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La fois où j'ai failli y laisser ma peau

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1986

Mes oreilles bourdonnent de plus en plus en fort, je sens que d'un moment à l'autre je vais perdre conscience et il sera trop tard.

Le temps file, mais je ne suis plus certaine de vouloir partir. J'ai peur. Je veux en finir avec la souffrance. Je me sens seule et isolée dans mon mal. Chaque minute, chaque heure, de chaque jour depuis deux ans. Le désespoir, la noirceur, la lourdeur prennent toute la place à l'intérieur de moi. Il n'y a plus d'espace pour autre chose. Je suis avalée par un immense gouffre que je suis incapable de décrire, de partager.

J'ai mal, je suis en colère, je suis découragée, j'ai honte, je suis fatiguée, je suis torturée. Il n'y a plus de lumière sur le chemin pour me guider vers un monde meilleur. Je suis perdue. Ceux qui me tendent la main n'arrivent pas à m'en sortir. Même si j'en parle, je souffre encore. Existe-t-il ce monde meilleur? Je ne vois pas beaucoup de bonheur autour de moi.

À quoi bon?

Mais si...

Si je pouvais trouver une façon de m'en sortir. Est-ce que j'ai vraiment tout essayé? Est-ce que je suis vraiment rendue au bout?

Mais je suis épuisée...

Mais si...

Machinalement, comme dans un épais brouillard, je m'empare du téléphone et j'appelle au secours. Je crie au secours. J'ai fait une erreur, venez m'aider!

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2016

C'est la première fois que je raconte cette deuxième tentative de suicide de mon adolescence. J'ai souvent parlé de la dépression que j'ai traversée, mais jamais de ces moments de désespoir. Même si j'ai beaucoup partagé de ma vie comme auteure, que dans mon travail j'ai accueilli les confidences des autres sur des sujets douloureux et intimes et que je sais que la guérison est dans le partage, j'ai honte de ces moments où j'ai voulu en finir.

Je suis terriblement embarrassée parce qu'aujourd'hui je comprends la valeur de la vie et l'immense privilège d'en avoir une.

Après cette tentative, je me suis retrouvée à l'hôpital Général de Montréal pour enfants. À côté de moi, des parents et des jeunes qui se battaient pour cette même vie que j'avais voulu abandonner. J'ai gardé un immense sentiment de culpabilité.

Je commence à peine à essayer de guérir complètement cette déchirure. Chaque fois que j'entends aux nouvelles qu'un adolescent s'est enlevé la vie, je bascule à nouveau.

Si seulement j'avais pu lui dire...

Si j'avais pu lui faire comprendre que les moments de torture ne durent pas éternellement, que la vie ce n'est pas que ça.

En même temps, je me souviens de moi à cette époque, et rien n'arrivait à briser le mur de souffrance dans lequel j'étais prise.

D'être une adulte heureuse et de dire je suis passée par là, que le mal a voulu ma peau et que j'ai survécu, serait probablement plus puissant.

Pour ça, il faudrait que je passe par-dessus ma honte et ma culpabilité.

C'est ce que je fais aujourd'hui en acceptant le mandat de porte-parole de Jeunesse, J'écoute.

C'est de cette manière cette année que je m'implique dans la semaine de prévention du suicide.

Si vous êtes en difficulté, vous pouvez appeler Jeunesse, J'écoute au 1 800 668 6868.

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