LES BLOGUES

<em>Moi dans les ruines rouges du siècle</em> m'a toute remuée

16/09/2013 03:28 EDT | Actualisé 16/11/2013 05:12 EST

Je suis sortie toute remuée de la pièce écrite et mise en scène par Olivier Kemeid, Moi dans les ruines rouges du siècle. D'abord parce que c'est une histoire formidable et magnifique qui nous tient rivé sur notre fauteuil et ensuite parce que les comédiens ont compris que l'émotion se devait d'être au rendez-vous et qu'ils rendent ce texte avec ce qu'il faut de retenue et de désespoir contenu lors des moments les plus intenses.

moi dans les ruines rouges


Mais c'est aussi une pièce pleine de folie: l'histoire (vraie) de Sasha Samar, ukrainien né en 1969 dans cet univers soviétique où la liberté d'expression et les valeurs occidentales n'existent pas et où la ligne du parti domine tous les comportements du haut d'une stratosphère d'inanités. Sasha, abandonné (croit-il) par sa mère, vit avec son père, un homme qui ne respire que pour et par son fils. Le spectateur va donc suivre Sasha à travers ses découvertes, ses malheurs, ses apprentissages, et vivre avec lui les différentes étapes qui mènent à la Perestroïka. On aura droit à des passages délirants où l'ouvrier soviétique et la brave paysanne tout droit sortis d'une peinture du réalisme socialiste chantent la gloire du régime et à des extraits de discours de Lénine, incarné par un ami de Sasha qui gagne sa vie en personnifiant ce révolutionnaire, le principal moteur de la Révolution de 1917. Tout cela vu par les yeux de Sasha qui ne se peut plus d'admiration pour Youri Gagarine et Nadia Comaneci et qui suit avec ferveur les séries de hockey Canada-Russie des années 80. Il vivra de très près la catastrophe nucléaire de Tchernobyl où les travailleurs envoyés sur place pour nettoyer le site se transforment en déchets radioactifs et la chute du mur de Berlin, symbole d'espoir pour toute une génération, des événements qui vont changer sa vie à jamais.

C'est Sasha qui raconte sa propre histoire. Il a voulu étudier le théâtre en Ukraine ce qui, pour son père, était la fin des haricots: il y avait tout en bas, la mine et encore plus bas, le théâtre. Dans ce contexte, Sasha va rencontrer Ludmilla qu'il va aimer terriblement et qui le trahira. Il ira faire son service militaire au Kazakhstan, deux années qui lui permettront de lire tout Dostoïevski. Il apprendra et souffrira, mais surtout, surtout il sera toujours à la recherche de cette mère qui l'a laissé tant d'années auparavant et qu'il ne désespère jamais de retrouver dans l'immensité de ces paysages russes. Et c'est une quête qu'il n'abandonne jamais.

Tout le monde est fabuleux là-dedans. Et plutôt que de se sentir désorienté par une pensée et une mentalité étrangères, ce qui frappe c'est l'universalité des préoccupations et des émotions. Et cela grâce, sans nul doute, à la complicité qui existe manifestement entre Olivier Kemeid et Sasha Samar. L'âme russe et l'âme québécoise sont bien plus proches qu'on peut le penser, vous savez.

Son père dira à Sacha: «Dans tout ce que nous avons vécu, il n'y avait pas d'autre vérité que mon amour pour toi. Cet amour fut maladroit, certes, destructeur et étouffant. Et on s'expose à d'innombrables périls si on aime trop. Mais on s'expose également à bien pire si on n'aime pas assez.»

Sasha Samar a émigré au Québec en 1994. Il est comédien, il a une famille. Cette surimpression entre passé et présent, ce Moi dans les ruines rouges du siècle laisse aux fantômes l'opportunité de revenir. Il leur donne ainsi une voix qu'ils n'ont jamais eue de leur vivant.

S'il y a une seule pièce que vous irez voir prochainement, que ce soit celle-ci.

Moi, dans les ruines rouges du siècle est une production des Trois tristes tigres. La pièce est présentée au Théâtre d'Aujourd'hui jusqu'au 21 septembre 2013, puis sera en tournée à travers le Canada au cours de l'automne.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

La rentrée culturelle (Automne 2013)

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.