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Mon mari a d’autres amoureuses que moi et j’ai d’autres amoureux que lui

Être polyamoureux, c’est reconnaître que personne ne répond tout à fait à 100% des besoins d’une autre personne.

13/10/2017 09:00 EDT | Actualisé 13/10/2017 10:38 EDT
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Le polyamour est une tendance montante, qui est là pour rester.

Lorsque mon mari et moi avons acheté notre premier ordinateur familial en 1999 - à l'époque où posséder chacun son propre ordinateur relevait encore de la science-fiction la plus débridée - mon mari a configuré ledit ordinateur en Linux. C'était loin d'être user friendly, et je me rappelle l'avoir vu se casser la tête pendant des jours et des nuits (comme tout techie qui se respecte, mon mari est une créature nocturne) à coder et configurer la dernière version de Red Hat ou de Mandrake, sur une connexion 56K, une merveille de modernité à l'époque.

Lorsque nous devions expliquer à notre entourage ce qu'était Linux, nous avions droit au mieux à un regard amusé, au pire à une expression de découragement. Pourquoi s'obstiner à utiliser cette chose qui n'était « pas Windows »? À la question « pourquoi? », nous tentions d'expliquer le principe d'Open Source : le code informatique est public et gratuit, de sorte que tout le monde peut s'en servir et l'améliorer sans devoir payer de droits d'auteurs. Nous pensions que l'Open Source était l'avenir, alors que la plupart des gens considéraient que de rendre le code gratuit... «c'est pas comme ça que ça marche».

Les années ont passé et Linux a été largement adopté. L'Open Source est devenu une pratique très répandue dans le monde informatique, et les gens ont oublié qu'ils nous avaient déjà trouvés bizarres de croire en cette utopie. Entre temps, ils s'étaient mis à nous trouver bizarres pour autres choses. Nous avions commencé, avant tout le monde, à avoir un cellulaire, mais pas de téléphone résidentiel. Croyez-le ou non, ça a déjà été considéré comme excentrique! Nous avons aussi été regardés avec étonnement lorsque nous ne donnions qu'une adresse courriel pour nous contacter plutôt qu'un numéro de téléphone, à l'époque où le courrier électronique n'était pas encore considéré comme un moyen sûr et sérieux de contacter quelqu'un. Bien sûr, près de vingt ans plus tard, l'usage du courriel est devenu mainstream, et ce sont ceux qui n'ont pas d'adresse électronique qui sont perçus comme en retard sur leur époque...

De Linux au polyamour ou les légers inconvénients d'être en avance sur son temps

Et aujourd'hui... après Linux, les cellulaires, les courriels et j'en passe, on nous regarde encore avec suspicion, mon mari et moi, en raison de nos choix de vie. Comme quoi plus ça change, plus c'est pareil. Nous avons adopté le Bitcoin comme monnaie d'échange (indice : les technologies blockchain vont révolutionner les fonctionnements de notre société d'ici une quinzaine d'années) et nous sommes devenus polyamoureux.

De ces deux choses, celle qui fait le plus réagir est sans conteste le polyamour. Sans doute parce que cela connecte les gens directement à leurs peurs les plus viscérales. Notamment la peur féroce que la fin du couple monogame comme noyau de la vie sociale et affective ne jette notre société dans un chaos indescriptible.

Le polyamour est une tendance montante, qui est là pour rester.

N'empêche, le polyamour est une tendance montante, qui est là pour rester. Dans vingt ans, tout le monde connaîtra ça, et la plupart des gens trouveront cela normal. Je ne dis pas que tout le monde sera polyamoureux. Je dis seulement qu'au lieu de se jeter dans la monogamie par défaut, sans se poser de questions, les gens sauront qu'il y a une autre option : le polyamour.

Pour résumer, mon mari a d'autres amoureuses que moi, et j'ai d'autres amoureux que lui. Mais pas dans le sens où chacun fait ce qu'il veut de son côté et évite d'en parler; nous vivons ces relations au grand jour, et nous fonctionnons de manière non seulement à ce que ça ne nuise pas à notre relation et notre vie familiale (nous avons 3 enfants), mais de manière à ce que ça ait un impact positif pour tout le monde.

Nous ne jouons dans le dos de personne, et visons au contraire à avoir des relations constructives avec les partenaires de nos partenaires. Il y a même un nom pour décrire ces personnes : les métamours (de « méta » et « amour »). Par exemple, c'est arrivé par le passé que mon mari aille prendre une bière avec un de mes copains, afin de faire connaissance. Imaginez un peu combien j'étais fière et reconnaissante! À une autre époque, ils se seraient provoqués en duel, l'un d'eux serait mort, et j'aurais officiellement appartenu à l'autre. Aujourd'hui, j'ai le bonheur de les avoir tous les deux dans ma vie, parce qu'ils sont capables de gérer leurs insécurités, de se parler comme des adultes, de se faire un man-hug et de s'apprécier mutuellement pour ce qu'ils apportent chacun à mon bonheur.

Être polyamoureux, c'est reconnaître que personne ne répond tout à fait à 100% des besoins d'une autre personne.

Être polyamoureux, c'est reconnaître que personne ne répond tout à fait à 100% des besoins d'une autre personne. En tant que monogame, ce constat est souvent perçu comme un échec, car on a l'attente irréaliste que notre partenaire soit la réponse ultime à tous nos besoins et toutes nos aspirations. Et surtout, on s'imagine que si on a vraiment trouvé LA bonne personne, on ne devrait plus jamais tomber amoureux, ni même désirer quelqu'un d'autre. Alors le jour où, inévitablement, quelqu'un d'autre que notre partenaire nous fait tourner la tête ou nous cause des papillons, on se dit que quelque chose ne marche peut-être pas dans notre couple, ou qu'on n'avait peut-être pas vraiment trouvé l'âme soeur.

En gros, les polyamoureux croient qu'on peut avoir le beurre et l'argent du beurre.

Les polyamoureux croient au contraire qu'il est possible et normal d'aimer plus d'une personne et de s'engager émotionnellement avec plus d'un partenaire. Que tomber amoureux d'une nouvelle personne n'est pas obligé de marquer la fin de la relation qu'on a déjà avec un partenaire, qu'on n'est pas obligés de choisir entre deux amours. En gros, les polyamoureux croient qu'on peut avoir le beurre et l'argent du beurre. Bien entendu, l'idée est relativement nouvelle dans le monde occidental et fait beaucoup réagir.

Ceci dit, lorsque vous entendrez quelqu'un de votre entourage dire qu'il a ouvert son couple, ou qu'il a plusieurs partenaires, dans la pleine connaissance et consentement de chacun (ce qui est, sommes toutes, la définition du polyamour), au lieu de leur répondre que « c'est pas comme ça que ça marche » et de les couvrir d'un regard d'incompréhension, je vous suggère de vous informer (notamment sur mon blogue!). Car ce n'est pas parce que le polyamour est relativement nouveau et marginal qu'il le restera toujours.

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