LES BLOGUES

Voter dans le champ

24/08/2012 02:29 EDT | Actualisé 24/10/2012 05:12 EDT
Flickr: Michael Behrens

Dans le film République, un abécédaire populaire d'Hugo Latulippe, l'intarissable Serge Bouchard lançait «Un historien qui va à Laval est très déprimé.» Je ne saurais dire si ce sont mes études d'histoire ou l'image que je me faisais des villes et de la mobilitédu futur qui me déprime le plus. Pourquoi s'entasse-t-on encore dans les villes et les banlieues? Comment se fait-il qu'il n'y ait toujours pas de trains rapides avec des pains au chocolat et du café pour sortir de la ville le samedi matin? Le temps s'est-il arrêté?

Lorsqu' Internet a commencé à se répandre, j'étais excitée à l'idée de pouvoir travailler de n'importe où. Fini les embouteillages, les troupeaux dans le métro, le smog, les appartements trop chers et les ascenseurs du centre-ville. Exit les banlieues dénuées de charmes, parsemées de centres d'achats et de boulevards Taschereau. Retour vers la campagne, vers les vrais hivers et les étés moins collants, l'air pur, les enfants qui grimpent aux arbres et les tartes aux pommes maison. La révolution industrielle a déraciné nos ancêtres de leurs terres, nous allions enfin profiter de la nature sans isolement, au sein de communautés dynamiques et ouvertes. J'étais pour ainsi dire, dans le champ! On estime que 70% de la population mondiale vivra dans des villes d'ici 2050.

Dans mes rêves futuristes,les grandes villes devenaient avant tout des lieux de loisirs et de culture que de travail. On s'efforcerait plutôt de développer des villes intelligentes à dimension humaine desservies par des transports ultras rapides et agréables. La ville de Québec a emboîté le pas, il reste à espérer que les « villes de province » continueront à germer.

Le monde du travail doit aussi s'adapter plus rapidement. Ici et là, on commence à comprendre doucement que le télétravail et la réorganisation des heures de travail sont bénéfiques pour notre santé mentale et celle de notre planète. On parle sans cesse de place en garderies, mais très peu d'aménagement des heures de travail. Je lisais récemment qu'une entreprise flamande commençait à organiser le travail des parents divorcés selon leur semaine de garde des enfants. En voilà une belle idée!

Cette campagne électorale me rappelle qu'on s'empêtre trop souvent dans les micros-problèmes en perdant les horizons plus larges. Je me souci peu des micro-promesses chaque matin, ni de savoir quel politicien est le plus fiable, je veux des projets macro, du long terme, j'ai soif de véritables rêves collectifs et de beauté. Parce qu'il n'y a rien qui me rend plus fière que notre territoire...au-delà de Laval. J'ai vécu en France et aux États-Unis, j'ai comparé et jugé sévèrement le Québec, mais lorsque je retrouve les lacs, les montagnes, et les horizons de mon enfance, ma belle « province » est à moitié pardonnée.

Nous sommes si riches sans le savoir. Encore faut-il que les Québécois moins privilégiés puissent non seulement profiter des retombées économiques de nos ressources naturelles, mais aussi de la beauté, de l'horizon. Êtes-vous déjà allés à la plage d'Oka un week-end de canicule? On s'y entasse comme des sardines grillées et un filet de crème solaire flotte sur le lac. On compte environ 400 000 lacs au Québec, mais les citadins ont du mal à accéder à des plages publiques sans passer 2 heures dans le trafic.

Développement régional, protection et mise en valeur de nos ressources, transports rapides et abordables, voilà des mots porteurs d'un avenir décloisonné. On étouffe dans des micro-débats de chiffres et les « band aids » apposés les uns sur les autres.

Heureusement, on applaudit de plus en plus fort, les chefs assez courageux pour nous ouvrir un véritable horizon. J'espère que nous serons de plus en plus nombreux à voter dans le champ.