Mario Asselin

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La gratuité des contenus universitaires est peut-être à nos portes !

Publication: 15/01/2013 08:54

Je reviens de France où ma pratique professionnelle m'a mené jusque dans le Vercors pour traiter de l'arrivée des jeunes nés avec la présence d'Internet dans les universités et sur le marché du travail. Ma synthèse de ce séminaire de deux jours est disponible sur mon blogue personnel ainsi que d'autres billets à propos de ce séjour outre-mer.

Nous étions deux invités hors de la France à Villard-de-Lans. Art Langer de l'Université de Columbia a donné une belle leçon d'humilité à tous les francophones en attirant notre attention sur l'offre abondante de contenus universitaires ouverts et gratuits qui foisonne actuellement sur La Toile. « Ne bougez pas mes amis francophones, nous les anglos sommes prêts à accueillir tous les étudiants qui cherchent à s'instruire via nos plateformes riches en contenus et propices aux apprentissages » !

Évidemment, au-delà de cette amicale provocation, il y a un fait : les Moocs anglophones connaissent un énorme succès populaire et aucun équivalent ne se pointe à l'horizon dans la langue de Molière. Résultat : à l'image du peu de présence du contenu en langue française sur le Web à l'échelle mondiale, les universités de la francophonie sont en train de rater le virage numérique et les conséquences risquent d'être désastreuses.

Absent sur le radar du fameux Sommet sur l'enseignement supérieur et pas plus présent en terme de planification stratégique à l'échelle du gouvernement du Québec, les possibilités d'apprendre autrement que dans le seul "lieu classe" ne semblent pas préoccuper ceux qui réfléchissent actuellement à l'avenir de l'enseignement supérieur. La remise en question des Cégeps ou les escarmouches à savoir qui établira le plus gros rapport de force sur l'ampleur à prévoir des frais de scolarité à l'université dans le futur proche est à l'avant-plan.

Un MOOC c'est un des leviers de transformation les plus percutants de l'enseignement supérieur, actuellement. Les Massive Open Online Course sont d'abord une extension du principe de la mise en ligne des contenus de cours en salle de classe (dont le MIT fut le précurseur) et ensuite une mise en commun des ressources et des échanges entre participants. Un prof de l'Université de Montréal a récemment suivi un cours dans ce type d'environnement en compagnie de dizaine de milliers d'autres étudiants et témoigne de sa satisfaction.

Pendant qu'on s'escrime sur la gratuité scolaire au Québec, les contenus des cours sont déjà gratuits sur les plateformes Coursera (1,900,000 étudiants et plus de cent cours), EdX (370 000 étudiants et sept cours) et Udacity (250 000 étudiants et 15 cours). Qu'est-ce qui empêche les universités au Québec de prendre un leadership dans ce domaine ? Pourquoi ne pas prévoir avec d'autres universités ailleurs sur la planète francophone une offre à trois paliers dans l'esprit du modèle Freemium - le service est gratuit et l'accès à des services premium est payant ?

  • Un premier niveau où l'accès aux contenus resterait gratuit.

  • Un deuxième où la reconnaissance de la participation d'un étudiant à des activités d'apprentissage et de leur régulation serait à un coût fixe.

  • Un troisième où la reconnaissance des acquis de formation d'un étudiant et la participation à des activités d'évaluation formative et sommative serait à des coûts qui varieraient avec le type d'encadrement privilégié et la nature des diplômes obtenus.

Il faut mettre à contribution les profs d'universités et les recteurs dans cette réflexion à faire pour arriver dans l'ère numérique. Il faut intéresser les associations étudiantes à ce débat qui pourrait leur permettre de mettre à profit leurs convictions militantes en les alliant à leur profond désir d'une formation universitaire de haut niveau.

Cessons de perdre du temps sur le modèle existant des études supérieures d'ici, alors qu'un nouveau modèle est en train d'émerger sous nos yeux, ailleurs.

Construire notre propre modèle d'enseignement dans le supérieur francophone ne serait-il pas la meilleure façon de relever le défi posé par Art Langer ? Permettre à un étudiant d'une université d'attache de suivre le meilleur cours disponible en français des meilleurs professeurs d'université présents en ligne et ayant partagé leur contenu sur des dispositifs ouverts ne constituerait-il pas une vraie avancée ? À quand la publication dans ces mêmes dispositifs ouverts et gratuits francophones des résultats des recherches de nos professeurs émérites ?

Alan Kay disait que « Le meilleur moyen de prédire le FUTUR est de L'INVENTER ».

Il nous faut être plus originaux et innovateurs. S'enfermer dans nos chicanes improductives pendant qu'ailleurs on collabore et on innove pourrait nous perdre.

Veut-on vraiment que nos enfants puissent continuer d'étudier et être diplômés dans des universités qui offrent une formation en français de très haute qualité ?

Cessons d'encourager un modèle d'enseignement universitaire qui encapsule les savoirs et qui se complaît dans la délocalisation de ses bâtiments au lieu de favoriser le partage de ses connaissances et de son savoir-faire !

L'heure n'est plus aux investissements dans le béton.

Le « lieu classe » a encore beaucoup d'avenir pour l'enseignement, mais le tout-le-monde-dans-un même-lieu-en-même-temps a atteint ses limites. Il faudra mieux tenir compte de tout ce qu'on peut mieux faire « hors classe » - et à son heure - pour bien apprendre, voire mieux apprendre.

Inspiré par la "dynamique de classe inversée" et par des projets comme Khan Academy, je propose de cesser de conduire le futur de l'enseignement supérieur les yeux rivés au rétroviseur qui ne nous montre que nos façons de faire du passé - dépassés.

J'adresse mon message livré à Villard-de-Lans aux organisateurs du Sommet sur l'enseignement supérieur...

« Les institutions universitaires doivent réagir de manière intelligente à la tempête parfaite, elles doivent revoir leur vision pédagogique et leur modèle d'affaires pour mieux influencer en réinventant la façon dont les profs et les étudiants interagissent dans leur campus qu'ils soient numériques ou patrimoniaux !

* Sur ce sujet, point de vue intéressant de Jean-Pierre Proulx.

 

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11:42 sur 14/02/2013
Bonjour,
j'ai relayé vos info sur : http://bit.ly/YaWQ7P , je me permets également de vous informer de :

Letter to the rectors of European universities by Antonin Artaud (fr-angl)
4 pages Publié par Frans Tassigny
I say that for a company (its values, these "modes of thought") is fair, it is not enough to ensure equality of rights guaranteed by the law among citizens. It should seek to institutionalize de facto equality by ensuring, inter alia, that the school system as schools of psychoanalysis (also true for analysts already in training) actually allows a student as a result of a class analysis disadvantaged access to a career suited to his talent ...F.Tassigny sur : http://fr.calameo.com/books/00134338809fe1bf3c817

merci de votre écoute

cordial

ft
05:41 sur 10/02/2013
Il y eut les cours par correspondance postale dès la fin du dix-neuvième siècle, des cours radiophoniques dès les années 1930, des cours par télévision et par disque dès les années 1960. Il y eut même Radio Collège, gratuit et en français, tandis que tout le monde possédait un poste de radio. Aucun de ces moyens n’a remplacé l’enseignement universitaire traditionnel, un maître et des élèves, qui est en place depuis le Moyen Age. Les cours gratuits par internet ne peuvent d’ailleurs concerner que les cours d’introduction, surtout théoriques, aux matières à l’étude. Ils permettent au mieux de décerner de courtes formations tels que des certificats. Ils ne se prêtent absolument pas à des spécialités telles que la médecine et la dentisterie, des sciences de la nature telles que la chimie et la biologie, des arts tels que la peinture et la musique. Ces matières requièrent un enseignement pratique ! Un étudiant en médecine doit bien se pratiquer sur des dents réelles. Un étudiant en chimie doit bien manipuler des composés pour les faire réagir. Un étudiant en musique doit bien jouer de son instrument. Je doute que cela soit possible via internet avec 100 000 étudiants par cours. Enfin, pour en finir avec la gratuité des cours sur internet : les universités américaines qui offrent ces cours sont richement dotées par des fonds privés à hauteur de centaines de milliers de dollars.
11:05 sur 18/01/2013
Tous les cours universitaires donnés au Québec devraient être accessible sur la toile en vidéo (exemple Henri Gueillemin) pour les étudiants libres. On pourrait le faire avec les autres pays Francophones ça réduirait les coûts. Est-ce que cela existe chez les anglophones, moi je n'ai encore rien vu de tel (seulement des cours écrits ou audio avec diapositives à l'appui).
Les corpos bloquent le progrès comme d'habitude, ils ont peur de perdre des étudiants réguliers; or, au contraire ils en attireront de nouveaux. Bientôt, une université anglophone évidemment va le faire et se sera pour les francophones un autre instrument d'assimilation.
Alors que nos bureaucrates universitaires se bougent un peu et cessent de se trouver des raisons pour ne pas innover.
11:49 sur 16/01/2013
Dans le débat qu'annonce le Sommet, il sera important de rappeler, en effet, que l'enseignement supérieur va être transformé radicalement par les technologies de communication. Mais le Québec n'est pas en retard à ce chapitre. Cette année seulement, 18 000 étudiants de la TÉLUQ se seront inscrits colllectivement à plus de 36 000 cours universitaires à distance et en ligne. Et la TÉLUQ n'est pas seule à offrir "autre chose" aux étudiants. Le Cegep@distance offre les programmes du collégial et d'autres universités ont emboîté le pas de la formation à distance, notamment Laval et Concordia.

Cela dit, rien n'est "gratuit". Les MOOC's sont offerts gratuitement, il est vrai, mais les grandes universités et des investisseurs audacieux assument présentement les coûts. On verra la suite.
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Cbien
23:15 sur 15/01/2013
La gratuité va nous couter beaucoup de $$$$ Où seront les sous pour garder et/ou attirer un haut niveau de prof?
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Franois Ricard
François Ricard
18:00 sur 15/01/2013
En éducation, il faut faire une distinction très nette entre stratégie, tactique et média.
Au niveau de la stratégie, il y a deux modes possibles: l'apprenant est seul dans le processus d'apprentissage ou il est avec d'autres
Au niveau des tactiques, nous retrouvons l'exposé par un maître, l'enseignement numérisé(programmé), le jeu de rôle, le cas pratique,
Pour les médias, nous en avons toute une panoplie: tableau noir, tableau blanc, cahier, livre, télévision, ordinateur, etc...
Il y a des modes qui nous viennent à certains temps.
À la fin des annés '50, apparaît la machine enregisteuse. Alors on s'est mis en t^te que la machine pourrait remplacer le maître.
À la fin des années 60, la télévision fait son apparition dans les salles de cours. On a alors cru que la télévision ferait tout dans le domaine de l'apprentissage. Le maître ne deviendrait qu'un aide à la machine.
Puis apparut le rétroprojecteur. Quelle découvert. Il fallait s'en servir à toutes les sauces.
Puis maintenant l'ordinateur. Le prof par excellence.
Pourtant l'ordi ne demeure qu'un outil. Un outil formidable certes. Mais un média qui ne saurait être ni une tactique ni une stratégie. Une nouvelle mode qui offre des possibilités extraordinaires. Mais il demeure un outil, un outil qu'il faut apprivoiser pour en retirer un maximum de rendement.
Alors ne mettons pas nos profs à la porte trop vite.
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Laurence Jacques
le rire est le plus beau son de la nature
13:55 sur 15/01/2013
J'aimerais avoir l'opinion de quelque étudiants, pour savoir ce qu'ils en pensent de ça??? Moi, je ne peux rien dire parce que je ne suis pas dans les Universités d'aujourd'hui, c'est-à-dire 2011-2012-2013.
12:06 sur 15/01/2013
A-t-on déjà oublier l'existence des bibliothèques? Le «contenu universitaire» n'y est-il pas accessible depuis belle lurette? Quant à l'idée complètement absurde du «meilleur cours donné par le meilleur prof», elle n'est rien d'autre qu'une vue de l'esprit créée par des administrateurs en mal de bonus. La diversité des paradigmes dans toutes les sciences en est la parfaite illustration. L'homogénéisation des contenus ne peut qu'amener une standardisation des esprits nuisible à l'innovation. Valable peut-être pour quelques cours dans quelques disciplines, mais sans plus. Cela dit, je ne m'étonne pas de voir un autre Canadien-français s'extasier devant une «révolution» venue des States, à fortiori du M.-I.-T (peuple à genoux, attends ta délivrance). Si c'est Américain pis que c'est nouveau, ça doit être meilleur, non?
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Ankou
11:49 sur 15/01/2013
Il y a un accès au contenu qui est facilité par les outils informatiques c'est tout à fait exact mais, parce qu'il y a un gros mais, un ordinateur ne peut se substituer à l'interaction directe entre le prof et l'étudiant. Plus le niveau est élevé, plus l'interaction est nécessaire et enrichissante. Une des forces du système universitaire Québécois est justement cette grande accessibilité aux professeurs comparés à l'Europe. A toujours vouloir faire des révolutions pédagogiques, on a perdu de vue l'essentiel, la pédagogie est surtout une interaction entre deux individus un prof et un étudiant. on ne peut pas faire l'économie de la relation humaine sous-jacente.
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Franois Ricard
François Ricard
18:38 sur 15/01/2013
Mais vous savez la CAQ aime innover: l'abolition des Commissions scolaires, l'abolition des CEGEP et maintenant l'abolition des Professeurs.
Si jamais la CAQ propose l'abolition de l'Assemble nationale, je joins ses rangs.
11:07 sur 16/01/2013
Si vous avez compris de ce texte qu'il prône l'abolition des professeurs d'université, je vous demande de le relire. La "matière" des cours viendra encore et encore des profs et des chercheurs. Leur rôle d'accompagnateur (pensez maïeutique, Aristote, accouchement des idées) sera au coeur de la relation entre étudiants et Facultés. Enseigner, ce n'est pas que se placer en posture "Je parle et tu écoutes". La pédagogie universitaire est tout simplement interpelée... c'est tout !