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Le culte de l'apparence et les problèmes de vision: même combat

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Hasard? Coïncidence? Il me semble qu'on parle beaucoup ces jours-ci du culte de l'apparence. Cette relation que l'on entretient avec un corps qui devient prison, parfois. Une «enveloppe charnelle» que l'on critique, que l'on charcute, que l'on comprime. Et dont nous tentons, tant bien que mal et plus souvent qu'autrement, de cacher les «vilains défauts»... Ou, à tout le moins, ces caractéristiques qui ne correspondent pas nécessairement aux critères imposés par la société.

Le weekend dernier, La Presse+ consacrait justement un dossier au sujet de cette relation au corps qui est parfois si difficile pour nous les femmes, mais de plus en plus pour les hommes également. Une relation que l'on pourrait presque qualifier, je dirais, de tordue, tant elle semble le symptôme de profonds problèmes de vision.

Le sujet a aussi été abordé ici notamment. Puis .

Je l'avoue, chaque fois que je tombe sur un article ou un dossier qui traite du sujet, je me sens interpellée. Parce que, comme bien d'autres, aussi loin que je me souvienne, j'ai longtemps été, moi aussi, complexée par mon corps.

Pas assez grande. Pas suffisamment filiforme.

Des vêtements qui, en boutique, ne tombaient jamais aussi bien sur moi que sur les autres. Et dans lesquels, plus souvent qu'autrement, j'avais l'impression d'avoir la grâce d'un sac de patates. Et, je l'avoue, par moments, j'aurais rien de moins que vendu ma propre mère pour perdre ce petit ventre qui, dans mon esprit, était au moins cent fois plus gros qu'il ne l'était réellement.

Et puis? Comme bien d'autres, j'ai passé ma vingtaine à m'alimenter pas toujours de la meilleure des façons. Avec pour conséquence qu'au fil des années, j'ai pris du poids. Et je ne parle même pas ici de mes grossesses!

Finalement, ce qui a constitué un déclencheur pour m'inciter à changer mes habitudes? Des problèmes de tension artérielle trop élevée. Et de genoux qui étaient devenus douloureux au point de me lâcher parfois.

C'est donc à la fin de la trentaine que je suis parvenue à perdre cette vingtaine de kilos qui me plombaient littéralement. Non pas pour porter du zéro comme les mannequins! Mais plutôt pour me sentir (enfin!) mieux dans mon corps.

Et parenthèse ici... Non mais, vraiment? Du zéro! Dites-moi qui peut entrer là-dedans, je vous le demande? Comme si, un peu paradoxalement, il fallait devenir invisible pour exister socialement! Enfin, bref...

En regardant ces photos de ma vingtaine sur lesquelles je me trouvais à l'époque si énorme, ça m'attriste.

Tout cela pour dire que ce n'est qu'il y a environ deux ans que je me suis rendue compte à quel point j'avais pu être influencée (et affectée!) par tout ce que nous recrachent les médias, presque par intraveineuse, au point d'en perdre littéralement tout jugement lorsqu'il s'agissait de mon propre corps. Un corps, le mien, que bien sûr je jugeais mille fois plus durement que celui des autres.

Que s'est-il passé il y a deux ans?

J'ai tout banalement utilisé les services d'une styliste. Non pas par besoin soudain et incontrôlable d'aller magasiner, mais plutôt parce que l'opportunité s'est par hasard présentée à moi, une agence de stylisme (Les Effrontés) cherchant alors des «petites madames» prêtes à évaluer les services de stylistes débutantes.

Aujourd'hui, je suis forcée d'avouer que cette expérience qui, au départ, me semblait tellement superficielle, a été rien de moins qu'une révélation! Soit de réaliser que huit ans après la naissance de mon fils - et bien que j'aie perdu depuis un bon moment déjà cette vingtaine de kilos qui plombaient mon moral et ma santé - je portais toujours, sans en avoir vraiment pris conscience, les mêmes vêtements qu'avant.

Des vêtements devenus trop grands depuis longtemps, certains datant rien de moins que de ces mois ou j'étais enceinte de mon fils. Mais derrière lesquels je pouvais inconsciemment continuer de me cacher. Un peu comme si mon esprit, un peu pathétiquement, n'avait pas réalisé que mon corps était devenu plus petit.

Aussi, je me souviendrai toujours de ces vêtements que la styliste avait choisi pour moi. Et de moi, complètement traumatisée de constater qu'elle me proposait des pièces dans lesquelles, dans mon esprit, je n'entrerais jamais, au grand jamais!, mais qui, contre toute attente, m'allaient comme un gant.

Encore aujourd'hui, chaque fois que je tombe sur un article ou un dossier qui traite de cette relation parfois si malsaine que l'on entretient avec notre propre corps, clairement, ça m'interpelle. Parce que chaque fois, ça ramène à mon esprit qu'en regardant ces photos de ma vingtaine sur lesquelles je me trouvais à l'époque si énorme (alors qu'aujourd'hui, je trouve que j'étais finalement pas si mal), ça m'attriste.

Cela m'attriste d'autant plus que lorsque je regarde mes amies, je les trouve toutes belles! Alors que paradoxalement, elles toutes comme moi, se jugent plus durement qu'elles le devraient!

C'est pourquoi depuis cette expérience, quand je suis tentée de me comparer à ce que les médias nous présentent un peu comme un étalon de mesure, ce «corset contraignant» dans lequel nous devrions toutes pouvoir entrer, je prends le temps d'une grande bouffée d'air frais. Et, l'espace d'un instant, je m'arrête à penser à la Marie qui, un jour, plus ridée et les cheveux probablement plus blancs que blancs, se rappellera sans doute de sa quarantaine avec nostalgie... En se disant que cette fille-là, elle n'était pas si mal finalement...

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