a tranché pour une indexation qui couvre les effets de l'inflation (revenu disponible des familles). Tout le monde est insatisfait.

Sur les autres sujets abordés, la trouvaille du Sommet se nomme «chantiers». Il y en aura cinq.

L'horizon de la fin de ces travaux semble être pour 2018-2019. En attendant, pour les deux prochaines années de ce gouvernement (qui ne fera pas deux ans), ce sont des coupures de 250 millions qui attendent la communauté universitaire. Et je ne parle pas de celles en recherche qui sont aussi maintenues. Autre source d'insatisfactions...

Parmi les sujets sur lesquels aucune discussion ne sera possible dans ces chantiers, il faut nommer la modulation des droits de scolarité selon le coût de formation de chaque programme. Dans 59 des 60 juridictions en Amérique du Nord, on fonctionne de cette façon, mais le gouvernement du Parti québécois ne souhaite pas en mesurer les tenants et aboutissants. J'écoutais le recteur de l'Université de Montréal dire que les facultés de médecine de nos universités québécoises disposent actuellement de la moitié des fonds de celles du reste du Canada pour former nos médecins; rien ne s'améliore sur ce front, au sortir de ce Sommet.

Les étudiants ne l'admettront probablement pas, mais ils ont beaucoup gagné dans la dernière année par leur lutte de tous les instants. Même si leurs porte-parole ont exprimé beaucoup d'amertume sur la proposition qui souhaite rétablir la «paix sociale», il y aurait lieu de mesurer l'ampleur des gains obtenus. Lundi soir, j'entendais Martine Desjardins de la FEUQ dire que selon elle «les étudiants ont le monopole des poches» dans lesquelles l'État puiserait et c'est profondément injuste. Les contribuables (dont 70% n'ont pas accès à l'université et n'étaient pas présents autour de la table du Sommet) absorberont une large part de la note, au fil du temps.

Cela dit, les étudiants se sont beaucoup affirmés depuis deux ans et il faut reconnaître leurs importantes contributions aux débats sur l'enseignement supérieur. Le dialogue constructif et les échanges de points de vue divergents doivent se poursuivre, en tenant pour acquis que ceux qui ne cherchent que la confrontation seront de plus en plus isolés.

On repousse néanmoins plusieurs décisions qui se devaient d'être prises à l'occasion de ce Sommet. Place à la formule «des chantiers» sur laquelle le cabinet de Mme Marois mise beaucoup. La nouvelle structure imaginée par le gouvernement n'est pas créée que déjà on pavoise sur son effet. Pour preuve, je cite un membre de ce cabinet s'exprimant sur Twitter pour qui le Conseil national des universités a déjà tout réglé: «Une meilleure cohérence dans le réseau universitaire et moins de bureaucratie».

Pour ma part, deux sujets continueront de me captiver dans les prochaines semaines sur ce thème de l'enseignement supérieur.

Je ne manquerai pas de m'appuyer sur le Rapport d'étape de la mission Aghion pour continuer de réfléchir sur les leviers pouvant mener vers l'excellence universitaire que sont le développement de l'autonomie, l'accroissement des moyens et le recours aux incitations.

Aussi, dans le contexte d'un billet déjà publié sur ce blogue sur la gratuité des contenus universitaires, je persiste à croire que le savoir est plus accessible et facilement transmissible que jamais. Les universités et les grands spécialistes se délocalisent, il faut le constater. Avec l'arrivée des MOOC, dans la foulée des initiatives du genre de celle du MIT, l'accessibilité aux savoirs est devenue totalement gratuite. Un étudiant qui veut s'instruire pourra le faire par lui-même s'il dispose d'une connexion Internet.

Dans ce contexte, il devient impératif de valoriser les meilleurs programmes des universités du Québec. Dans un avenir proche, l'excellence de notre recherche rayonnera partout dans la francophonie, et ailleurs, grâce à cette libre circulation des contenus.

Une approche basée sur la modulation des droits de scolarité permettrait de trouver des formules originales et performantes, très adaptées aux programmes d'études, partout en province, pour offrir aux étudiants des formations reconnues et accessibles.

Il importe de se positionner avantageusement dans le nouvel écosystème universitaire, qui devra conjuguer excellence et accessibilité.

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