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Psychédélique Marilou: quête de sens

Tout le monde veut une illumination, une expérience mystique, une tempête tranquille qui changerait la vie.

22/09/2017 09:00 EDT
Suzanne O'Neill
J'ai trouvé rafraîchissant qu'on nous présente une millenial qui, même si elle est gâtée et ne semble douter de rien, étale au grand jour ses incertitudes et ses désirs profonds.

La plus récente pièce de Pierre-Michel Tremblay, Psychédélique Marilou, présentée à la Licorne, prend un malin plaisir à nous entraîner sur de fausses pistes pour mieux nous asséner quelques vérités. Oui, on y aborde le thème du LSD et Timothy Leary fait quelques apparitions, mais tout cela n'est qu'un prétexte pour parler de deux générations et de leur échec, souvent, à trouver un sens à leur vie.

Comme dans Au champ de Mars, la seule autre pièce de cet auteur que j'ai vue, l'humour et la dérision occupent une grande place, sans exclure cependant la réflexion et la profondeur. C'est un amalgame rare, on en conviendra et le résultat est plus que satisfaisant. Jean-Marc et Véronique, baby-boomers assumés, ont une fille, Marilou, qui travaille sur une maîtrise portant sur l'héritage du mouvement hippie. Jean-Marc (Jacques Girard) gagne très bien sa vie à écrire des discours pour un ministre alors que Véronique (Isabelle Vincent), actrice ratée, anime une émission culturelle/fourre-tout à la radio d'état. La pièce débute lorsque Jean-Marc démissionne de son poste, dégoûté de la politique et rêvant d'ouvrir une boutique de vélos haut de gamme.

Le merveilleux, extraordinaire et tellement caméléon Bruno Marcil se glisse dans la peau de Timothy Leary, mais aussi dans le rôle du ministre, de Morelli, le directeur de thèse de Marilou, d'Élias Djememoi, un dramaturge snob et prétentieux que rêve d'interviewer Véronique et aussi de quelques autres personnages. Toujours convaincant, rempli d'astuces, changeant de voix et de dégaine selon son bon plaisir, Bruno Marcil confirme une fois de plus ce que l'on sait déjà : que c'est un formidable comédien au registre ahurissant. Mais Isabelle Vincent et Jacques Girard ne sont pas en reste: tous les deux sont au sommet de leur forme et capturent totalement les motivations et les rouages secrets qui animent leur personnage. Dans le rôle de Marilou, Alice Moreault tire son épingle du jeu, mais n'est pas tout à fait à la hauteur des trois autres comédiens. Mais en y réfléchissant, je me dis que ce décalage est probablement voulu afin de démontrer la fragilité et les incertitudes qui sont le lot de la jeunesse.

Car tout est là: deux générations s'opposent, plutôt gentiment il faut le dire, dans leur vision des choses.

Car tout est là: deux générations s'opposent, plutôt gentiment il faut le dire, dans leur vision des choses. Pour les parents, le statut social et la réussite matérielle importent plus que tout. Mais pour Marilou, c'est la quête de sens qui guide ses tâtonnements. Elle ne comprend pas l'échec du Summer of love à San Francisco en 1967, comment un tel idéal a pu se morpionner à ce point pour être récupéré et marginalisé par la suite. Elle pose donc des questions, ne trouve pas de réponses, mais va finir par distinguer quelque chose qui pourrait lui apporter une certaine paix et donner un sens à cette existence autrement bien vide.

La mise en scène de Philippe Lambert souligne parfaitement les moments désopilants de cette pièce ainsi que les instants plus graves. Avec les musiciens de Le Futur sur scène, la grande salle de La Licorne a été reconfigurée et l'espace ainsi réinventé s'adapte aux différents lieux et géographies de la pièce. Mais c'est le très bon texte de Pierre-Michel Tremblay qui fait ici toute la différence. Si au début on ne saisit pas trop où il veut nous amener, à la fin tout tombe en place de façon magistrale. Marilou implore Timothy Leary de la shooter avec un LSD spirituel qui la ferait marcher vers la lumière et c'est grâce aux interrogations de la jeune fille sur ce passé pas si lointain qu'elle trouvera le courage de regarder vers l'avenir. J'ai d'ailleurs trouvé rafraîchissant qu'on nous présente une millenial qui, même si elle est gâtée et ne semble douter de rien, étale au grand jour ses incertitudes et ses désirs profonds. Il y a d'ailleurs à la fin de la pièce une scène qui nous renvoie cette fois-ci vers un passé beaucoup plus lointain et nos valeurs judéo-chrétiennes.

Tout le monde veut une illumination, une expérience mystique, une tempête tranquille qui changerait la vie.

Tout le monde veut une illumination, une expérience mystique, une tempête tranquille qui changerait la vie. Psychédélique Marilou nous apporte une solution, simple et compliquée à la fois, mais diablement efficace. Et je crois que le choix que fait Marilou la rendra heureuse ou qu'au moins sa vie sera remplie de petites joies. Car c'est probablement ça le bonheur.

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