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Pendant ce temps, la Terre agonise

12/01/2015 10:43 EST | Actualisé 14/03/2015 05:12 EDT

Si j'avais eu à publier une caricature la semaine dernière, j'aurais dessiné d'un côté des gens qui font la queue pour acheter la énième version du «iBidule» à la mode, et de l'autre, des montagnes de détritus électroniques et des enfants du tiers monde assis dessus en train de faire le tri. Au-dessus, j'aurais écrit «plus dangereux que le terrorisme». Vous m'auriez probablement détestée. Heureusement, je n'arrive à dessiner que des bonhommes allumettes...

Et pourtant, plus que la liberté d'expression ces jours-ci, il me semble que c'est la pérennité même de la vie sur cette planète qui est menacée par la méchante bande de terroristes que nous sommes, nous, les consommateurs effrénés occidentaux.

Encore une fois, à l'approche des Fêtes le mois dernier, j'ai vu les gens se ruer comme des bêtes dans les magasins pour acheter des tonnes de cadeaux, supposément pour faire plaisir, à mon avis davantage pour être aimés. Patrick Lagacé a d'ailleurs écrit une excellente chronique à ce sujet. De mon côté, en bonne simpliciste volontaire, je me suis limitée à quatre cadeaux : trois usagés pour mes neveux-nièce et une bouteille d'alcool dans un échange de cadeaux.

Et puis, surtout, j'ai profité de mes vacances des Fêtes pour regarder le documentaire «Prêt à jeter ou l'obsolescence programmée», initialement présenté sur la chaîne franco-allemande Arte en 2011. Le film met bout à bout tout ce qui nous plane au-dessus de la tête et que nous réussissons brillamment à écarter de notre esprit jour après jour, un peu comme l'idée de notre propre finitude. C'est bien commode. Pourtant, faire du déni n'a jamais permis d'enrayer l'inéluctable et les habitants des pays développés me font penser ces jours-ci à des autruches bien bêtes.

Je crois de tout cœur que chacun devrait prendre une heure de son précieux temps pour visionner ce documentaire. L'effet est saisissant. On y remonte au début de l'ère industrielle, puis, au premier cartel prônant l'obsolescence programmée (conception de produits comprenant des fragilités délibérées), celui des ampoules électriques. Autrefois d'une durée de vie d'un minimum de 2500 heures, les différents fabricants se sont entendus en 1924 pour limiter ce chiffre à 1000 heures, une belle façon de nous en faire acheter toujours plus. Après tout, un produit qui dure, c'est un suicide commercial, n'est-ce pas? L'idée était lancée.

Si au moment de créer l'obsolescence programmée dans les années 20, les industriels n'avaient pas en tête l'écologie, le fait est que ce système perdure aujourd'hui, malgré tout ce que l'on sait. Et ça, moi, c'est ce qui m'empêche de dormir.

Pire, aux imprimantes et autres laveuses programmées pour ne plus fonctionner après tant d'usages, s'ajoute l'obsolescence que j'appelle «sociale», soit la capacité pour les firmes comme Apple et cie de vous faire désirer de nouveaux produits dernier cri, plus beaux, toujours plus attirants, aux 6 à 18 mois, rendant obsolètes des appareils pourtant encore fonctionnels.

D'ailleurs, vous ne vous demandez jamais où vont tous vos déchets électroniques? Dans le documentaire, on voit l'un des points de chute des déchets électroniques occidentaux, au Ghana, en Afrique. Les enfants défavorisés font brûler les gaines en plastique des câbles d'ordinateurs pour récupérer le métal. Les fumées noires et toxiques qui s'en échappent sont inhalées à pleins poumons. J'ai pleuré en voyant ces détestables images d'une poubelle du monde à ciel ouvert, surtout quand un ancien vient témoigner à l'écran de la beauté des lieux jadis, avant que nous leur envoyions toute cette merde.

Pour la suite du monde

Nous ne pouvons attendre que ce système change, il est trop bien huilé et une poignée de nantis a intérêt à ce que se poursuive l'économie du gaspillage et de la surconsommation dans laquelle nous sommes engagés. Le changement doit venir de nous, de décisions individuelles.

J'appelle de tous mes vœux une prise de conscience collective, un réveil de chaque citoyen, désormais d'abord et avant tout consommateur (et dindon de la farce si vous voulez mon avis). Sachez que les Canadiens sont parmi les ménages les plus endettés au sein des pays de l'OCDE, à 164,1% de leurs revenus disponibles, en moyenne. Je rêve que chacun décide de dire: «Non, c'est assez!» :

Non à tout ce matériel dont je n'ai pas besoin pour vivre,

Non aux après-midis passés (perdus) dans les magasins,

Non à cet immense 4x4 dont je n'ai pas besoin pour me déplacer en ville,

Non à ces 30 paires de chaussures, 28 chemises et douze pantalons, que je n'userai jamais de mon vivant,

Non au plus récent modèle de : téléphone, téléviseur, ordinateur portable, tablette, etc.

Et je rêve que chacun se dise oui, à lui-même, et à nous collectivement :

Oui je vais passer du temps en famille au lieu de chercher à combler un vide en achetant toujours plus (et en m'endettant),

Oui je ne gaspillerai plus de nourriture, ni quoi que ce soit;

Oui je vais me déplacer en transport en commun désormais, ou en vélo, ou en co-voiturant,

Oui je vais contribuer à diminuer la pollution en achetant des biens usagés,

Oui je vais regarder ce tutoriel sur YouTube afin de réparer un bien avant de le jeter,

Etc.

En somme, je rêve d'un éveil collectif sous le signe de la simplicité volontaire.

La surconsommation et l'obsolescence programmée - mécanique ou sociale -, nous menacent tous. Sur une planète aux ressources limitées, le désir des manufacturiers d'adopter une logique de croissance illimitée est pure folie et inconscience. Pour le citoyen, le fait d'embarquer dans ce jeu et de consommer à outrance est dangereux, extrêmement dangereux. Le pouvoir de changer les choses est entre nos mains.

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