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C2-MTL: de l'art et la vodka

30/05/2014 02:27 EDT | Actualisé 30/07/2014 05:12 EDT

A priori, il est difficile de tirer une leçon particulière d'un tel événement. Il faut laisser distiller les informations, les impressions avant d'en tirer son propre enseignement. Les organisateurs auront réussi quelque chose d'à peu près impossible qui consiste à demander tant aux conférenciers qu'aux participants un effort soutenu d'ouverture et d'intelligence sur un sujet intangible, la créativité. « Créatif » aura été le mantra de cette édition de C2-MTL.

Pour moi, l'idée de créer est liée à l'une des disciplines de l'Art, soit les arts de la scène, les arts visuels, la littérature, l'architecture, la photographie, la sculpture, le cinéma ou la musique. Bref, l'art, c'est être libre de créer pour la simple raison que cela répond au besoin d'expression de l'artiste. Je suis donc ici en plein choc culturel - c'est le cas de le dire. Il me semble que le créatif ne peut se mesurer, paramétrer, mettre en boite ni se laisser saisir. Quelques-uns le savent. Voici mes coups de cœur.

James Cameron , réalisateur

D'emblée, je fais mon mea culpa. J'avais considérablement sous-estimé l'apport de James Cameron. On a tendance à malheureusement critiquer, voire mépriser les gens qui réussissent. Je suis complètement tombée dans le panneau, parce qu'il s'agit ici d'un homme qui a réussi à Hollywood. Mon opposé idéologique alors que mon regard est totalement tourné vers l'Europe. Imaginez qu'à la question : « Quelles sont vos inspirations cinématographiques? », il répond Spielberg et Lucas. Pas Godard, Bergman ou même Kubrick. Scandale! Mais je dois avouer qu'il a aussi raison. Il a su pousser plus loin que ses mentors l'expérience du film hollywoodien. C'est son créneau. Il y excelle. Homme simple, ouvert, intelligent, rigoureux, pertinent, exigent, au faîte de sa carrière, il a rêvé en couleurs et l'a réalisé, littéralement.

Philip Shepard, violoncelliste et compositeur

Répondant aux clichés du Britannique original à l'humour aiguisé, Philip Shepard nous ramène les pieds sur terre. 1 -Nous n'avons rien inventé qui n'ait déjà été imaginé auparavant. 2- Si une idée, une personne, un événement nous donnent la chair de poule, c'est bon signe. Et la chair de poule, il nous l'a donnée avec son interprétation de l'Alléluia de Léonard Cohen. Démonstration réussie!

Zita Cobb, Shorefast Foundation

Que dire d'une femme d'affaires qui, après une brillante carrière à Silicon Valley, fait un retour aux sources et investie de son argent, de son temps et de son amour pour sauver sa communauté de la déchéance et de l'extinction? En harmonie avec la culture spécifique de la très petite communauté de Fogo Island, elle crée une entreprise sociale où l'art et la nature sont les ingrédients de base d'une aventure architecturale maintenant mondialement reconnue, le Fogo Island Inn. Je veux y aller.

Nathalie Bondil, conservatrice et directrice générale du Musée des Beaux-Arts

D'emblée, elle me rassure : « la Culture c'est l'avenir! » Ouf! Mais alors que je partage avec elle mes doutes sur la juste association entre créativité et commerce, elle me ramène à mes cours d'histoire de l'art et sur l'importance de l'art comme outil de propagande à travers les époques. J'avais oublié à quel point mécène et artiste doivent faire équipe.

Et je repense à ce VP marketing pour Vodka Absolute et son très fier pitch de vente - j'allais dire son show de boucane - plus tôt dans la journée. La publicité qu'il nous présente est une réussite artistique et technique. Et je me dis qu'en terme d'objectif purement commercial, on peut même la comparer au plafond de la chapelle Sixtine. On passe un message clair, on vend par une émotion forte. Pour l'un, c'est une bouteille, pour l'autre, une idée.

Je suis sans doute snobe, mais tout de même capable de rajuster le tir. Et si on créait une nouvelle catégorie: l'art du commerce éclairé?