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Les gourous qui nous gouvernent

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On entend à tout vent que ça va mal, qu'il faut sabrer dans les dépenses de l'État, se serrer la ceinture, que chacun doit faire sa juste part et autres formules étriquées. Tout cela me laisse dubitative. Coudons, est-ce que ça va vraiment si mal que ça?

Laissez-moi vous rappeler un moment sombre de notre histoire économique, la fois où, vraiment, ça allait super mal : le krash de 1929. Difficile de faire pire hein... Et pourtant, qu'a fait le président Roosevelt à l'époque? Adopter des mesures d'austérité, sabrer dans les services donnés par l'État? Eh bien non, il a fait tout juste le contraire.

Il a plutôt injecté des fonds pour aider la population à remonter la pente : allocations aux chômeurs et agriculteurs, mise en œuvre d'une foule de travaux d'infrastructures pour relancer l'économie, fondation de l'assurance-chômage et d'un régime de retraite public, introduction d'un salaire minimum fédéral, réglementation du secteur financier, encadrement du secteur immobilier, etc.

Toutes ces mesures ont mis la table pour ce que l'on nomme «les trente glorieuses», trois décennies du XXe siècle, allant des années 1930 à 1970, durant lesquelles les États-Unis, première économie mondiale, et par extension le monde entier, n'a plus connu de dépression ni de récession économique.

J'avais entrepris de vous expliquer tout cela dans le détail lorsque je suis tombée sur cet excellent billet de l'économiste Pierre Fortin, qui résume parfaitement l'affaire.

Contrairement aux sociaux-démocrates comme Roosevelt, chaque fois que les néolibéraux prennent le pouvoir, l'économie fout le camp en récession et ça nous prend des décennies à s'en remettre. Leurs coupes entraînent une croissance des inégalités sociales, faisant d'un côté des riches toujours plus riches et de moins en moins nombreux et de l'autre des pauvres qui le sont de plus en plus et qui augmentent en nombre. Qu'on pense seulement à Margaret Thatcher, Ronald Reagan, ou, plus près de nous, à Brian Mulroney. Tous, leurs politiques économiques conservatrices et austéritaires nous ont collectivement menés à la catastrophe.

Et pourtant, quand je regarde ça aujourd'hui, je me dis que le conservatisme de Mulroney, c'est de la petite bière à côté de celui de Philippe Couillard, dont la croyance aveugle dans l'austérité, qui s'est dévoilée depuis la rentrée, tient davantage du dogmatisme idéologique que de la logique raisonnée.

Quand même le Fonds monétaire international (FMI), institution néolibérale s'il en est une, renonce à ses politiques austéritaires parce que ça ne fonctionne tout simplement pas, il y a de quoi être médusée et effrayée par l'entêtement aveugle dont fait preuve notre premier ministre.

Le manque d'humanité

Ce qui m'effraie le plus de ce premier ministre québécois que l'on dit une intelligence supérieure, c'est son insensibilité au «social». Oh, il est peut-être fort en thèmes, je ne doute pas qu'académiquement parlant, il a passé tous ses cours avec mentions : chimie, physique, mathématiques, you name it.

Le problème est ailleurs. Je ne crois pas que monsieur Couillard ait mangé du beurre de peanut lorsqu'il était étudiant, je ne suis même pas certaine qu'il ait déjà pris le métro ou l'autobus, alors imaginez sa sensibilité lorsqu'il est question des mères monoparentales qui peinent à boucler les fins de mois...

On l'a bien vu, les coupes en prévention à la Direction de la santé publique, la fin du système progressiste que constituent les garderies à tarif universel ou encore la fin de l'accessibilité aux femmes seules ou aux couples homosexuels au programme de procréation assistée démontrent parfaitement son manque de sensibilité aux situations humaines. Pas les colonnes de chiffes là, juste la réalité vécue par des centaines de milliers de Québécois.

Couillard erre en essayant d'enfoncer dans la gorge des Québécois son modèle austéritaire néolibéral où l'on tronçonne ce qui reste de notre filet social. Il ferait mieux de se tourner vers la social-démocratie scandinave (Suède, Danemark, Finlande...) - un modèle de justice sociale et de redistribution des richesses -, pour trouver l'inspiration pour améliorer le niveau de vie de ses concitoyens.

Certains diront que ce n'est pas réaliste, que l'on n'en a pas les moyens. Je vous répondrai qu'au contraire, la social-démocratie à la sauce scandinave est un modèle économique qui résiste aux crises économiques de bien meilleure façon que le modèle néolibéral.

Ainsi, en Suède, au lieu de donner l'argent des contribuables aux banques et de couvrir les pertes d'industries non compétitives, la réponse à la crise de 2008 a notamment été d'investir dans la recherche et le développement avec comme objectif de créer de nouveaux emplois, en plus de mener une politique d'embauche très active en mettant en place des formations continues.

Retenez le mot clé : I-N-V-E-S-T-I-R. Voilà ce qu'a fait Roosevelt dans les années 30 et ce que les pays scandinaves font de nos jours. On ne crée rien en coupant partout, on empire la situation. Prenez-en bonne note, M. Couillard.

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