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Il faut en parler

Rester au stade de victime, c'est cimenter des mécanismes de défense nuisibles pour sa santé physique et psychologique.

31/10/2017 09:00 EDT
primipil via Getty Images
J'ai parlé (et parlé, et parlé encore) pour mieux objectifier mon vécu et, de ce fait, avancer ; c'est par ce processus que j'estime m'en être sortie.

À tout le moins parler, là l'essentiel du message que j'ai espéré porter les derniers jours en accompagnant les gens du CAVAC dans les médias. PARLER pour grandir et, ultimement, s'en sortir — notez que cela n'oblige aucunement à dénoncer.

Subir une agression, de quelque nature qu'elle soit (violente ou insinueuse, directe ou allusive), entraîne inévitablement des blessures psychologiques dont on ne peut calculer les effets et conséquences à long terme. De fait, personne ne possède de manière innée les outils pour s'en parer, et ces outils ne se développent certes pas dans l'adversité et la vulnérabilité. Donc, à toutes les victimes, je dis : PARLEZ. Parlez à ceux qui ont cultivé leur connaissance, et perfectionné leur expertise au fil des expériences, sur les répercussions pouvant découler de sévices sexuels qu'ils soient physiques, verbaux ou psychologiques. Ils pourront vous aider.

Certains peuvent évidemment trouver écoute et réconfort auprès des amis et de la famille, lesquels possèdent la force de l'amour pour accompagner à travers une épreuve ; mais ce ne sont pas des experts, ils leur sont complémentaires. J'inviterais plutôt à la vigilance, car, selon les cas, ces personnes qui aiment, peuvent être tout autant blessées que la personne victime : elles-mêmes deviennent victimes à travers une douleur empathique et un sentiment d'impuissance. Dès lors, l'importance de se tourner vers des professionnels en est redoublée.

C'est à toutes ces victimes je dis alors PARLEZ au 1-866-LE-CAVAC, ces derniers pourront vous écouter, vous conseiller, vous aider, vous guider vers les bonnes ressources, vous tenir compagnie... tout cela sans jugement et participant à ce que, doucement, vous puissiez retrouvez courage et intégrité.

J'ai parlé (et parlé, et parlé encore) pour mieux objectifier mon vécu et, de ce fait, avancer ; c'est par ce processus que j'estime m'en être sortie.

J'ai été une victime. Cependant, grâce aux ressources professionnelles vers lesquelles des proches m'ont d'abord orientée, aujourd'hui je ne suis plus une victime. Il va sans dire que cela s'est décliné en un long (et lent) processus à travers lequel j'ai PARLÉ, mais c'est justement par cet aspect longitudinal que j'ai PARLÉ à me vider de toute ma salive. J'ai parlé (et parlé, et parlé encore) pour mieux objectifier mon vécu et, de ce fait, avancer ; c'est par ce processus que j'estime m'en être sortie.

Depuis mon passage dans les médias, j'ai reçu quelques messages disant « je suis désolée d'apprendre ce qui t'est arrivé ». À ces derniers je dis : ne soyez pas désolé. Je répète : je ne suis plus une victime, mon implication auprès du CAVAC vise à montrer à toute personne actuellement victime qu'elle peut s'en sortir. Et même plus, tout comme moi, ces personnes peuvent modifier leur expérience atroce vers quelque chose de positif en cultivant « leur pouvoir d'agir ». À travers ce geste, je souhaite simplement faire une différence.

Rester au stade de victime, c'est cimenter des mécanismes de défense nuisibles pour sa santé physique et psychologique.

Rester au stade de victime, c'est cimenter des mécanismes de défense nuisibles pour sa santé physique et psychologique. Plus le temps passe, plus cette couche de défense se cristallise et sachez qu'il en deviendra, de jour en jour, plus difficile de renverser ce processus détérioratif vers une prise d'action salvatrice. S'enfermer dans ce rôle provoque une désagrégation vers une certaine mort (de l'esprit, du cœur, du bonheur...) — à une mort certaine. PARLEZ ET AGISSEZ maintenant.

Je sais. Parler et agir n'est pas facile. Le processus de guérison l'est encore moins : « Rome ne fut pas faite en un jour ».

Je compterai bientôt 7 années de dur labeur pour me sortir de l'état de choc post-traumatique dans lequel m'a plongée — ce que j'appelle — « mon accident ». Ces années furent parsemées : d'incompréhension (des autres, mais aussi de moi envers moi-même), de honte, de découragement, de révolte, de colère, de tristesse, de déception, de douleur, de solitude, et j'en passe... Mais grâce au soutien du CAVAC, de l'IVAC, des policiers, de psychologues, de mes patrons, d'amis, de ma famille, et de toutes ces autres personnes de diverses disciplines et milieux qui m'ont accompagnée au fil des ans, à leur façon, j'ai aujourd'hui la prétention de m'être transformée en une sorte de « force de la nature ».

Évidemment, ce travail se poursuit (et se poursuivra ad vitam æternam) à un autre niveau, sur d'autres dimensions ; la guérison complète (revenir en arrière !) est impossible.

À vous tous qui vous considérez actuellement comme une victime, je vous invite à suivre ma trace : allez chercher de l'aide, parlez et agissez. Rien ne vous oblige à dénoncer si cet acte vous fait peur, mais, à tout le moins, PARLEZ à des gens compétents qui pourront tranquillement vous outiller vers une reprise en main votre propre destinée.

Parler, objectifier, avancer... se métamorphoser, devenir papillon.