Marie-Claire Girard

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Les mutants

Publication: 19/11/2012 12:10

Je ne pourrai pas hélas me joindre au concert de louanges qui a entouré la création des Mutants en 2011. Alors que le propos de cette création de Sylvain Bélanger et Sophie Cadieux m'a semblé fort pertinent, il y a cependant des choses qui m'ont agacée et j'ai le sentiment qu'il s'agit d'une œuvre qui a encore besoin de rodage.

Neuf jeunes comédiens talentueux nous proposent une réflexion sur l'état des choses. Quand je dis « état des choses » je parle de la situation politique et sociale actuelle du Québec. Correspondant à peu près dans le temps à la création de Tout ça m'assassine, on voit bien ici un thème se dégager qui est encore davantage mis en exergue avec le printemps érable et les audiences de la Commission Charbonneau : la contradiction inhérente au Québec entre la pensée et l'action qui en résulte. C'est dans l'air du temps et c'est très bien. On est en droit de se poser des questions lorsque, comme le souligne le spectacle, 84% des Québécois interrogés lors d'un sondage en 2010 se définissaient comme de gauche ou de centre-gauche. La contradiction réside bien sûr dans le résultat des élections qui est loin de refléter ce que ce sondage laisse entendre. Mais tout est dans la manière de les poser, les questions.

Les mutants embrasse trop et étreint mal. Je ne savais plus où donner de la tête à certains moments. Il y a plein de bonnes idées là-dedans mais le résultat m'a semblé confus, éparpillé, ratant en fait la cible parce qu'on ne sait pas où le focus réside.

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Les comédiens sont habillés comme des enfants d'école des années 60 (ah, que de souvenirs cela évoque) et sont dans une salle de classe où un professeur invisible mais omniscient (Sylvain Bélanger) leur pose des questions. L'une des premières est de faire un résumé de la lecture de L'homme rapaillé de Gaston Miron. Personne n'en est capable, on fait donc un quiz à la place où il s'agit de deviner qui a dit quoi, les phrases étant tirées de notre histoire récente. Sur un écran adjacent au décor de la salle de classe sont projetés tout au long du spectacle des extraits de films, de textes (Le refus global, par exemple) ou d'entrevues (Michèle Richard en 1963). Les comédiens vont aussi nous déclamer des bribes de discours ou d'œuvres dont
Les demi-civilisés de Jean-Charles Harvey à qui, soit dit en passant, on peut certainement attribuer la médaille pour l'utilisation du plus grand nombre de clichés éculés quand il s'agit de parler du Canada français.

Il y a aussi des chansons, dont un pot-pourri très amusant qui commence avec la chanson thème de l'Expo 67 et se termine par le Et c'est pas fini de Star Académie. Et un moment qui tombe vraiment à plat : celui où une immigrante iranienne de longue date qui se trouve dans l'auditoire est invitée à aller faire part de son expérience québécoise sur la scène (!!!).

C'est un fouillis sympathique mais ça demeure un fouillis. Alors, que veut-on nous dire avec tout cela? Que la modernité peut s'allier à la post-modernité? Que la génération Y veut se réapproprier l'Histoire? Que des jeunes gens pleins d'entrain se sont donnés comme mission de débusquer l'effroyable machination qui veut garder le Québec dans sa médiocrité et son aveuglement? Je ne saurais dire. Je suis sortie plutôt confuse et désorientée mais tout de même charmée par certains passages alors que mon complice (qui est de la génération Y d'ailleurs) a détesté cela. Il y a de la vitalité dans ce discours, il y a quelque chose là-dedans qui veut changer le monde, il y a de l'audace, mais je crois que la substance même du propos n'est pas suffisamment définie. Elle est plaquée comme des décalques sur un cahier d'écoliers et n'a pas de réalité propre. Et tout ce flou ne nous donne pas non plus nécessairement envie de nous réaliser dans l'action.

Les mutants est présenté par le Théâtre de la banquette arrière à La Licorne jusqu'au 1ier décembre 2012

 
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