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L'aide à mourir n'est pas un crime Mgr Poisson, c'est un choix

29/09/2016 09:58 EDT | Actualisé 30/09/2016 09:31 EDT

Mercredi matin, Mgr Raymond Poisson (Évêque de Joliette), était interviewé par les animateurs du LCN Matin afin de commenter un article du journal Le Devoir selon lequel une directive des évêques de six diocèses de l'Alberta et des Territoires du Nord-Ouest de l'Ouest demanderait aux prêtres de refuser un service religieux à quiconque choisirait de se prévaloir de l'aide à mourir.

Lorsque l'animatrice, Madame Julie Marcoux, lui a demandé: «En même temps, Mgr Poisson, la décision d'aller de l'avant avec l'aide à mourir, c'est une décision qui est personnelle... Qui sont les évêques pour juger aujourd'hui ces gens-là, en 2016?» Mgr Poisson, visiblement agacé par cette question, a répondu par un discours moralisateur.

«Je regrette Madame, mais pour moi, c'est pas une décision personnelle : moi quand ma mère est morte, ça m'a touché profondément. Et la manière dont elle est décédée, ça m'a touché profondément. Ça touche toute la famille, et ça touche la société. Ça touche nos amis, nos amours... Quand on prend une décision comme celle-là, on n'est pas les seuls intéressés, on ne vit pas seul sur la planète, et ça influence les valeurs de nos jeunes qui grandissent, ça influence notre manière de considérer la vie humaine, dans toutes ses circonstances. Et vous savez comme moi que la question de la souffrance, c'est une manière dont on fait un peu peur au monde pour les pousser à l'aide médicale à mourir, parce que pour avoir accompagné moi-même beaucoup de gens sérieusement atteints par la maladie, la souffrance se contrôle, mais la souffrance morale, l'isolement, la solitude, le manque d'amour... Ça, ça fait mal. Et je pense que c'est là-dessus qu'il faut qu'on travaille, et quand on parle de soins et de soins palliatifs, on parle d'un milieu qui offre de l'accompagnement, de l'affection et de l'amour. C'est ça qui est important pour nos gens.»

***

Au Canada, la religion est un choix : on y adhère ou on n'y adhère pas. Cela dit, je crois qu'on a le droit de s'opposer à des propos, que l'on soit adeptes du courant en question ou pas.

Je me permets de répondre à ces propos aujourd'hui, parce que Mgr Poisson ne se contente pas de citer les «lois» de l'Église catholique: il critique ouvertement dans les médias les gens qui choisissent d'avoir recours à l'aide à mourir.

Mgr Poisson prétend avoir passé beaucoup de temps avec des gens sur le point de mourir ainsi que leurs proches. Je ne sais pas exactement de quoi il a été témoin, mais si son expérience ressemble le moindrement à la mienne, je suis étonnée que ses convictions soient aussi imperméables à la souffrance humaine (il est grand le mystère de la foi!) et aussi perméables au jugement.

Dans mes textes publiés en mai et en juin dernier, je vous racontais l'accompagnement de ma mère en fin de vie, qui s'est étiré sur plusieurs mois. J'y ai été témoin d'une souffrance sans nom. Mon expérience et mes discussions avec les médecins me poussent à croire que le soulagement quasi complet des douleurs physiques demeure du cas par cas. Lorsque Mgr Poisson prétend que la souffrance se contrôle, il me semble qu'il regarde la gestion de la douleur avec des lunettes roses.

L'aide à mourir n'est pas un crime. C'est un recours, un choix, encadré et balisé par la loi.

De plus, Mgr Poisson traite pratiquement d'égoïstes ceux qui choisissent l'aide à mourir et semble prioriser l'opinion de la famille - et de la société! - sur leurs choix, ce que je trouve particulièrement insensible. Je ne nie pas que les circonstances entourant le décès d'une personne aient un impact émotif sur ses proches, mais à mon avis, s'il doit y avoir un égoïste dans la salle, je donnerais plutôt le titre à celui qui cherche à retenir un être cher (dont la mort est inévitable et qui souffre le martyre) au nom de ses propres convictions personnelles. Lorsqu'on aime quelqu'un, on se doit respecter ses droits et ses décisions.

Je suis choquée que Mgr Poisson et d'autres membres de l'Église sous-entendent qu'une personne est poussée à faire ce choix par un sentiment d'isolement, de solitude et de manque d'amour. Par leur discours culpabilisant, ils accusent à mots couverts les proches d'une personne souhaitant se prévaloir de l'aide médicale à mourir de ne pas l'avoir assez aimée, et de ne pas l'avoir assez soutenue. Ces propos sont inacceptables.

On dit que les églises se vident. À la lumière des propos que j'ai entendus ce matin dans les médias, je commence à penser que c'est peut-être une bonne chose.

L'aide à mourir n'est pas un crime. C'est un recours, un choix, encadré et balisé par la loi. Il n'y a aucun bénéfice à tolérer/imposer des souffrances inutiles.

Faire face à la mort, peu importe les circonstances dans lesquelles elle se produit, c'est grand. Point à la ligne.

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