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Allégations de génocide commis par l'EI: que fait le Canada?

21/04/2016 03:38 EDT | Actualisé 22/04/2017 05:12 EDT

Le 16 mars, lors de sa visite au siège des Nations unies, le premier ministre Justin Trudeau a exprimé le désir du Canada de briguer un siège au Conseil de sécurité de l'ONU. Ses priorités? Changement climatique, respect de la diversité, des droits de la personne et des droits de la femme, et appui aux opérations internationales de maintien de la paix. Le Canada veut définitivement redorer son blason à l'international.

Pourtant, le gouvernement rate une occasion de faire preuve de leadership à l'international.

Le 17 mars dernier, le secrétaire d'État américain John Kerry a déclaré que l'État islamique (EI) commet un génocide contre les chrétiens, les Yézidis et les musulmans chiites en Syrie et en Irak. Cette déclaration est survenue suite à une résolution approuvée unanimement par la Chambre des représentants, qualifiant les crimes de l'EI de génocide. Le Parlement européen et le pape en sont récemment venus à la même conclusion.

Ces différentes allégations ne sont pas infondées. Un rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme accuse l'EI d'avoir l'intention «de détruire les Yézidis en tant que groupe», ce qui «suggère fortement qu'il aurait perpétré un génocide». De nombreux autres rapports font état de viols et d'esclavagisme envers des minorités ethniques et religieuses. Pour beaucoup, les intentions de l'EI ne semblent donc plus vraiment faire de doute.

Le fait de reconnaître ce génocide en cours changera-t-il quelque chose à la stratégie contre l'EI? Pas nécessairement. Le département de d'État américain a d'ailleurs souligné que la déclaration de Kerry n'obligeait pas les États-Unis à changer de stratégie.

Il ne faut néanmoins pas sous-estimer la force de la rhétorique.

Les États-Unis et le Canada sont signataires de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide adoptée en 1948, et s'engagent donc «à prévenir et à punir» ceux qui commentent un génocide. En reconnaissant que l'EI a «l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux», le gouvernement américain reconnaît que nous avons affaire à un groupe terroriste et génocidaire.

On se souviendra qu'en juin 1994, lors du génocide au Rwanda, la porte-parole du département d'État, Christine Shelley, a maladroitement évité de prononcer le terme «génocide», une réticence désormais associée à l'échec des États-Unis d'intervenir au Rwanda. Vu la portée du mot dans l'imaginaire collectif, les déclarations de Kerry mettent une certaine pression sur les épaules des États-Unis.

Au Canada, le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a condamné les atrocités commises par l'EI, mais sur la question de génocide, Affaires mondiales Canada utilise le conditionnel : «les atrocités commises par EI pourraient être un génocide et le Canada croit qu'elles doivent faire l'objet d'une enquête indépendante et qu'une détermination juridique doit être émise par une cour ou un tribunal compétent». Cette déclaration rappelle les propos du gouvernement américain en 1994.

Les réticences du gouvernement canadien sont-elles dues à son changement de stratégie contre l'État islamique? A-t-on peur de subir des pressions? On sait que les Forces armées canadiennes ont mis fin aux frappes aériennes en Irak et en Syrie afin de se concentrer d'avantage sur l'aide humanitaire et la formation. Cette aide est utile, mais ne mettra pas fin aux atrocités de masse.

Les parlementaires canadiens devraient suivre l'exemple du Congrès américain en tenant un débat à la Chambre des communes sur la question des crimes commis par l'EI. Le Canada est non seulement signataire de la Convention sur le génocide mais est aussi à l'origine de la «responsabilité de protéger», qui incombe à la communauté internationale de prendre des mesures afin de protéger les populations à risque.

À la date d'aujourd'hui, les gouvernements canadiens ont reconnu cinq génocides après qu'ils aient été commis. C'est une autre chose de le faire alors qu'il se déroule sous nos yeux et que nous pouvons encore agir.

Le Canada a souvent été louangé pour son leadership en matière de droits de l'homme. S'il veut reconquérir son influence mondiale, le Canada doit prendre une position claire sur les crimes commis par l'organisation État islamique en débattant de la question - surtout pour un gouvernement qui se targue de vouloir faire preuve d'éthique de la «conviction responsable».

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