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Ma bibliothèque est sexiste

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En tant que féministe et fervente lectrice, j'ai décidé de dédier mon année aux femmes. À ces femmes courageuses dont le point de vue mérite d'être analysé, comprises et acclamées. C'est simple, pour les supporter, j'ai décidé de ne lire que des écrivaines femmes durant un an. La raison est claire, ma bibliothèque est sexiste : les œuvres féminines y manquent. Est-ce le fruit d'un malheureux hasard ou ai-je simplement des intérêts plus particuliers pour les écrits masculins?

La plupart des romans que je possède ont été achetés pour l'école. Comme tous les étudiants, j'ai étudié Chrétien de Troy ou alors Richard Coeur de lion, sans oublier Émile Zola, Victor Hugo et Guy de Maupassant. J'ai connu la plume de Shakespeare et de Molière assise dans l'une des classes sans fenêtre du Cégep de Saint-Hyacinthe. J'ai aussi fait la connaissance des emblématiques Québécois que sont Michel Tremblay et Gaston Miron. Dites-moi, hormis Anne Hébert, où sont les femmes en littérature? Si l'on choisit les œuvres scolaires selon leur fonction historique, comment peut-on y trouver une présence féminine quand l'on sait pertinemment que la femme n'a pas eu sa place dans l'histoire? Comment peut-on faire le topo d'une société, d'une époque ou d'un endroit si nous n'avons que l'opinion de la moitié de ses habitants soit des hommes?

Cette fausse représentation de la communauté littéraire féminine nuit certainement aux discours féminins dans d'autres champs d'études, notamment la philosophie.

J'ai lu alors Virginia Woolf, Chimamanda Ngozi Adichie, Nelly Arcand, Nancy Huston, Simone de Beauvoir, Marjane Satrapi, George Sand et de nombreuses autres. Pourquoi ces femmes décorées de prix ne peuvent-elles pas encore paver leur chemin jusque sur les bancs d'école? Ces œuvres qui font toutes appel à la condition des femmes, et ce, dans des cadres différents peuvent certainement être bénéfiques pour les jeunes femmes tout comme pour les jeunes hommes. Après tout, à force de ne pas lire de textes rédigés par des femmes, on sous-entend qu'elles n'écrivent pas, qu'elles n'ont pas de voix et qu'elles n'ont pas d'opinion. Cette fausse représentation de la communauté littéraire féminine nuit certainement aux discours féminins dans d'autres champs d'études, notamment la philosophie.

Pourquoi nous enseigne-t-on le point de vue d'un chevalier en pleine croisade, dont la réalité nous est séparée de plusieurs siècles plus tôt que celui des femmes à travers l'histoire? Les femmes d'hier et aujourd'hui, dont l'asservissement est encore un enjeu sociétal important, sont un sujet qui mérite d'être mis à l'étude tout autant que Lancelot Chevalier à la charrette. Le combat des femmes et la longue lutte qu'elles ont entreprise et qu'elles entreprennent toujours contre les préjugés que porte leur sexe sont des exploits tout aussi courageux qui font d'ailleurs d'excellents et pertinents récits. Comment les femmes peuvent-elles apprendre leur histoire à elle, la glorifier si même les institutions ne la reconnaissent pas?

Car si le savoir passe par les livres, le savoir de nos mères, de nos sœurs, de nos filles y passe aussi. Et si l'éducation passe par l'école, peut-être que vos mères, vos sœurs et vos filles pourraient voir leur condition s'améliorer par elle.

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