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C'est Une Révolte? Non Sire, C'est Une Révolution!

23/05/2012 10:46 EDT | Actualisé 23/07/2012 05:12 EDT

Lorsque j'ai écrit le billet sur les lois intolérables de Stephen Harper en mars dernier, je ne me doutais pas que le gouvernement du Québec voterait une loi encore plus intolérable.

Quand le gouvernement Harper a été élu majoritaire, je me suis dit : « Ça va éclater! » Quand une grande part des citoyens ne se reconnaissent plus dans les idéologies des deux paliers de gouvernement, quand des leaders déterminés partent le bal, quand les artistes et intellectuels s'indignent, quand le clivage entre les générations s'agrandit, quand un gouvernement multiplie les maladresses et les insultes, on secoue un cocktail explosif. J'imaginais Jean Charest écrire « Aujourd'hui, rien » dans son journal après la grande marche du 22 mars, comme Louis XVI le jour de la prise de la Bastille. Un jour, on dira peut-être que Charest pensait mater une révolte alors qu'il était devant un embryon de révolution.

Je suis de ceux qui croient que ce sont les idées qui changent le monde pas les technologies, ni le fric, les idées! Et ces idées elles circulent depuis un bon moment déjà. Certains disent que les jeunes mêlent tout, mais même embrouillés, ils voient la faillite du système. Nés dans les années 90, nourris aux idées altermondistes, témoins des crises économiques, de la corruption et de l'état lamentable de la planète que les générations précédentes leur ont léguée, ils sont forcés de regarder plus loin en avant, au-delà de la crise actuelle et de la pensée à court terme de nos gouvernements.

Vous pouvez leur faire des leçons d'histoire, dire qu'ils sont trop radicaux, ils retiendront les idéaux bafoués, les rêves non réalisés. Ont-ils tort?

J'ai entendu des manifestants crier « Démocratie directe » et j'ai lu sur Twitter « Charest, extrême droite ». J'avoue que ça m'a donné très envie de retourner enseigner l'histoire au Cégep! Très envie de passer mes journées avec eux pour débattre des idées. Oui, débattre! On a souvent peur ici de débattre, je m'en suis rendu compte en vivant en France.

Je viens d'une famille où l'on évite le plus possible les sujets glissants. Mes grands-parents étaient des péquistes « purs et durs » et détestaient les riches. Aux dernières élections, ma grand-mère de 92 ans s'est tournée vers Québec Solidaire et elle casse les oreilles de ma mère avec la cause étudiante! Mes parents voulaient la paix et votaient pour les Libéraux, mais ma mère a voté orange aux dernières élections et elle tournera le dos aux libéraux aux prochaines élections. Il n'y a pas que les jeunes qui ne suivent plus les vieux partis!

Devant des forces opposées, je suis revenue de la France et des États-Unis, plus à gauche que je ne le serais devenue si j'étais restée ici. Je m'énerve contre mon frère dès qu'il a le malheur de parler de la bourse ou des gens qui ont réussi avec de grosses cabanes et des Lamborghinis.

Mais j'aime l'ouverture d'esprit de mon microcosme, parce que je connais plusieurs trentenaires qui se sont engueulés avec leurs parents au cours des dernières semaines. La crise actuelle a ça de beau, elle nous oblige à prendre position, à nous attaquer « aux vraies affaires ». Les lignes éditoriales des médias nous frappent, de plein fouet peu importe la grosseur de leur cahier week-end!

Cette crise nous permet aussi d'entendre des voix d'intellectuels trop souvent occultés derrière l'information spectacle. J'étais fière de lire la lettre des historiens dans le Devoir et je hochais la tête en lisant le texte de Marc Ouimet, J'ai le Québec en berne.

Remarquez que les gens de sciences humaines reprennent le haut du pavé quand on s'attaque aux fondements de notre société...

Lundi matin, après une nuit agitée au centre-ville comme dans ma tête, le texte de Christian Nadeau dans la vidéoUn grand tonnerre m'a fait l'effet de 20 expressos. Je garde cette vidéo comme source historique si j'ai le grand privilège d'enseigner aux prochaines générations turbulentes.

Au-delà des sondages, ce sont les images de la foule qui marchait aux côtés des étudiants au 100e jour de grève que nous retiendrons.

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