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Faut-il vivre à l'extérieur du Québec pour comprendre la fragilité de notre langue?

21/06/2017 05:44 EDT | Actualisé 21/06/2017 05:44 EDT

Quand j'ai appelé le salon de coiffure pour prendre un rendez-vous, j'ai bien mentionné que je ne connaissais aucune coiffeuse. On m'a gentiment recommandé un nom que j'ai accepté avec plaisir. Heureuse, je me suis donc rendu pour la première fois dans ce salon situé dans le quartier Outremont. La coiffeuse m'a accueilli chaleureusement en anglais. Étonné, je lui ai répondu en français. Elle s'est d'abord excusée en me disant qu'elle était américaine et ne comprenait pas le français. Mon bonheur s'est immédiatement évaporé. Voyez-vous, j'habite à Boston et quand je suis à Montréal, j'aime me retrouver dans ma culture et surtout dans ma langue. Quand la coiffeuse a su que j'habitais Boston, elle a été soulagée et nous avons pu converser... en anglais bien sûr. Mais, que serait-il arrivé si je ne savais pas su parler anglais? Aurais-je eu une coupe de cheveux digne des années 70 ?

Au retour de mon rendez-vous, j'ai appelé l'Office québécois de la langue française et on m'a bien expliqué que, selon l'article 5 de la Charte de la langue française, les droits du consommateur sont respectés lorsqu'il est possible de recevoir un service en français dans l'établissement*. Autrement dit, si ma coiffeuse américaine ne pouvait me donner un service en français, mais une autre coiffeuse du même établissement pouvait le faire, et bien il n'y a aucune raison de se plaindre.

*(Chapitre 2, article 5 : Les consommateurs de biens ou de services ont le droit d'être informés et servis en français)

Après mon rendez-vous, je me suis rendu au parc Jarry avec ma fille et mon chien Milo, un beau Golden Retriever. Il y a un grand parc à chiens et c'est l'endroit idéal pour le laisser courir en toute liberté. C'est aussi l'endroit pour rencontrer d'autres propriétaires. Des jeunes dans le début de la trentaine y étaient. Tous parlaient anglais sans exception. Je me suis donc insérée dans leur conversation, curieuse de savoir qui étaient ces jeunes. La plupart ne sont pas nés ici, mais sont arrivés à Montréal depuis quelques années déjà. Leur français est médiocre, mais ce qui m'a le plus ébranlé c'est qu'il n'y a aucun effort qui est déployé pour parler cette langue. J'ai grandi dans le quartier Villeray, à l'époque où la pauvreté était présente. Il n'y avait pas de petits cafés, boulangeries et boutiques sympathiques, mais surtout il n'y avait pas un mot d'anglais qui résonnait dans les rues et dans les ruelles, notre terrain de jeux à l'époque. Le visage du quartier est en train de changer.

Oui, on parle d'une langue, mais on parle aussi d'une grande culture. Une règle a donc été établie, une règle non négociable : on parle toujours en français à la maison, sans exception.

Le soir même, avide d'essayer un nouveau restaurant à Montréal, je me retrouve assise au bar avec une copine. Un petit restaurant charmant situé dans le quartier Rosemont. Je suis à peine arrivée que mes oreilles sont agacées par des paroles. Deux serveuses parlent en anglais à des clients. Ce fut trop pour moi. Trop, car je connais très bien la fragilité de la langue française. Je sais pertinemment qu'il est facile de la perdre au détriment de la langue anglaise surtout quand on est entouré d'une mer d'anglophones. Je vous l'ai déjà dit, j'habite Boston. Quand je suis arrivée ici, ma fille avait 5 ans, elle en a 12 maintenant. À 5 ans, elle parlait français et il était hors de question pour moi que son cerveau efface cette langue. Oui, on parle d'une langue, mais on parle aussi d'une grande culture. Une règle a donc été établie, une règle non négociable : on parle toujours en français à la maison, sans exception.

Ma fille est inscrite dans une école anglophone, ses amies sont américaines, mes voisins aussi, bref elle est inondée de mots anglais. Alors j'ai essayé de protéger cette langue qui m'est si chère en mettant une forteresse autour de la maison. Je ne peux me permettre d'être conciliante, car toute faiblesse de ma part sera irréparable. Elle a maintenant 12 ans et c'est une préado. Qui dit préado, dit aussi un détachement de ses parents et mes mots ont moins de valeurs à ses oreilles. Je vois bien qu'elle a tendance à vouloir me parler en anglais, mais ma position reste ferme et elle le sait. J'ai aussi un avantage: on valorise le français à Boston. À partir de la 7e année, l'étudiant doit choisir entre un cours de français ou espagnol. Encore plus, des écoles publiques de Milton, une banlieue située à 16 km au sud de Boston, offrent des programmes d'immersion en français. Le programme est très populaire auprès des parents américains. C'est peut-être le petit côté bourgeois de la ville de Boston qui fait que c'est bien vu de parler français, mais c'est tout à mon avantage. Ma fille reçoit que des éloges lorsque les parents et les professeurs l'entendent parler en français. Et savez-vous ce qui se passe dans sa tête de préado? Elle est fière, même très fière et cette fierté la stimule à continuer à me parler en français.

Des règles fermes à la maison et cette fierté de pouvoir s'exprimer en français aident cette langue à ne pas mourir dans son cerveau.

Quand je laisse ma ville d'adoption pour me retrouver à Montréal, j'aime redécouvrir ma culture, ma langue. Mais quand j'entends de plus en plus parler anglais, dans des quartiers francophones, je deviens triste. J'ai l'impression que le Québec perd sa langue et sa culture. Qu'est devenue la fierté d'être un peuple francophone? Serions-nous trop mous dans les règles législatives ? C'est à y penser... mais pas trop longtemps.

Sur ce, je vous souhaite une bonne St-Jean des États-Unis et longue vie à la langue française !

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