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<em>Ô Lit!</em>: ô combien évocateur!

29/01/2014 05:20 EST | Actualisé 31/03/2014 05:12 EDT

Ô Lit! est un spectacle de danse pour les petits, mais qui est aussi parfait pour les plus grands et pour les très, très grands. Lors de la représentation que j'ai vue, une cinquantaine d'enfants de la maternelle étaient fascinés par ce qui se passait sur scène. Et même si j'aime à penser qu'il s'agissait de bambins particulièrement bien élevés, j'attribue leur concentration et l'attention qu'ils portaient à ce qui se passait sur la scène à la qualité du spectacle qui leur était proposé.

Soit dit en passant, le lit me semble particulièrement présent dans l'imaginaire créateur québécois. Depuis Le Dortoir de Gilles Maheu et Carbone 14 en 1988, il me semble avoir vu un certain nombre de spectacles où on se sert du lit comme métaphore. Un peu de psychanalyse avec ça?

Mais revenons à nos moutons. J'ai trouvé le propos de Ô Lit! particulièrement astucieux. Le thème du spectacle est la chambre, lieu de repos, de recueillement, de l'élaboration de tous les rêves et de tous les fantasmes. Pour un enfant, il s'agit là de son mini-royaume et la troupe nous présente dans un décor où trône un lit qui se prête à toutes les interprétations, les étapes du développement d'un être humain, de ses premiers balbutiements aux extravagances et excès de l'enfance et de l'adolescence. Le premier tableau met en scène les danseurs en bébés. Bon, c'est adorable, mais surtout criant de vérité. J'imagine le travail qu'a dû représenter pour des adultes, aussi souples et agiles soient-ils, de rendre les mouvements et les soubresauts d'un corps de 10 mois pour que ce soit totalement vraisemblable. Je les imagine observant des bébés sous une loupe d'entomologiste...C'est très réussi et très, très drôle. Et cela tient aussi à la qualité des danseurs qui évoluent sur la scène que l'on devine complètement investis.

o lit


Un des tableaux nous fait pénétrer dans la chambre de la petite Julie qui est très fâchée d'être punie après avoir fait une bêtise et qui crie à son père qu'elle ne l'aime plus. Classique. Julie va tout détruire dans sa colère, y compris son nounours préféré. À travers ce chaos chorégraphié s'insérera l'histoire d'une méchante sorcière dont on ne peut déjouer les sorts qu'en se procurant le poil de l'oreille gauche d'une girafe. Car on donne une place à la parole dans ce spectacle tout en mettant l'accent sur l'éloquence du geste et du mouvement.

J'ai beaucoup aimé le tableau mettant en scène l'adolescent dans une chambre bien évidemment bordélique aux prises avec ses contradictions, ses peurs, ses idées noires, ses grands sparages. Tout ça est traduit par la gestuelle des danseurs qui livrent des performances souvent athlétiques, mais toujours pleines de sensibilité. Je m'incline ici devant le talent de la chorégraphe Hélène Langevin qui a relevé le défi de rendre différents passages de l'enfance et de la jeunesse avec autant de pertinence et de façon aussi intelligemment charpenté. Les danseurs, Guillaume Chouinard, Emily Honegger, Myriam Tremblay, Julie Tymchuk et Nathan Yaffe sont tous techniquement à la hauteur, car ce qu'ils font, incarner une gestuelle qui ne nous est plus familière depuis longtemps et dont nous ne gardons aucun souvenir, est extrêmement difficile. Et en plus ils ont l'air de beaucoup s'amuser.

On fait aussi une utilisation très créative des quelques accessoires sur scène et des ombres chinoises. Ce spectacle, qui s'adresse au 4 ans et plus, saura charmer tous les âges et toutes les générations, car il sait capter avec humour les modestes frémissements de petits instants de vie passés dans une chambre à soi dont on se rappelle étonnamment bien longtemps après les avoir vécus. Et puis ça dure une heure et c'est parfait pour oublier pendant un moment cet hiver qui n'en finit plus.

Ô Lit!, une production de Bouge de là, est présenté à l'Agora de la danse jusqu'au 2 février et est par la suite en tournée au Québec dans 17 ville de Gatineau à Sept-Îles.