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Le cerveau adolescent

11/09/2016 10:08 EDT | Actualisé 12/09/2016 09:15 EDT

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Les recherches en neurosciences sont très dynamiques depuis plusieurs années. On en apprend toujours un peu plus chaque jour sur le fonctionnement du cerveau. Plusieurs chercheurs s'entendent pour dire que le cerveau atteint sa taille définitive vers l'âge de 12 ans. On observe cependant qu'il continue de se développer jusqu'à l'âge de 25 ans environ. En fait, le cerveau traverserait deux grandes périodes de croissance interne; l'une dans l'utérus et l'autre à l'adolescence.

À l'adolescence, le cerveau procède à une sorte de coupe sélective de certaines connexions neuronales, laquelle engendre une multiplication de nouvelles connexions qui visent à rendre le cerveau plus efficace. Ainsi, même si à 18 ans, on se sent assez vieux pour prendre ses responsabilités et être traité comme un adulte, le cerveau n'est pas encore prêt à faire preuve d'une maturité optimale. La façon dont il mûrira aura un effet important sur la préparation à l'âge adulte.

Le développement du cerveau se fait de l'arrière vers l'avant; c'est-à-dire du cervelet, lequel régit la coordination physique, jusqu'au cortex préfrontal, la partie du cerveau qui permet la prise de décisions rationnelles. Les recherches sur la chimie du cerveau indiquent que les hormones ne sont peut-être pas les seules causes de l'instabilité émotive et du comportement irrationnel propice à l'adolescence. La mutation que subit le cerveau à cet âge en serait peut-être aussi responsable.

Il semble également probable que des anomalies puissent survenir au moment où le cerveau se met à proliférer et à créer de nouvelles connexions neuronales. Celles-ci peuvent alors parfois provoquer ou révéler des problèmes de santé mentale comme la dépression, la schizophrénie ou le trouble bipolaire. Un événement marquant et stressant (comme un divorce, un décès ou la violence) peut modifier la chimie du cerveau, affecter le processus de développement neuronal et engendrer une période dépressive. Grâce aux recherches en neurosciences, nous sommes capables de reconnaître et de traiter la dépression et les troubles de l'humeur chez les adolescents beaucoup plus rapidement et efficacement qu'autrefois alors que la possibilité de telles maladies était totalement niée. De récentes recherches concernant la neuroplasticité du cerveau laissent entrevoir des possibilités étonnantes face à la capacité du cerveau de se transformer afin de corriger certaines anomalies, telles que celles associées aux troubles d'apprentissage, par exemple.

Pour beaucoup de parents, les hormones de leurs adolescents sont responsables de plusieurs comportements irrationnels : s'absenter de l'école, être maladroit, laisser sa chambre dans le désordre, ne pas savoir se tenir droit sur une chaise, etc. Le fait d'avoir le cerveau embrouillé peut causer des pertes de mémoire et engendrer de mauvaises décisions. Toutefois, cela variera d'une personne à l'autre, car chacun a sa propre personnalité, laquelle influence sa perception de la vie et la façon de l'aborder. La personnalité influencera aussi la façon de gérer le stress. Si un jeune a appris dès son plus jeune âge comment garder son calme sous la pression ou comment résoudre une situation difficile, sa capacité d'adaptation à l'adolescence risque d'être beaucoup plus grande. En définitive, une combinaison d'ingrédients associés à la personnalité, à la génétique, aux expériences de vie et à la capacité d'adaptation deviendront, dès l'adolescence, des facteurs déterminants du développement de ce futur adulte.

«Identité sexuelle, identité des rôles associés à sa personnalité, identité associée à des professions ou à différents groupes sociaux; l'adolescence rime avec le mot ''choix''.»

L'adolescence transforme le corps, l'esprit et les relations sociales. Elle entraîne aussi l'apparition de nouveaux besoins, la formation de nouvelles amitiés et de modèles différents. À mesure qu'ils relèvent les défis de l'adolescence, les jeunes acquièrent une image de soi, c'est-à-dire une idée de ce qu'ils sont. Alors que la confiance, l'autonomie, l'initiative et la compétence faisaient partie des tâches en développement aux stades antérieurs, l'enfant en est actuellement à sa première expérience avec les grandes questions existentielles du « Qui suis-je? » : en quoi suis-je distinct?; « D'où est-ce que je viens? » : quelle histoire me précède?; « Ou vais-je? » : Comment traduire ce qui m'anime, quel sens donner à ma vie?

Bien sûr, ces questions ne sont pas nécessairement formulées ainsi et elles ne s'imposent pas clairement; elles sont personnelles, intimes. Quelles que soient leurs formes, elles incitent l'adolescent à une première recherche de sens concernant son existence. Elles creusent une voie qui l'invite à tracer une première définition de lui-même. Personne d'autre que lui ne peut répondre à ces grandes questions. Ainsi, le fait de ne pas trouver d'éléments de réponse ou du moins, un certain fil conducteur, peut conduire le jeune à se déprécier, se juger négativement, ne pas se sentir à la hauteur de ce premier mandat existentiel. Cependant, la présence de points de repère permettant au jeune d'établir son histoire personnelle pourra l'aider à effectuer ce premier bilan de vie et à choisir des valeurs correspondantes.

Identité sexuelle, identité des rôles associés à sa personnalité, identité associée à des professions ou à différents groupes sociaux; l'adolescence rime avec le mot « choix ». Or, choisir, c'est exclure, écarter certaines, voire d'innombrables possibilités. Il est cependant impossible de s'identifier sans effectuer de choix. Impossible aussi de choisir en voulant tout conserver, ne rien perdre. Bien sûr, refuser de choisir est aussi un choix. Plusieurs adolescents optent pour celui-ci. Et ce n'est pas pour offenser leurs parents, leur tenir tête ou pour jouer les fanfarons. Ils ont peur et ne se sentent pas prêts. Ils ne s'expliquent pas ce qui se passe en eux. Ils ont besoin de repères. C'est un peu comme s'ils traversaient leur première nuit en haute mer, nouveau capitaine de leur voilier, en quête d'une lumière de phare permettant de situer la trajectoire.

L'enjeu actuel à cette étape du développement du jeune est de transiter vers une identité « désirée », au risque d'emprunter une identité « diffuse ». En effet, pour Erikson, le père de la théorie psychosociale, l'échec dans l'établissement d'une identité personnelle se solde par une diffusion des rôles, une confusion et un sentiment d'aliénation durable. Cette diffusion des rôles se trouve par exemple chez les jeunes qui changent de personnage selon le contexte: soumis et rangés à l'école, obstinés et capricieux à la maison, prêts à tout en groupe de pairs, etc. Lorsque ce stade « caméléon » n'est pas dépassé, et subsiste à la fin de l'adolescence, la diffusion persiste et devient un obstacle le moment venu d'établir des relations intimes et vraies. En revanche, lorsque le jeune parvient à se connaître et à se reconnaître dans ses divers personnages, cette phase caméléon aura servi de phase d'expérimentation constructive à son développement.

«Si l'adolescence est un moment charnière complexe, la communication empathique demeure le plus important outil de réussite pour rester zen et faire la différence comme parent.»

L'adolescent est donc placé à un carrefour où il doit effectuer des choix et s'engager dans une voie plutôt que dans une autre, et ce avec le droit à l'erreur. Il doit graduellement s'éloigner de sa famille et se construire un monde personnel. L'échec à intégrer des buts ou des rôles entraîne un questionnement permanent et un engouement envers une série de projets qui restent en plan par démotivation. Le fait d'explorer diverses avenues et possibilités lui permettra d'intégrer de façon optimale une identité qui a du sens: exploration de rôles, de buts, d'amitiés, de relations amoureuses, de métiers ou professions feront donc partie du stade de la recherche d'une identité psychosociale avec laquelle le jeune puisse se sentir en accord.

Les relations des adolescents avec leurs parents préparent le terrain pour la qualité de leur relation avec le partenaire à l'âge adulte. La plupart des adolescents affirment avoir de bonnes relations avec leurs parents. Ils vivent toutefois une tension entre la dépendance envers les parents et la nécessité de se détacher. De leurs côtés, les parents désirent que leur jeune soit indépendant, mais en même temps, il leur est difficile de lâcher prise. Ils se retrouvent donc tiraillés entre le désir de leur accorder plus de liberté et celui de les protéger des faiblesses de jugement dus à leur immaturité. Ces tensions peuvent souvent mener à des conflits qui seront résolus ou accrus selon la pratique éducative du milieu familial, selon le fait que les parents vivent en couple ou pas, selon la qualité de vie des parents, leur état de santé, etc. En effet, de multiples facteurs de l'environnement immédiat interviennent au même moment où le jeune traverse l'une des plus importantes étapes de sa vie. Si l'adolescence est un moment charnière complexe, la communication empathique demeure le plus important outil de réussite pour rester zen et faire la différence comme parent.

Ce billet de blogue est tiré et adapté du livre Le défi d'orientation : guide du parent zen.

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Tête à têtes est une nouvelle série de blogues lancée conjointement par le Huffington Post Québec et le Huffington Post Canada. Inspirée par le projet Maddie, cette série met l'accent sur les adolescents et la santé mentale. Elle a pour but de sensibiliser et de susciter des conversations en s'adressant directement aux adolescents qui traversent un moment difficile ainsi qu'à leurs familles, aux enseignants et aux dirigeants communautaires. Nous voulons nous assurer que les adolescents qui sont aux prises avec une maladie mentale reçoivent l'aide, le soutien et la compassion dont ils ont besoin. Si vous souhaitez contribuer à cette série, envoyez-nous un courriel à cette adresse : nouvelles@huffingtonpost.com.

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